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Marcel Coupama, de A à Z

« Chez Marcel », la dernière séance derrière la porte en fer...

12 avril 2017
Nathalie Valentine Legros
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Avril 1991. Minuit. La voiture s’engouffre dans la ruelle Chinois déserte. Habituée du macadam casse-cassé des lieux, elle se faufile entre les nids de poule malgré l’absence d’éclairage et trouve sa place face au plus célèbre établissement de Saint-Denis et de La Réunion : « Chez Marcel ». La lourde porte en fer est cadenassée comme d’habitude par une impressionnante chaîne. Il suffira de cogner à la porte pour que les yeux bleus de Marcel me laissent entrer. Ce soir-là, la porte s’entrebâillera une dernière fois... pour ne plus jamais s’ouvrir.

Marcel Coupama devant sa célèbre porte en fer, ornée de la chaîne et du cadenas. Photo d’archives, Journal de l’Ile de La Réunion - JIR (René Laï-Yu)

Ce soir d’avril 1991, dans l’obscurité de son restaurant-bar solitaire, Marcel Coupama, le plus célèbre tenancier de toute l’île, m’invite à prendre place sur le banc, derrière la grande table et sa nappe en plastique, tandis que le chien reste près de la porte.

Les traits tirés, la voix lente, il raconte la fatigue, les ennuis de santé, les soucis financiers et la décision : « je ferme définitivement ». Le miroir qui lui servait à surveiller les clients répartis dans les trois salles de son établissement renvoie le reflet d’un homme usé. « Chez Marcel », c’est fini...

« 7 Lames la Mer » reconstitue, par touches évocatrices, le monument « Chez Marcel » ! Marcel Coupama, de A à Z.

Marcel Coupama devant son célèbre restaurant dont le rideau de fer restait baissé. Photo d’archives, Le Quotidien de La Réunion, (Raymond Wae Tion)

A comme accordéoniste : entre séga et musette


Au restaurant-bar « Chez Marcel », on croisait régulièrement l’accordéoniste Juste Dormeuil. Installé sur une chaise à côté du comptoir, il égrenait un répertoire entre séga et musette.


A comme « Alé Marcel » : la dernière séance


Le samedi 20 juillet 1991, le célèbre bar-restaurant « Chez Marcel », ruelle Chinois derrière le Prisunic, joue sa dernière séance... Une soirée de soutien et d’hommage, intitulée « Alé Marcel », est organisée à l’initiative du fils de Marcel, Gérald Coupama, et du théâtre Vollard auquel de nombreux artistes se sont joints.

L’objectif est d’aider Marcel à faire face à des frais médicaux et à des factures impayées depuis la fermeture de son établissement en avril. A l’affiche : Tropicadéro, Danyel Waro, Daniel Vabois, Maxime Laope, Térésa Small, les Dormeuil, Wilhiam Zitte, Antoine du Vignaux, Laurent Ségelstein, Emmanuel Cambou...

Le plasticien, Wilhiam Zitte, présente ses pochoirs lors de la fête "Alé Marcel". Photo vollard.com

B comme Brazzaville : au dessus du bar


« Il mettait radio Brazaville à fond », raconte Gérald, le fils de Marcel, évoquant l’époque du premier restaurant « Chez Marcel », rue Maréchal-Leclerc, lorsque la petite famille habitait au-dessus du bar.


C comme « Chez Marcel » N°1 : ouvert de 3h à 22h


Marcel ladi — « J’ai créé mon premier restaurant en 1953, rue Maréchal-Leclerc : « Chez Marcel ». C’était ouvert toute la journée, de 3h du matin jusqu’à 22h. À l’époque, il n’y avait pas de barquettes. Quand les clients voulaient des repas à emporter, j’enveloppais ça en vrac dans du papier. Après le repas du midi, les habitués restaient là pour jouer au quine. Ce premier restaurant se trouvait en face de l’emplacement du futur Prisunic. Quand le Prisunic a ouvert ses portes en 1962, j’ai préféré déménager dans la ruelle située juste derrière : la ruelle Chinois, ex ruelle Casquette. »

Marcel Coupama et les petits pains. Photo d’archives, Le Quotidien de La Réunion, (Raymond Wae Tion)

C comme « Chez Marcel » N°2 : ouvert de 20h à 4h


Marcel ladi — « Une fois mon nouveau restaurant installé dans la ruelle Chinois, derrière le Prisunic, j’ai décidé de tout changer : au lieu d’être ouvert la journée, « Chez Marcel » allait être ouvert la nuit ! De 20h jusqu’à 4h du matin. Depuis l’ouverture en 1962 jusqu’à la fermeture en 1991, rien n’a changé dans le bar... Sauf la porte ! »


C comme Chiens : comme une invitation à se tenir tranquille


Des clients frappent sur la porte en fer en espérant que le tenancier les laissera entrer. Les yeux bleus de Marcel Coupama vérifient à travers les barreaux : « Le mauvais client reste dehors, le bon entre... Je les reconnais facilement ! ». Bruit de chaînes et la porte en fer s’ouvre finalement.

