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La Réunion/Québec

Kafrine Louisa, militante créole jusqu’au bout du monde

2 février 2018
Nathalie Valentine Legros
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Lauréate 2018 désignée par la « Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs », Kafrine Louisa, poète, militante, enfant de Salazie, rayonne de Montréal à la mer indienne. Kafrine/Kaf/rimes...

Kafrine Louisa, un concentré d’énergie, est l’une des 12 lauréats du calendrier du "Mois de l’Histoires des Noirs" : août 2018.

Un message aux accents québécois et créoles


« Bon matin, Nathalie... Koman i lé ? ». C’était un lundi trop gris. Et ce message — aux accents québécois et créoles — de Kafrine Louisa sur la toile avait comme un parfum de jus de mangue dans la bouche quand il fait trop chaud et soif. Je la croyais au Canada et la voilà qui me donne rendez-vous le jour-même dans un restaurant du Sud de La Réunion, le « Belo Horizonte » [1]. Premier rendez-vous, car à part quelques échanges via internet de loin en loin autour de centres d’intérêt communs [l’histoire de l’esclavage, la langue créole, l’identité réunionnaise, etc.], je n’avais jamais rencontré Kafrine Louisa qui vit au Québec.

Le restaurant « Belo Horizonte » est installé dans une accueillante case créole. Quand Kafrine Louisa passe la porte, le soleil entre avec elle. Et déjà ses bras s’ouvrent en même temps que son sourire. Kafrine Louisa, c’est un concentré d’énergie positive, aux yeux rieurs, aux mots qui pétillent. Et pourtant, c’est un deuil qui lui a fait « sauter la mer » [2] pour la ramener quelques jours à La Réunion. Son père, « Granmoun Jean-Baptiste » [3] de Salazie, a « dé-sauté la vie » [4].

Kafrine Louisa, sur une terrasse du vieux port de Montréal, juin 2014.

« Habite à Montreal, originaire de Salazie »


A l’occasion de ce séjour imprévu — et douloureux — dans son île natale, Kafrine Louisa entame son deuil tout en multipliant les contacts et les rencontres. C’est sa manière à elle de vivre : toujours connectée au monde et aux autres, toujours en mouvement, en empathie, en partage, volubile et attentive. Généreuse. Habitée par une soif de découverte, de savoir et de culture.

« Habite à Montreal, originaire de Salazie ». C’est ainsi qu’elle se présente sur un réseau social, précisant « femme de lettres humaines, originaire de ces grandes îles-lettrées de l’océan Indien ». Et elle ajoute : « auteure de « Effets Mer ou les Empreintes de l’âme » (1& 2) aux éditions Grenier, co-auteure de « Cyclone à La Réunion » aux éditions « ARS Terres créoles » (roman collectif bilingue) ».

Kafrine Louisa, à la cinémathèque québécoise, avril 2016. Photo : Lou Scamble.

Rayonnante, de Montréal à la mer indienne


Louisa Lafable — puisque c’est son état civil — aime les mots, les rimes. La poésie. La littérature. Elle joue avec les mots : Kafrine/Kaf/rimes ; « îles-lettrées » de l’océan Indien ; « mèm dan Fénoir, nout Féklèr y doit réioné » [5]... Femme de poésie, elle est aussi une militante, engagée socialement, active. Rayonnante, de Montréal à la mer indienne.

Et comme un juste retour des choses, voilà notre Kafrine québéco/réunionnaise distinguée par la « Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs » [voir encadré ci-dessous] qui l’a désignée lauréate 2018 ainsi que onze autres militants [6].

Kafrine Louisa, 2013.

Lot koté la mer/lot koté la Terre !


« Animés par le désir d’être des vecteurs de changement, ces gens ont décidé de prioriser leurs convictions pour le bien commun. Souvent travailleurs de l’ombre, leurs histoires inspirantes méritent d’être soulignées, particulièrement pour la relève qui a soif de modèles issus de la diversité », explique Michael P. Farkas, président de la « Table Ronde du Mois de l’histoire des Noirs ». Les lauréats sélectionnés sont présentés dans le calendrier annuel du « Mois de l’Histoire des Noirs » ainsi que sur le site du même nom.

Le mois d’août 2018 fera rayonner la Réunionnaise, Kafrine Louisa, à l’autre bout du monde : lot koté la mer/lot koté la Terre !

