Categories

7 au hasard 1er octobre 2013 : La longue marche du maloya - 5 juin 2014 : Maïs créole contre maïs OGM - 18 avril 2016 : Cyclones : de Géralda à Fantala - 22 novembre 2014 : « Halte au communautarisme dans la vie publique ! » - 18 octobre 2013 : Question cérébrale... ou stomacale ? - 14 novembre 2013 : Les arts actuels sont sur les docks ! - 22 avril 2016 : Deux semaines après les #PanamaPapers, des businessmen réunionnais planchent sur l’ « offshore » seychellois... - 7 décembre 2013 : Nitin Chinien et Jameel Peerally : enfin libres ! - 19 février 2016 : Les fourberies de Couapel - 10 janvier 2014 : North Sentinel island : personne ne sortira vivant d’ici ! -

Accueil > Lames de fond > Péï oublié > 7 Lames la Mer persiste et signe : cette maison n’existe plus (...)

Patrimoine (suite...)

7 Lames la Mer persiste et signe : cette maison n’existe plus !

16 août 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Construite selon toute vraisemblance au 19ème siècle, la maison du vieux Valentin de la rue Sainte-Marie, remarquable par son architecture, son agencement intérieur et son histoire, a traversé le 20ème siècle... pour être écrasée il y a peu. Mais, miracle, on nous promet une "reconstruction à l’identique", à quelques détails près... Dernier rebondissement d’une série d’atermoiements qui démontrent l’absurdité d’un système aussi cynique que bureaucratique : la dilution des responsabilités permet d’éviter la livraison d’un coupable en pâture aux "nostalgiques du bardeau" — c’est ainsi que certaines officines doivent percevoir ceux qui n’applaudissent pas à chaque fois qu’un bulldozer pointe la mâchoire. Nous ne voulons pas de coupable. Nous ne sommes pas nostalgiques. Simplement, nous ne voulons pas de copies. Laissez-nous les originaux !

PNG - 2.5 Mo
La maison du vieux Valentin en 1960


PNG - 2.9 Mo
La maison du vieux Valentin en 2005...


PNG - 2.5 Mo
La maison du vieux Valentin aujourd’hui ! (Photo : Robert Gauvin)

« 7 Lames la Mer » vous racontait en détails, il y a quelques jours, l’histoire de cette maison de la rue Sainte-Marie, typique expression de l’architecture créole, sacrifiée contre toute attente alors qu’elle était répertoriée depuis 2003 en tant que bâtiment d’intérêt architectural au Plan d’occupation des sols. Les documents que nous avons produits étant tous authentiques — photos, extrait du cadastre, échanges de courriers officiels —, nous avons pu démontrer sans ambigüité les mécanismes pervers qui aboutissent trop souvent à la destruction du patrimoine architectural réunionnais.

Une alchimie complexe qui fait que l’on se sait ici...

Entendons-nous bien, lorsque nous parlons de « patrimoine architectural réunionnais », nous ne faisons aucune distinction hiérarchique car nous estimons que toutes les formes de constructions créoles sont nobles et dignes d’être « réhabilitées » autant sur le terrain que dans les esprits et les représentations : boutiques chinois, usines délabrées, petites cases, bâtisses industrielles, entrepôts désaffectés, maisons coloniales, édifices religieux… Ils méritent tous notre attention car ils participent chacun de notre identité et s’inscrivent dans l’équilibre et la composition minutieuse de notre paysage urbain et non urbain. Une alchimie complexe qui fait que l’on se sait ici, à La Réunion...

JPEG - 2.4 Mo
La maison du vieux Valentin en 1935

Si les cases de la rue de Paris ont bénéficié prioritairement de moyens conséquents pour leur préservation, un peu à la manière d’une vitrine, on ne peut pour autant s’en contenter. Quelques rues plus loin, la décrépitude a déjà gagné du terrain, voire la bataille de l’immobilier et d’un urbanisme amnésique au béton tapageur.