Ceux qui sont autorisés à pénétrer devront affronter une seconde épreuve, celle du chien qui se tient dans le couloir juste derrière la porte, tenu court par son maître, les crocs bien visibles comme une invitation à se tenir tranquille...

Et s’il vous prend l’envie plus tard d’aller aux toilettes, vous devrez vous « aventurer en équilibre instable sur deux planches faisant office de passerelle, pour atteindre les fameuses toilettes », raconte le journaliste Mathieu, « suivi comme votre ombre par un gros molosse ! »


C comme Calbanon, Cannes, Cloche, Cuisine « courant d’air »


Marcel ladi — « La cloche, c’est un souvenir d’enfance, chez ma grand-mère qui travaillait dans la canne à sucre, pour l’établissement du Gol. Elle vivait dans un calbanon d’1,50 mètre de long sur 1 mètre de large. Elle faisait la cuisine à côté, sous quelques feuilles de tôle. On appelait ça la « cuisine courant d’air »... J’étais encore petit et je me souviens de la cloche qui sonnait à 4h30 le matin pour envoyer les employés au travail ; ils restaient dans les carreaux de cannes jusqu’à la nuit parfois. »


Interview avec Marcel Coupama dans son établissement. Photo Raymond Wae Tion

D comme Distillerie, Dindar, Dragon d’Or


Marcel ladi — « D’abord, j’ai été « porteur de plis » à la distillerie du Gol, à Saint-Louis. Puis, je suis arrivé à Saint-Denis en 1946 et j’ai commencé par travailler à la boulangerie Dindar. Ensuite, j’ai été employé pendant huit ans dans une pâtisserie qui s’appelait « Le Dragon d’Or ». Elle se trouvait angle des rues de l’Est et du Maréchal Leclerc... »


E comme Ecole, Enfance : à la plage de Saint-Pierre


Marcel ladi — « Parfois, on allait se baigner à la plage de Saint-Pierre. C’était un bord de mer qui n’était ni apprivoisé ni arrangé comme après. Je ne suis pas allé longtemps à l’école mais je me souviens que je me débrouillais en calcul et que j’étais nul en français... À l’époque, on commençait à travailler très jeune. »


E comme Etat civil : une fratrie de 8 garçons


Marcel Coupama est né à Saint-Pierre en 1921. Il est le deuxième d’une fratrie de 8 garçons. Il se marie et a six enfants. Il meurt à 83 ans, à Saint-Denis le 7 juin 2004.

Gérald Coupama, le fils de Marcel. Un artiste militant de l’âme réunionnaise.

F comme Frigidaires : « General Motors »


Dans l’antre de Marcel, plusieurs grands frigos « General Motors » hors d’usage font partie du décor. Le patron les garde sur place et les utilise comme « armoires » de stockage. Ils s’entassent entre les tables recouvertes de toiles cirées qui accueillent les clients sur de longs bancs bancals.


G comme Gérald : un génial « touche à tout »


Le fils de Marcel, Gérald Coupama, est un génial « touche à tout ». Artiste jusqu’au bout des doigts, il entretient un vaste registre qui va de la déclamation poétique au maloya et au séga, en passant par le théâtre et la parodie. Il a son franc parler et toujours le sourire accueillant, la camaraderie généreuse et un ton gouailleur qui le rend inimitable. Sa forte personnalité participe aussi de l’ambiance spéciale qui caractérisait l’établissement de son père.


G comme Guérisseur : de la cendre et du camphre


Un peu de cendres recueillies des marches sur le feu et du camphre. Voilà une des recettes de Marcel pour soulager les muscles fatigués...

Photos extraites des films réalisés par le Théâtre Vollard : "Les Flamboyants" (1986) et "Hommage, Alé Marcel" (1991). Avec une vue aérienne sur la ruelle Chinois, juste devant "Chez Marcel". DVD disponibles sur le site du Théâtre Vollard : vollard.com

H comme Henri Madoré : un habitué de l’établissement


Le chanteur Henri Madoré est un habitué de l’établissement de Marcel Coupama. Personnage atypique et attachant qui hante les rues pour faner ses séga-trottoir, il trouve là un auditoire fasciné et complice et croise d’autres ombres de la nuit comme Mireille, toute de blanc vêtue, à la voix étrange. « Elle chante des romances de la vieille France. Femme inaccessible au secret à peine dévoilé, elle maquille éternellement l’image trompeuse de cette tragique erreur de la nature, à travers le miroir. »


I comme Institution : pour les affamés d’après minuit


Près de 40 ans d’existence ont fait de « Chez Marcel » une véritable institution du monde de la nuit. Un incontournable pour les noctambules et les affamés d’après minuit. Depuis la fermeture de cet établissement en 1991, les nuits dionysiennes ne sont plus tout à fait les mêmes. Désormais, si vous avez une faim de rougail saucisses à 3h du matin, vous irez dormir ventre vide !

20 juillet 1991 : fête organisée en soutien et en hommage à Marcel Coupama. Pour la circonstance, les fameux frigos hors d’usage de Marcel sont érigés en arches par Kamboo. A gauche, Jean-Luc Trulès. Devant la colonne, le regretté Arnaud Dormeuil. Photo : vollard.com

J comme Jako : des pièces sur le pas de porte


À chaque premier de l’an, deux jakos venaient devant « Chez Marcel ». Le tenancier nettoyait le pas de porte et y plaçait des pièces pour que les jako les ramassent. « Et moi, dès que j’entendais les coups de baguette qui annonçaient l’arrivée de Jako, mi rentrais sous le lit tellement moins lavé peur ! », raconte Gérald.


K comme Kamboo : une arche de frigos


C’est à Emmanuel Kamboo que l’on doit les arches constituées de frigos érigées dans la ruelle Chinois, le samedi 20 juillet 1991, à l’occasion de la fête « Alé Marcel ». Un hommage aux frigos hors d’usage...


L comme Letchis : au plafond


Un élément du décor de « Chez Marcel » est une grappe de letchis secs, suspendue au plafond.

Marcel Coupama et la préparation du café. Photo d’archives, Le Quotidien de La Réunion, (Raymond Wae Tion)

M comme Misère : le petit calbanon de ma grand-mère


Marcel ladi — « La misère, je connais. Dans le camp, au Gol, chez ma grand-mère, j’étais encore enfant quand j’ai pris conscience de ce que c’était la misère. Je voyais les grandes maisons... et à côté, le petit calbanon de ma grand-mère et la petite chapelle indienne un peu plus loin. Je n’ai rien oublié. »


N comme Notoriété : jusqu’en Allemagne


Marcel ladi — « Un jour, un gars est venu dans mon bar. Il arrivait de France et il avait entendu parler de moi et de mon établissement en Allemagne. J’étais étonné... »

La notoriété n’était pas le souci de Marcel. Bien que célèbre même au-delà de l’île, il disait ne pas s’en rendre compte. Le cinéaste Jacques Baratier tourne une scène mémorable de maloya dans l’établissement « Chez Marcel », séquence émouvante qui restitue avec fidélité l’atmosphère de ce lieu mythique. Le tournage se déroule peu de temps avant la fermeture définitive du restaurant-bar. Cette séquence est intégrée dans le film documentaire que Jacques Baratier consacre à Jean Albany en 1992 : « Mon île était le monde ».

Le théâtre Vollard choisira lui aussi le décor de « Chez Marcel » pour tourner une scène de la série télévisée « Les Flamboyants », série qui n’a jamais connu le petit écran... C’est aussi sur les entremises du Théâtre Vollard qu’en 1995, Charlie Hebdo publia un portrait bien senti de Marcel Coupama.


O comme Origines : de Pondichéry


Du côté de sa grand-mère, les ancêtres sont arrivés à La Réunion en 1862, comme engagés. Ils venaient de Pondichéry.

Le portrait de Marcel Coupama dans "Charlie Hebdo". Source vollard.com

P comme Politique : de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Annette


Marcel ladi — « Je suis inscrit au Parti socialiste depuis 1953. Mais je respecte tout le monde », affirme Marcel. Sur le mur du restaurant, à la droite du comptoir, quatre photos ont été punaisées : celles de François Mitterrand, de Gorges Pompidou, du Général de Gaulle et une affiche électorale de Gilbert Annette promettant « Un vrai changement ».


