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Remèdes gramoun...

Mouroungue, l’arbre aux miracles

15 février 2015
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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La première chose que Pépé José a faite lorsqu’il s’est installé avec Mémé Rose sur la petite parcelle héritée de la famille, c’est : planter un « pié baton mouroung » ! En langage savant, cela s’appelle : Moringa Oleifa. « Avec ça, nous lé parés : de quoi manger et de quoi se soigner », prétendait Pépé José qui, pour une fois, nous dévoile son côté tisaneur.

A gauche, illustration extraite de : "Mon jardin tropical", Éditions Orphie, 2002. A droite, illustration extraite de : "L’île de La Réunion par ses plantes", Conservatoire botanique de Mascarin, Editions Solar, 1992.

Mémé Rose ne jurait que par le Père Raimbault, homme de Dieu et de sciences, botaniste réputé, « médecin des lépreux » selon l’inscription que l’on peut lire sur son mausolée à Saint-Bernard (La Montagne), mort à 73 ans, le 12 novembre 1949, des suites de blessures infligées par le terrible cyclone de 1948 !

C’est à la léproserie de Saint-Bernard qu’il déploiera toute son énergie pour soulager les souffrances des lépreux mais aussi de ceux qui faisaient appels à ses grandes connaissances de la pharmacopée insulaire. Il avait même créé un laboratoire dans l’ancien presbytère de la paroisse de Saint-Bernard. Ce titre de « médecin » lui est attribué par la population tant Clément Raimbault soutient et soigne, avec des remèdes dus à ses talents de botanistes, ceux qui son atteints par la maladie.

La première page du livre du Père Raimbault, édition de 1948.

En 1948, il publie un petit ouvrage de « médecine botanique », intitulé « Les plantes médicinales de l’île Bourbon », qui connaîtra en véritable succès et sera réédité plusieurs fois. « En ces temps difficiles où par suite de la guerre, nous nous trouvons isolés du reste du monde, où les drogues pharmaceutiques sont épuisées, où nous sommes obligés de nous suffire, il nous a semblé utile de rappeler à l’attention du public quelques remèdes locaux qui peuvent servir de succédanés, ou même remplacer, avantageusement, les spécialités pharmaceutiques qu’on ne trouve plus dans son officines locales, précise Clément Raimbault en introduction de son ouvrage. D’ailleurs, combien de gens, même en temps normal, ne peuvent se procurer le luxe de certaines spécialités coûteuses, oubliant ou ignorant qu’ils ont sous la main, sans aucun frais, les remèdes appropriés qui peuvent les soulager et les guérir ».

Dans le livre du Père Raimbault, Mémé Rose avait souligné un passage concernant le mouroungue.

La publication du Père Raimbault devient vite le livre de chevet de Mémé Rose dans lequel, elle a souligné un passage concernant le mouroungue : « Nous recommandons aux familles de propager cette précieuse Capparidée dont les propriétés médicinales sont multiples ». Autant dire que les écrits du Père Raimbault avaient, pour Mémé Rose, les mêmes vertus que les paroles d’Évangile !

Donc, après le mariage, lorsque Pépé José commence à construire la case pour la petite famille qui va vite s’agrandir, Mémé Rose lui récite la fameuse recommandation du Père Raimbault : « Nous recommandons au familles de propager cette précieuse Capparidée dont les propriétés médicinales sont multiples ». Pépé José s’exécute. Et voilà bientôt le « pié baton mouroung », originaire de l’Inde, qui étire ses branches vers le ciel et promet d’atteindre ses 5 à 6 mètres si les cyclones l’épargnent ! Son allure aérienne et ses grappes de fleurs blanches s’intègrent avec bonheur dans le décor de la cour que Pépé José s’ingénie à verdir.

"Baton mouroung", épluchés par Delixia Perrine, prêts à la consommation.

Mémé Rose — qui malheureusement n’est plus de ce monde depuis longtemps — nous a légué le petit livre du Père Raimbault que nous conservons précieusement et à l’intérieur duquel, elle avait glissé en guise de marque-page, une photo de l’auteur.