Nathalie Valentine Legros

Louisa Lafable/Kafrine Louisa : poète et militante créole


Kafrine Louisa, lors de la présentation de son recueil de poésies : "Effets mer ou les empreintes de l’âme", août 2011. Photo : Dramane Koné.

Louisa Lafable, dite « Kafrine Louisa », née à l’île de La Réunion (océan Indien), est une femme de lettres, poète et une Montréalaise de cœur. Sadia Groguhé, ex-députée du NPD [7], avait été la première à reconnaître et à saluer son engagement social.

Kafrine Louisa est co-fondatrice de l’Association des Réunionnais du Québec et de l’Association « Yes We Can Canada ». Militante culturelle, Louisa a été approchée par le comité « Kepkaa » [8], comme treizième porte-parole du « Mois du Créole ».

Elle a également été marraine de la première édition de l’événement « Honneur aux mères centrafricaines » organisé par la « Communauté centrafricaine Söngö-Canada ». Elle reste impliquée dans divers organismes socioculturels, dont le « Cercle littéraire africain de Montréal » et le « Comité Aimé Césaire Québec ». Passionnée d’écriture et de poésie, elle aime encourager les plumes au féminin pluriel. Elle a rédigé plusieurs recueils de poésie, dont « Effets Mer ou les Empreintes de l’âme ».

Source : « Le site Mois de l’histoire des noirs »


Pour en savoir plus sur le Mois de l’Histoire des Noirs


Le Dr Carter G. Woodson [États-Unis, 1875/1950] fut l’instigateur de la « Semaine des Noirs » en février 1926 [la Negro History Week]. Le mois de février fut choisi parce qu’il correspondait au mois d’anniversaire de naissance de deux grands abolitionnistes de l’esclavage, Frederick Douglas et Abraham Lincoln. Cet historien (...) combattit, par la recherche et l’éducation, le racisme et les préjugés de la société (...).

La « Semaine des Noirs » devint le « Mois de l’histoire des Noirs » en 1976, dans le cadre des festivités du bicentenaire américain. Cet événement visait à commémorer d’une manière plus fidèle et plus objective l’histoire des Noirs. Il est aujourd’hui célébré dans les plus grands centres urbains en Amérique du Nord, en Afrique, en France, aux Caraïbes, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.


Le « Mois de l’Histoire des Noirs » au Québec


Le 23 novembre 2006, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi visant à faire du mois de février le « Mois de l’histoire des Noirs », afin de souligner la contribution historique des communautés noires à la société québécoise. Cette loi est entrée en vigueur le 1er février 2007. (...)

Depuis plus de 300 ans les générations successives de Québécoises et de Québécois des communautés noires font profiter le Québec de leur savoir-faire, de leurs talents et de leurs visions dans toutes les sphères d’activités. (...) La « Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs » organise depuis 24 ans des activités qui permettent à la population québécoise de découvrir la richesse et la diversité des communautés noires et de rendre hommage aux personnes qui se sont illustrées dans différents domaines.

Source : Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles


Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
Twitter, Google+.

Notes

[1« Belo Horizonte », 10 rue François de Mahy, Saint-Pierre.

[2Sauter la mer : traverser la mer.

[3Granmoun Jean-Baptiste : le vieux Jean-Baptiste.

[4Dé-sauter la vie : mourir.

[5Même dans la nuit (ou « moments troubles »), nos lumières intérieures se doivent de rayonner.

[6Les autres lauréats sont :

