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Eurêka ! (2)

Génie réunionnais : aussi vif qu’un courant d’air ! (2)

27 août 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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« Vol de nuit », « La belle créole », « Le chevron d’amour », « Surcouf » « Koufra », « Dunkerque »... Ne cherchez pas : à l’époque, on baptisait les cars courant d’air, comme pour donner une âme à cette pure expression du génie réunionnais. Un génie réunionnais qui concocte aussi le carburant permettant aux mythiques cars courant d’air de rouler pendant la guerre. Gout a nou...

Car courant d’air. Illustration extraite de "Histoire de La Réunion par la bande dessinée" (Orphie)

Il est presque centenaire notre car courant d’air national ! National de La Réunion ! Car c’est un modèle unique [1] ! Au début du 20ème siècle, les déplacements sont compliqués sur l’île. Les quelques routes sont étroites et sinueuses, les hauts sont enclavés et le chemin de fer dessert la côte uniquement... Qu’à cela ne tienne : on invente le car courant d’air ! C’est en 1920 que ce nouveau moyen de transport apparaît sur l’île — pour disparaître dans la décennie 70 —, histoire de faire le lien entre le chemin de fer et les hauts. Histoire de faire le lien entre les consommateurs, les commerçants et les producteurs !

Mais voilà, lorsque le génie réunionnais s’exprime, parfois, on ne sait plus trop à qui attribuer la paternité de la trouvaille. Alors, l’invention du car courant d’air, selon les documents, est attribuée tantôt à Hadjee Amode et Sulliman Patel, tantôt à Emile Carpin Marimoutou, tantôt à Salomon Carpaye, tantôt à « M. Moolan de Salazie »... Qu’importe, le fameux engin est une pure expression du génie réunionnais ! Sé nou la fé ! Le premier est fabriqué en 1920 et ne possédait que 12 places. Plus tard, le succès de ce moyen de transport fera que le nombre de places sera porté à 40 et le moteur atteindra les 100 km/h !

Le car courant d’air, carte postale

« La base est constituée d’un châssis de camion importé de métropole, explique Marie-France Mourrégot dans son ouvrage « L’islam à l’île de La Réunion ». La carrosserie péi est réduite à sa plus simple expression : un capot pour recouvrir le moteur, des ailes sur le devant, un toit avec une impériale pour recevoir les bagages, sacs postaux, marchandises diverses. L’absence de carrosserie sur les faces latérales expose les passagers à tous les vents. Une bâche déroulée en cas de pluie les plonge alors dans une obscurité totale, parfois complice de quelques hardiesses. Des banquettes en bis d’un seul tenant obligent le receveur à des acrobaties sur le marchepied latéral ».

À l’époque, évidemment, il n’y avait pas de stations services. L’essence et le pétrole étaient vendus sous forme de fer-blanc de 20 litres. Et l’on avait aussi recours à un « carburant péi » qui alimentait les cars courant d’air : un mélange d’alcool de canne (90%) et d’essence (10%) dont on doit l’invention pendant la guerre à Hadjee Amode Patel (source : GRAHTER [2]). Pour le moteur, on utilise alors l’huile de bancoul fabriquée localement. Gout a nou...

Avec le « Groupe d’Etude et de Recherche en Histoire, Religions Et Traditions de La Réunion », on en apprend un peu plus sur ces fameux cars courant d’air... « Les premiers cars courant d’air furent livrés par le constructeur américain Studebaker et étaient équipés d’un essieu, du moteur et des roues. A charge pour les carrossiers locaux de faire le reste : un toit, des banquettes en bois ou couvertes de mousse et c’est tout. Ils seront par la suite remplacés par les “Citroën” (châssis camion T23 ou T45) et les “Berliet” ».

Le car courant d’air avec le train en arrière plan et le Cap Bernard. Illustration : Olivier Giraud, extraite de "Histoire de La Réunion par la bande dessinée" (Orphie)

Sur les routes sinueuses, le car courant d’air, souvent en surcharge (on s’entassait sur les marche-pieds, voire sur le toit avec provisions et animaux) était contraint de faire halte malgré sa robustesse : les passagers étaient alors obligés de descendre pour pousser le véhicule ou d’attendre l’arrivée d’hypothétiques bœufs pour tracter le car récalcitrant. « On s’y entassait en toute proximité sur des bancs rudement capitonnés, raconte Robert Gauvin sur le site dpr974 ; des barres de fer fixées sur la gauche retenaient les voyageurs de la chute ; sur la galerie s’accumulaient toutes sortes de marchandises et d’objets hétéroclites, meubles, pneus, paniers des petits marchands de légumes et de volaille piaillante, et quand la pluie se mettait à tomber, on déroulait depuis le toit un épais rideau vert qui en moins de deux minutes faisait régner à l’intérieur une semi-obscurité et une atmosphère moite à couper au couteau, mais qui s’en serait plaint ? »

En 1950, Hadjee Amode Patel devient le premier transporteur de voyageurs avec près de 20 cars courant d’air et des lignes régulières sillonnant l’île. « Le garage de l’entreprise se situait dans la cour de la médersa, explique le GRAHTER, et parfois, des bagarres éclataient entre les voyageurs qui attendaient leurs cars, d’où l’expression devenue familière de “baisement dans la cour Patel” ». Une nouvelle illustration du génie de la langue réunionnaise...

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1On trouve cependant des modèles de cars d’un style approchant dans d’autres pays créoles mais pas aussi rudimentaires.

[2Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise.

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