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La Réunion de tous les mystères (6)

L’enfant qui attendait au royaume des morts (6)

19 décembre 2018
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Une poupée pour se protéger du mauvais œil et tenir les âmes errantes à bonne distance. Une vieille dame qui est attendue de l’autre côté de la vie. Deux amants qui s’enfuient dans la montagne... Dans nos mondes créoles, le temps des avents est peuplé de légendes, de croyances, de superstitions... « La Réunion de tous les mystères », épisode 6.
À suivre...

Source : vanille63.centerblog

« Prendre » la septième lame


À La Réunion, le bordmèr [1] est un lieu magique. De nombreuses cérémonies et cultes s’y déroulent. De nombreux rites. On s’y rend notamment pour « prendre » la septième lame [7 lames la mer...] aux vertus purificatrices.

Langues de sable ou de galets ronds, falaises tombant à pic dans l’océan, le bordmèr est un espace de transition entre l’océan tumultueux et le coeur de l’île. Un espace de négociation entre la vie et l’au-delà, entre les hommes et les esprits...

Même les chiens ne s’approchaient pas de cette poupée... © 7 Lames la Mer.

« Même les chiens ne s’en approchent pas »


Dans cet espace de négociation [2], il y a quelques années, des mains anonymes ont installé cette vilaine « poupée le sort » et l’ont affublée — non sans provocation — de divers attributs religieux. Certains promeneurs préféraient détourner la tête pour ne pas voir la « bébête », et pendant longtemps, personne n’a osé enlever cet agencement — pour ne pas dire « arrangement »... « Même les chiens ne s’en approchent pas », racontait un promeneur habitué des lieux.

Dans la mythologie populaire réunionnaise, la poupée est parfois utilisée comme un « dispositif visant à éloigner le mauvais œil ». Placée en position élevée, en haut d’un poteau par exemple, bien en vue à l’entrée de la cour, elle a pour « fonction d’attirer à elle le mauvais œil en le détournant ainsi des habitants » du lieu.

Objet destiné à détourner le "mauvais œil". Photo de J. Barre, extraite de "Magie et sorcellerie à La Réunion", de Robert Chaudenson avec la participation de Christian Barat et Michel Carayol (1983).

Pour en savoir plus : La vilaine « poupée le sort » du bord de mer


Extrait du tableau "Jesusito sera un Santo",
de David Alfaro Siqueiros.

« Elle savait qu’elle allait mourir »


Il y a ceux qui sentent la mort approcher et qui s’accrochent. Ceux qui hésitent entre les « deux mondes ». Ceux qui partent d’un coup. Ceux qui s’endorment paisiblement. Ceux qui résistent et ceux qui se résignent.

Et puis il y a cette veille dame qui est attendue...

« J’ai vécu une expérience troublante avec une patiente âgée, raconte une infirmière. Elle était en détresse respiratoire et de plus en plus faible. Je savais qu’elle allait mourir et je pense qu’elle aussi le savait. Elle était plutôt calme. Je l’ai accompagnée et j’étais auprès d’elle lorsqu’elle est morte et c’est à ce moment précis que j’ai vu un petit garçon debout derrière la vieille dame »...

Pour en savoir plus : L’enfant debout derrière la mort


L’esclave marron, Jacques Vol, s’est précipité du haut d’une falaise pour échapper aux chasseurs lancés à ses trousses. Depuis, ce lieu s’appelle "Ravine à Jacques". © 7 Lames la Mer

A genoux à l’entrée de l’église


Cela se passe en 1716 à l’île Bourbon. L’esclave Jacques Vol et la blanche Jeanne Lépinay s’enfuient vers l’intérieur de l’île pour vivre leur amour loin de cette société servile et raciste.

Traqués, les deux amants décident de se séparer, Jacques Vol poursuivant seul sa fuite en espérant que Jeanne sera épargnée... Elle aura certes la vie sauve mais sera torturée et humiliée publiquement : à genoux à l’entrée de l’église de Saint-Paul, tête et pieds nus, un cierge ardent à la main, Jeanne Lépinay demandera pardon à Dieu, au Roi et à la Justice. Puis elle sera conduite en place publique et soumise à la torture du cheval de bois, exposée pendant une heure. Terrible destin d’une femme insoumise en société esclavagiste...

Quant à Jacques Vol, il s’est suicidé en se « précipitant du haut de la falaise, à l’endroit même où tombe la cascade qui a pris son nom (Jacques-Vol, c’est-à-dire Jacques-le-Ravisseur) ».

Certains prétendent que le gniang’ [3] de Jacques Vol hante encore la cascade et remonte parfois même jusqu’à la Ravine à Malheur, lieu peuplé de légendes et de revenants.

Pour en savoir plus : Les amants maudits traqués dans la ravine

œuvres de David Alfaro Siqueiros

À suivre...


À lire aussi :
Quand les morts disaient la messe (1)
Ne balaie pas la maison après 6 heures du soir (2)
Des robes de mariée pour rendre les promesses (3)
L’esprit des marrons est encore dans Mafate (4)
Frisson la passe dessus moin (5)


Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Bord de mer, rivage

[2En l’occurence, un bord de mer de l’ouest de l’île

[3Revenant, esprit.

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