MargoZ : trésor de longévité ?

Adorée ou abhorrée. Pas de demi-mesure avec la margose. C’est amer ! La langue claque. La salive déborde sur les lèvres. La boush i fé d’lo. Au delà de ce goût étrange, la margose recèle bien des vertus. Pour preuve, le record mondial de longévité est détenu par les habitants de l’île d’Okinawa, au Japon. Un de leurs secrets ? La margose.

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Une bonne dose de margoses dans chaque bouchée


Le dimanche midi, sur la longue table autour de laquelle se réunissait la famille, Pépé José avait l’habitude de disposer en cortège la grosse marmite de riz, les caris, les grains, les brèdes et… la salade de margoses. Selon Pépé José, un vrai repas créole ne pouvait se décliner sans cette fameuse salade de margoses. Quant à Mémé Rose, elle aimait tellement les margoses qu’elle en mettait une bonne dose dans chaque bouchée… Si la margose est une des composantes de la gastronomie réunionnaise, elle est aussi appréciée sous d’autres latitudes pour ses différentes vertus.

Okinawa est réputée pour être la région du monde où l’on trouve le plus fort pourcentage de centenaires [par exemple : deux fois plus de centenaires qu’en France]. Des centenaires parmi les plus âgés de la planète mais aussi, des centenaires bien portants !

Les scientifiques se sont penchés sur cette spécificité pour tenter d’en percer les secrets. C’est dans l’alimentation des habitants qu’ils pensent que réside — pour partie — l’explication de cette exceptionnelle longévité. Et ils avancent plus particulièrement les effets bénéfiques de deux aliments : l’huile essentielle de fleur de getto [guetto ou alpinia zerumbet] et le célèbre «goya».

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Le goya, « ce légume boursouflé et amer« 


Le goya est présenté comme le «symbole de l’alimentation de l’île». Cuisiné à toutes les sauces, «ce légume boursouflé et amer contribue, par ses propriétés médicinales, à la prodigieuse longévité des gens» d’Okinawa, peut-on lire dans «Le Monde» en 2011.

Pour la petite Histoire, on raconte que le président Mao était friand de goyas et les aimait farcis au poisson et au gingembre. Ici, le serpent de la mythologie culinaire se mord la queue : en consommant cet assortiment de mets réputé pour accroître les performances viriles, le Grand Timonier s’entretenait pour les véritables orgies qu’il faisait organiser en compagnie de «conseillères politiques» ou de «danseuses», au sein des «Murs Rouges» où logeaient les dirigeants du PCC, ou dans les wagons des célèbres trains présidentiels qui sillonnèrent la Chine tout au long de la Révolution Culturelle. Mao Zédong croyait dur comme fer que la copulation effrénée favorisait… la longévité.

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Kisa i yème pa margoz isi ?


Ce goya [Momordica charantia] n’est autre que notre margoz amer ! Oui, nout margoz péï ! Celle que nous achetons au marché et que nous consommons crue en rougail, en salade, ou cuite dans le cari poisson ou le rougail morue. Kisa i yème pa margoz isi ?

Son goût amer prononcé en fait un plat typique créole qui ne recueille cependant pas toujours l’unanimité autour de la table. À 7 Lames l’amer, nous sommes adeptes et développons même une certaine addiction aux margoses !

Mais force est de constater que le goût des margoses d’aujourd’hui n’est plus vraiment celui des rougails et caris de notre enfance et de notre adolescence ; que si elles demeurent bosselées, leur taille est de plus en plus standardisée au fur et à mesure que s’estompe leur amertume.

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Nout margoz amer, c’est un véritable trésor


Okilé lo margoz lontan, petites et cornées comme des crevettes, dont l’amertume ne passait jamais malgré deux ou trois baignades dans l’eau salée et n’était magnifiée que par un piment qui amarrait bien la bouche ?

De même on remarque que le piment qui poik disparaît lentement mais surement des tables, à l’instar des bilimbis [trop aigres pour nos pilor civilisés], des jamalak ou des jamblons qui tâchent le linge ou des citrons galet, désormais vendus au prix de l’or.

Reste que «nout margoz amer», c’est un véritable trésor… aux innombrables vertus : propriétés thérapeutiques antibactériennes et fébrifuges, purgatives et hyperglycémiantes, cicatrisantes et vermifuges, bénéfique pour l’hypertension, etc.

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Margoz amer matin, midi, le soir


Tout est bon dans la margose : graines, feuilles, écorce qui contient énormément de vitamine C.

Ainsi, préparées en infusion, les feuilles sont utilisées pour lutter contre les maux de ventre ou les coliques des enfants mais aussi contre diverses affections de la peau [en infusion pour traiter la majorité des démangeaisons], contre le diabète. Écrasées et mélangées à un corps gras, les feuilles produisent un onguent efficace contre la gale et les maladies de la peau.

Certes, il ne suffit pas de manger margoses matin, midi et soir pour augmenter sa longévité… Ce serait un peu trop simple. Car les habitants d’Okinawa ont aussi une hygiène de vie qui favorise grandement une bonne santé. Mais il n’empêche que Goya est quand même pour quelque chose dans cette histoire de centenaires !

Alors, à défaut de vivre vieux et en bonne santé, on peut quand même vivre heureux à manger Margoz amer matin, midi, le soir… Et sait-on jamais. Siplétadié. Somanké. Riskab… Goya lé gayar. Margoz lé doss.

7 Lames la Mer


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1854 : la margose contre le choléra à Maurice

Cette plante, originaire de l’Inde, depuis longtemps cultivée en Europe, est d’un grand usage dans la colonie où ses fruits encore tendres sont souvent apprêtés en guise de légumes.

 

La tige longue de trois à quatre pieds est grêle et anguleuse, elle porte avec de petites vrilles, caractère ordinaire des plantes grimpantes, des feuilles glabres divisées en cinq ou sept lobes, les fleurs de couleur jaune sont les unes mâles, les autres femelles, et les fruits qui, à l’époque de la maturité, deviennent d’un rouge orangé, se font remarquer par leur forme ovale et par leur peau rugueuse, toute couverte d’aspérités ou de tubercules.

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Il paraît qu’on s’est servi à Maurice de la margose contre le choléra dans l’épidémie de 1854. Le moyen indiqué consiste à en faire une forte décoction à laquelle on ajoute des graines et des racines de morelle avec du poivre, du gingembre et une certaine dose d’eau-de-vie.

Vu le nombre d’existants compris dans la recette, il est permis de croire que, si ce mélange a produit quelquefois des résultats heureux, le succès n’en est pas dû uniquement à la présence de la margose.

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On avait autrefois, en Europe, une grande confiance dans les vertus de cette plante.

Déchue aujourd’hui de son ancienne réputation, la margose est employée aux usages les plus vulgaires ; on en fait aujourd’hui des achards ou des rougails.

Il est juste pourtant de reconnaître qu’elle est encore d’une certaine utilité comme tonique et qu’employée en bouillon, elle constitue un amer qui n’est pas sans efficacité dans les affections qui ont pour cause l’affaiblissement des voies digestives.

«L. M. Album de La Réunion»
1883


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