P comme Porte en fer : dans mon cabaret, pas de bagarreurs !


Le large rideau de fer ouvrant le restaurant sur la ruelle Chinois a été condamné par Marcel Coupama en 1981 : dès lors pour accéder au bar, il fallait emprunter un passage sur le côté gauche, entrée barrée par une porte en fer cadenassée que le tenancier ne déverrouillait que si votre tête lui revenait ! Derrière la porte, un molosse peu commode attendait un signe de son maître pour vous laisser passer ou vous refouler.

Marcel ladi — « Dans mon cabaret, pas de bagarreurs ! J’ai pratiqué la boxe dans ma jeunesse. Si une demoiselle était importunée, je lui disais : « Pardon mamzelle, pousse aou in peu tention i cogne aou, mi sa fé in lacrobate »... Et je jetais le désordeur dehors. J’ai décidé de laisser le rideau de fer définitivement baissé suite à des bagarres : mové moun té rode dézord. Pour accéder, les clients frappent à la porte sur le côté. Je regarde qui c’est avant d’ouvrir : le mauvais reste dehors, le bon entre... Je les reconnais facilement ! »

Annette, De Gaulle, Pompidou, Mitterrand... dans un coin du restaurant de Marcel Coupama.

P comme Posters : le pape et « Salut Les Copains »


Michel Sardou, Gilbert Annette, Frédéric François, Georges Pompidou, Plastic Bertrand... Les murs de l’établissement sont tapissés de vieux posters style « Salut Les Copains » parmi lesquels quelques affiches électorales et une photo du Pape se sont glissées.

On trouve aussi quelques affiches de la compagnie des Messageries Maritimes et de vieux calendriers aux visages bridés. Dans un coin près du bar, un petit autel dédié à une divinité indienne surplombe la salle.


P comme Prisunic : la première « grande surface »


En 1962, la première « grande surface » de l’île ouvre ses portes, rue du Maréchal-Leclerc, à la hauteur du petit marché : le Prisunic... Quand on voulait indiquer à quelqu’un où se trouvait le célèbre bar « Chez Marcel », on disait : « derrière le Prisunic ».

La rue du Grand-Chemin, désormais rue du Maréchal-Leclerc, et son Prisunic. L’établissement de Marcel Coupama se trouvait dans la ruelle Chinois derrière le Prisunic. (Carte Postale)

Q comme Quartier : un pan de l’histoire réunionnaise écrasé


La fermeture en 1991 de l’établissement « Chez Marcel » sera suivie, quelques années plus tard, d’une « réhabilitation du quartier »... Des termes bien pompeux pour dire une triste réalité : un pan de l’histoire réunionnaise et du patrimoine dionysien a été écrasé !

Après la fermeture de son établissement, Marcel Coupama est relogé par la mairie dans le quartier du fond de la rivière Saint-Denis... Mais ses pas les ramènent toujours vers le quartier de son cœur : celui du Grand-Chemin et du petit marché.


R comme Religion : J’ai marché sur le feu


Marcel ladi — « Je respecte tous les Bons Dieux mais je préfère le Bon Dieu indien. Je pense que le Bon Dieu est le même pour tous mais que chacun à sa manière de pratiquer. Quand j’entends un tambour qui bat, j’ai des tremblements. C’est l’émotion. Je suis né avec la religion indienne et cela durera jusqu’à la fin. Mes ancêtres sont venus d’Inde. Deux ou trois fois par an, il y a des cérémonies et j’y vais. C’est au Gol, à Saint-Louis. On fait des sacrifices : coqs, cabris... J’ai déjà marché sur le feu : il faut suivre un bon carême et si on a la foi, ça ne brûle pas ! »

Marcel Coupama. Photo : vollard.com

R comme Rougail saucisses, Rougail pistache


« Chez Marcel », pas besoin d’afficher le menu ! Les clients sont au parfum : ils savent qu’ils trouveront là du rougail saucisses bien pimenté — « cuit au feu de bois » précise le tenancier —, du rougail pistache bien pimenté et du poulet grillé. Le tout servi avec un morceau de pain ou des macatias. « Chez Marcel » a longtemps été le seul endroit de la ville (et même de l’île) où l’on pouvait manger même à une heure avancée de la nuit : jusqu’à 4h du matin.


S comme Sommeil : Je n’ai pas beaucoup dormi dans ma vie


Marcel ladi — « Je n’ai pas beaucoup dormi dans ma vie. A 14 ans, j’étais apprenti boulanger la journée et apprenti pâtissier la nuit. Pas trop le temps de dormir. Parfois, je me reposais sur place dans l’entreprise. Quand le patron me disait de rentrer chez moi pour dormir, je faisais semblant de partir et je revenais en cachette dormir sous la table, caché entre deux paniers. Le bruit des machines pour préparer la pâte me réveillait. J’ai travaillé dans cette boulangerie à Saint-Pierre jusqu’au début de la guerre de 1939...

Plus tard, lorsque j’ai décidé d’ouvrir mon restaurant la nuit, je ne dormais pas beaucoup non plus : de 5h du matin à 9h30... Ensuite, il faut aller faire les courses pour le restaurant : poulets, saucisses, tomates, épices... Le dimanche est mon jour de fermeture et de repos. Là je dors une journée et une nuit et j’en profite pour récupérer les kilos de sommeil qui me manquent. Mais parfois aussi le dimanche, je vais aux cérémonies indiennes à Saint-Louis. »

Marcel Coupama et Emmanuel Genvrin, directeur du Théâtre Vollard. Photo vollard.com

T comme Théâtre Vollard : la dernière fête


Le Théâtre Vollard et « Chez Marcel », c’est une longue histoire. Une longue fidélité. La fête du 20 juillet 1991 en est l’expression la plus émouvante. La dernière fête... « Le Théâtre hérita de son mobilier, de son enseigne, et développa un style « Marcel » décliné dans les pièces “Lepervenche” et “Votez Ubu Colonial”. »


U comme Urbanisme : disparition d’un lieu mythique


Putain d’urbanisme ! Au risque de se répéter, nous estimons que l’urbanisation doit respecter le patrimoine et force est de constater que c’est rarement le cas. C’est au nom de l’urbanisation que ce lieu mythique a disparu. Ainsi renie-t-on une part de notre âme réunionnaise.

Térésa Small chante dans le bar-restaurant, lors de la dernière séance... Photo vollard.com

V comme Vedettes : Bernard Lavilliers, J-J. Goldman...


Le bar « Chez Marcel » est devenu au fil du temps un lieu très couru. Une sorte d’attraction que tout le monde veut découvrir, que tout noctambule qui se respecte se doit de fréquenter. Un lieu étonnant où les barrières sociales semblent abolies : bazardiers, cadres moyens, taximans, étudiants, militaires, rockeurs, péripatéticiennes, ouvriers, pilotes d’avion, marins, couples d’amoureux, journalistes, policiers, artistes, zorèy, kréol...

La seule sélection à l’entrée : pas de bagarreurs ! Un lieu où les couche-tard croisent les lève-tôt. Un lieu que quelques personnalités fréquentent elles aussi : Bernard Lavilliers, — « Je l’ai reconnu avec ses tatouages », se souvient Marcel —, François Deguelt, Loulou Pitou, Jacques Baratier, Maxime Laope, Gilbert Annette, Jean-Jacques Goldman, Auguste Legros, Mireille — sans doute l’un des premiers travestis de l’île —, Philippe Bouvard, Pierre Perret, Arnaud Dormeuil, Gilbert Pounia, Claude Vinh San, Alain Peters, Henri Madoré...


W comme Wilfrid Bertile : des réunions secrètes


Marcel Coupama est encarté au PS depuis 1953. La rumeur racontait qu’il avait à l’occasion accueilli dans son célèbre établissement quelques « réunions secrètes », notamment à l’époque où selon lui « Albert Ramassamy et Wilfrid Bertile intriguaient au sein de la fédération socialiste »...


Y comme Yeux bleus : le vert de la colère


« Ses yeux bleus devenaient verts quand il était en colère. Et là, sort devant ! », raconte son fils Gérald.


Z comme Zamal


Marcel ladi — « On ne fume pas de zamal chez Marcel » !

Nathalie Valentine Legros
Sources : archives personnelles, vollard.com, interview de Marcel Coupama dans Le Quotidien du 6 août 1989, articles du JIR de juillet 1991 et du 14 octobre 2012.

Marcel Coupama et Emmanuel Genvrin, directeur du Théâtre Vollard. Photo vollard.com

- Voir le film de Vollard « 1991 : Alé Marcel »
- Voir la vidéo « Les Flamboyants »


Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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