  • Sylvie Guiguemdé — En fondant son agence Fleur d’Orchidée, Sylvie Guiguemdé ne ménage aucun effort pour promouvoir le savoir-faire et la rigueur des professionnels africains vivant au Canada. Son engagement ferme dans la lutte contre certaines injustices (l’itinérance des femmes victimes de violence conjugale ou le bien-être des albinos vivant des préjugés) l’a amenée à lancer des initiatives porteuses d’espoir.
  • Émilie Nicolas — Émilie Nicolas est la co-fondatrice de Québec inclusif, un mouvement qui unit activement les citoyens(ennes) contre le racisme et l’exclusion sociale. Reconnue comme bâtisseuse de ponts, elle a collaboré à la mise sur pied d’une coalition en faveur de l’égalité et contre le racisme systémique au Québec.
  • Charles Ali Nestor — Fondateur de l’Académie Ness Martial, Charles Ali Nestor transmet sa passion des arts martiaux aux plus jeunes depuis 20 ans déjà. Il est derrière l’école de la Relève, une immersion sport-études pour jeunes en difficultés, le premier programme du genre au Québec. Son expertise comme leader positif et pacifiste est reconnue. Il est également membre de la Table Ronde transculturelle sur la sécurité publique au Canada.
  • Félix Zogning — Professeur agrégé en comptabilité financière à l’UQO, Félix Zogning est président du conseil d’administration de Vues d’Afrique. Spécialiste des marchés financiers, de l’entrepreneuriat et de la gouvernance, il a publié différents ouvrages à titre d’auteur. Nommé au Prix RBC des 25 grands immigrants au Canada, son parcours a été souligné par l’Ordre des administrateurs agréés du Québec.
  • Gabriella « Kinté » Garbeau — Militante au sein du collectif Hoodstock, l’auteure et afroféministe met sur pied Racines, une librairie spécialisée garnie de romans, d’œuvres d’art et d’artisanat créés par des personnes racisé.e.s. Elle croit que la représentation des personnes racisé.e.s par la littérature et l’art est plus que nécessaire afin de mettre de l’avant leurs histoires.
  • Jocelyn Bruno alias Dramatik — Membre du légendaire groupe hip-hop Muzion, Dramatik est le modèle parfait de l’artiste résilient qui a trouvé sa voie dans la musique pour s’en sortir. Le rap lui a aussi permis de surmonter son bégaiement. Militant pour les causes qui touchent les Noirs, les populations autochtones, les femmes, les jeunes et les immigrants sans papiers, il sensibilise le public à ces enjeux.
  • Duke Eatmon — Passionné par la musique dès son plus jeune âge, et multi-instrumentiste, Duke Eatmon est une véritable encyclopédie musicale. À 16 ans, il apprend à jouer seul d’une dizaine d’instruments ! Membre de l’émission Homerun à CBC Radio One, il enseigne également l’histoire de la musique afro-américaine à l’Université Concordia. Depuis 20 ans, il s’occupe de la couverture musicale pour le Montreal Community Contact et est l’auteur de Chuck D Presents This Day in Rap and Hip-Hop History.
  • Thierry Lindor — Ce jeune entrepreneur est devenu un des courtiers les plus doués de Montréal. Après avoir commencé sa carrière avec Century 21, il fonde le Groupe Lindor. Sa créativité le mène également à fonder Influence Orbis, un mouvement qui cherche à donner un nouveau sens à la notion d’innovation entrepreneuriale. Chaque année, avec son ami et joueur de la NBA Samuel Dalembert, il permet à des enfants de milieux défavorisés de vivre des vacances de rêve et d’assister à un match de la NBA.
  • Malik Shaheed — Malik Shaheed, alias « Versatile », a été un des premiers animateurs noirs de la chaîne Musique Plus. Son but est de bâtir un pont entre les communautés hip-hop anglophones et francophones du Québec. Après s’être investi au sein des YMCA, il crée la fondation Jeunes Étoiles qui encourage de saines habitudes de vie chez les jeunes. Le dîner de charité Eat to the Beat accueille chaque année plus de 300 jeunes au réputé restaurant Buonanotte.
  • Adrienne Piggott — Que ce soit à l’Université McGill ou au sein de la compagnie théâtrale Teesri Duniya, Adrienne Piggott se sert de sa force et de sa détermination pour créer des espaces permettant aux autres personnes de couleur de faire entendre leurs propres voix.
  • Myrna Lashley — Première doyenne adjointe noire du Collège John Abbott, Dr Myrna Lashley est reconnue comme une sommité en psychologie culturelle. Professeure au département de psychiatrie de McGill, elle agit à titre de consultante, tant au Canada qu’à l’international, sur les enjeux interculturels. Elle est également la porte-parole anglophone de la 27e édition du Mois de l’histoire des Noirs.

Source : Mois de l’Histoire des Noirs

[7NPD : Nouveau Parti démocratique / New Democratic Party.

[8Kepkaa : Comité international pour la Promotion du créole et l’Alphabétisation / Komite entènasyonal pou Pwomosyon kreyól ak Alfabetizasyon. Kepkaa est aussi une librairie communautaire, la Librairie Kepkaa, qui a pour objectif de promouvoir la diffusion des littératures créoles, afro-américaines et afro-caribéennes. « Le site Kepkaa »

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