Au dos de la photo aux bords dentelés, une écriture penchée, avec pleins et déliés, à l’encre violette, avait tracé quelques mots : « Photo prise à Saint-Denis, le mardi 8 novembre 1949 ». Quatre jours plus tard, le Père Raimbault rendait l’âme. C’est donc certainement l’une des toutes derniers photos de cet illustre homme d’église, sinon la dernière. Un trésor.

« Mouroungue, Moringa Pterygosperma (fammille des Capparidées). C’est une plante introduite qui jouit d’une grande grande vogue dans tout Madagascar, écrit le père Raimbault dans son livre. Sa réputation n’est pas surfaite. On l’emploie dans l’Ascite, l’anarsaque de cause rénale ou cardiaque, dans la paralysie et les crises nerveuses. C’est un excellent rubéfiant et un détersif des ulcères. Cette plante est également laxative (décoction d’une poignée de feuilles dans 1/2 litre d’eau ; sucrer l’infusion avec du miel et prendre par petites tasses de quart d’heure en quart d’heure). Toutes les parties de la pante peuvent être utilisées. Le mouroungue, panacée universelle, n’est pas toxique ».

Le Père Clément Raimbault, quatre jours avant sa mort. Photo prise à Saint-Denis, le mardi 8 novembre 1949. Collection privée 7 Lames la Mer.

Pépé José était vite devenu « expert en mouroungue », aussi bien côté cuisine, côté cour que côté remèdes. Il mettait un point d’honneur à utiliser toutes les parties de la « plante miraculeuse » dont le Père Raimbault louait les nombreuses vertus « et vraiment souveraines selon la partie de la plante utilisée ».

Les feuilles (brèdes...), les gousses (en cari avec ou sans viande), les graines, les racines... Tout était bon. Tout avait son utilité ! De toutes façons, quand il s’agissait de faire plaisir à Mémé Rose (ou d’obéir à ses injonctions...), Pépé José se pliait en quatre et n’hésitait pas à consulter le livre de chevet qui dégageait des effluves de Pompéïa dont s’aspergeait régulièrement sa femme.

« La racine du mouroungue renferme une huile essentielle à odeur forte légèrement sulfurée ; cette huile est rubéfiante et vésicante, écrivait le Père Raimbault dans son livre. C’est un révulsif de premier ordre plus actif que les sinapisme à la moutarde ».

La tombe du père Raimbault, à la Montagne, Saint-Bernard. Photo : B-A Gauzere

Pépé José, soucieux de la santé de sa Rose de femme sujette à l’hypertension, appliquait scrupuleusement les recettes contenues dans le précieux livre de chevet...

« Pilez 4 à 500 grammes de racine fraîche ; étendre la pâte obtenue dans une serviette préalablement mouillée d’eau salée ou vinaigrée et l’appliquer sous forme d’enveloppement sinapisé soit sur la poitrine, s’il s’agit d’une affection des voies respiratoires (bronchite, congestion pulmonaire, etc.), soit sur les mollets et la plante des pieds dans les cas de congestion ; (hypertension artérielle ou autre trouble causé par l’afflux du sang au cerveau) ».

Mémé Rose se laissait envelopper de n’importe quelle mixture concoctée par son José de mari, pourvu qu’elle soit préparée selon les « recettes » du Père Raimbault. Elle appréciait aussi les brèdes mouroung et les « kari baton mouroung » dont Pépé José était devenu le spécialiste !

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros

Merci à Antoine KonsöLe

Antoine Konsöle, alias DJ KonsöLe, est un passionné de musiques créoles et tropicales, de rythmes de l’Océan Indien, de l’Afrique, des Caraïbes, de l’Amérique du Sud. Collectionneur, connaisseur, il explore les arcanes des musiques indocéaniques et se distingue comme l’un des spécialistes de premier plan du séga et de ses déclinaisons insulaires. Il est président de l’association Kreolart qu’il fonde avec Arno Bazin et qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine musical réunionnais.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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