Expression populaire et généreuse de l’architecture créole

Nous ne sommes pas des maniaques du passé ! Mais nous revendiquons un urbanisme qui n’oppose pas patrimoine et modernité, en substituant — voire en subtilisant — le premier au profit du second. Dans une île qui, peu à peu, perd sa mémoire dans l’assimilationnisme de Mac Do et des supermarchés, nous sommes partisans d’un remodelage du paysage urbain, qui soit capable d’audace en faisant cohabiter gestes et volumes futuristes, demeures coloniales et expression populaire et généreuse de l’architecture créole, trop souvent réduite au misérabilisme. Nous avons la faiblesse de penser que cela est non seulement possible, mais encore, salutaire.

Revenons à la maison du vieux Valentin — famille Payet — autrefois située rue Sainte-Marie. Nous écrivions à son sujet, il y a quelques jours : « cette maison n’existe plus ». Nous faisions alors un constat de bon sens. Nous persistons et signons : « cette maison n’existe plus » et quoi que l’on fasse, cette maison n’existera plus car elle ne renaitra pas de ses cendres.

JPEG - 573.7 ko

Reconstruction à l’identique

Ce qui a eu raison de la maison du vieux Valentin, ce n’est pas le feu... mais une accumulation de turpitudes : absence d’entretien, abandon, attaques de cariats, agissement d’un marchand de sommeil, bidonvillisation, déstructuration des agencements intérieurs, etc. En d’autres termes : indifférence, voire cupidité ! Réputée « répertoriée en tant que bâtiment d’intérêt architectural au Plan d’occupation des sols », cette maison aurait dû légitimement bénéficier en temps voulu de la réhabilitation à laquelle elle pouvait prétendre, eu égard à son caractère et si l’on se réfère à un écrit de l’architecte des bâtiments de France, chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine, insistant sur les « éléments remarquables » que constituaient « l’imposte ajourée de la varangue et les consoles chantournées ».

Pour des raisons diverses qui ne font que démontrer l’impuissance — voire l’incurie — d’un système dont chaque maillon s’emploie à ouvrir le parapluie, la maison n’existe plus.

Aujourd’hui, nous recevons sur le site de « 7 Lames la Mer », le message suivant, posté sous le premier article consacré à cette maison : « Un permis de construire a été déposé qui prévoit la reconstruction à l’identique (implantation légèrement avancée) et à l’arrière construction de 3 logements. Avis favorable de l’Architecte des Bâtiments de France du 10 décembre 2012 avec prescriptions : "les détails constructifs et décoratifs de la case reconstruite seront en tous points identiques à ceux de la maison d’origine". Jean-Pierre Espéret, adjoint au maire chargé de l’aménagement et de l’urbanisme. »

Comme cette boisson gazeuse autrefois célèbre

On notera, pour être tout-à-fait juste, que M. Espéret applique ses promesses en terme de proximité, et ne fait pas, comme d’autres, la sourde oreille à la critique. Néanmoins, nous ne nous réjouissons pas trop vite. Faute de mesures efficaces pour sauvegarder l’originale, vous aurez droit à une copie « à l’identique » ! Que demande le peuple ? Une reconstruction « à l’identique », et l’on sauve ainsi la face et la façade... Car, vous dit-on, ce sera « à l’identique » mais avec « une implantation légèrement avancée », histoire de libérer du terrain à l’arrière pour construire trois logements. Identique mais pas tout à fait la même. Pas la même du tout ! On vous le dit : la case du vieux Valentin n’existe plus et n’existera plus jamais !

JPEG - 588.2 ko

Les « reconstructions certifiées copies conformes » ne sont pas la panacée. Loin de là. Elles sont des alibis, des instruments qui permettent de transformer notre paysage urbain en décor, avec une succession de trompe-l’oeil, à la manière de Cinecitta mais sans l’art. Nos villes sont-elles vouées à devenir une succession de reconstitutions muséales à travers lesquelles nous déambulerons comme des touristes ? Des villages de Potemkine cache-misère, au pays du fameux « vivre-ensemble » dont on nous rebat les oreilles ? Notre île est-elle vouée à devenir un immense musée à ciel ouvert oû les habitants seront réduits au rôle de figurants à la solde du tourisme international ?

La maison du vieux Valentin reconstruite « à l’identique »... ce sera comme cette boisson gazeuse autrefois célèbre : ça ressemblera à la maison du vieux Valentin, ce sera doré comme la maison du vieux Valentin... mais ce ne sera pas la maison du vieux Valentin !

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter