Author: Nathalie Valentine Legros

1967 : «Disques des auditeurs»… avec les p’tits coeurs

«7 Lames la Mer» vous invite à remonter le temps jusqu’en 1967-68, lorsque la « station du Barachois » programmait «Disques des auditeurs», une émission animée par un couple que leurs admirateurs surnommaient : «les deux petits pigeons blancs de l’ORTF». A l’époque, pour écouter une chanson avec ce système de disques à la carte, il suffisait d’envoyer une carte postale… Nous avons retrouvé quelques-unes d’entre elles, âgées de près d’un demi-siècle ! Séquence émotion.

Clotilde, la femme qui a vu Sarda

20 décembre 1848, l’esclavage est aboli. 150 ans plus tard, un cortège bariolé envahit la rue de Paris. Chars, musiciens, danseurs, couleurs, chœurs, fleurs, roulèr… La peau cabri gazouille. Les mains frappent la cadence. Les pieds pilent le macadam. Au milieu de la foule bigarrée, je reconnais quelques visages familiers : Expédite, France, Jean, et d’autres qui leur ressemblent comme des goûtes d’eau. C’est la famille Laope en grande tenue qui donne de la voix. Visages radieux. Un défilé pour célébrer les ancêtres, ceux que l’esclavage a marqués au fer rouge. 17 ans plus tard, je revis la même scène mais dans un livre…

Un séga qui venait du froid…

Il ne dure que 2 minutes. Un drôle de séga interprété par une voix féminine — «la lala lala lalalala» — qui n’a rien de créole, sur un rythme dominant de samba. Paris connaît vers la fin des années 50 une mode des «musiques tropicales et exotiques» et le «séga de l’océan Indien» n’y échappe pas. Pour preuve ce morceau sobrement intitulé «Séga» et extrait d’un film qui a laissé peu de traces dans les mémoires : «Cargo pour La Réunion».

Les derniers jours d’une «boutique chinois»

«Cette boutique a 80 ans !» s’exclame le vieux Chinois fier derrière son comptoir. Fier mais peu bavard. Il faudra se contenter de quelques indices glanés au fil d’une conversation à laquelle il participe du bout des lèvres tandis que madame s’est éclipsée dans l’arrière-boutique histoire de se mettre hors de portée de notre appareil photo. En franchissant la porte de ce commerce rescapé et planté dans la rue commerçante qui clignote comme un sapin de Noël, nous avons remonté le temps. Bientôt, il sera trop tard… Il est déjà trop tard. Visite d’une vieille «boutique chinois» qui résiste avant de se résigner. Et qui désormais n’existe plus.

«Aucune cantine ne pourra être tenue par un noir»

«Madina ouvr’ ton cantine / Nous va boir’ un coup…»… Il ne s’agit pas là d’un «restaurant scolaire», mais bien d’une petite gargote qui délivre boissons, le plus souvent alcoolisées, et quelques encas. Disparues, les cantines sont les lointains ancêtres de nos camions-bars. Des établissements qui, il y a un peu plus de deux siècles, étaient interdits aux Noirs :« Aucune cantine ne pourra être tenue par un noir», stipulait en effet un règlement de police datant de 1790…

Le fantôme de Baudelaire… dans une photo ?

Est-ce la silhouette floue de l’auteur de «Spleen» que l’on aperçoit à l’arrière-plan de cette photo, à moitié cachée derrière le rideau ? Cette photo, inédite, miraculeusement sauvée de l’oubli, a atterri il y a peu entre les mains d’un expert marchand de photographies, Serge Plantureux, qui a mené deux mois d’investigation autour de cette mystérieuse image dont il s’avère que le personnage principal n’est pas celui que l’on pense… Une gravure fantastique… dont la valeur soudain devient inestimable.

Séga-maloya : la «symphonie sauvage»

La «symphonie sauvage» est une expression utilisée en 1883 dans l’Album de La Réunion dirigé par Antoine Roussin pour décrire une scène qu’aujourd’hui on appelle familièrement : kabar. «7 Lames la Mer» vous propose un recueil de quatre textes qui témoignent de l’acharnement dont ont été victimes le séga, le maloya et le séga-maloya… jusqu’à ce qu’un «choc» se produise. Les termes parfois utilisés en disent long sur le chemin parcouru : primitif, civilisé, infernal, émanations sauvages, contorsions, mouvements lascifs, rondes de sorciers…