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Il y a 203 ans, Auguste Lacaussade

Lacaussade, né et mort parmi les révoltés

7 février 2018
7 Lames la Mer
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« Je suis né et je mourrai parmi les révoltés », confiait Auguste Lacaussade. Naître « bâtard » à l’île Bourbon, c’est n’être ni noir, ni blanc. « Zanzibar » et « Bamboula »... c’est ainsi que son compatriote Charles Leconte de Lisle le surnomme. Lui, Lacaussade, met en poésie sa révolte contre le système esclavagiste : « Mais pour l’esclave est-il des fleurs et du soleil ? » [A la fin de cet article, le programme complet du colloque sur « L’Ecole poétique parnassienne », suivi de la « Rencontre des Poètes de l’Indianocéanie ». 8/9/10 février 2018, à La Réunion.]


Légitime bâtard sans titre au nom d’un père


C’est le 8 février 1815, il y a 203 ans, qu’Auguste Lacaussade voit le jour — un an avant Charles Leconte de Lisle —, fils naturel d’un avocat et d’une « libre de couleur ». « Légitime bâtard sans titre au nom d’un père », écrira-t-il plus tard dans « Les Salaziennes ». Une « naissance obscure » jugera même un journaliste dans « Le Peuple », longtemps après la mort d’Auguste Lacaussade, prouvant, si besoin était, que les préjugés et la pression sociale pèsent lourdement sur la société réunionnaise.

« Est-il né d’une esclave ? Quelle était sa propre condition ? Qui était son père ? Comment se père s’est-il conduit à l’égard de cet enfant, destiné à jeter tant de lustre sur son pays natal ? », interroge le journaliste.

Sa mère, Fanny, est née esclave, mais après la mort de son père — vraisemblablement le chevalier Banks — elle sera affranchie à 17 ans pour échapper à la tyrannie et aux brimades (allant jusqu’à la prostitution) qu’elle subit de la part de sa « tite mère ».

By David Osagie

Fanny, esclave affranchie, condamnée à réussir sa vie


Le parcours de cette Bourbonnaise est assez exceptionnel, raconte Prosper Ève. Fanny est une battante. Elle est l’archétype de la self-made-woman. (...) Elle réussit finalement à faire partie des quelques rares femmes d’affaires boubonnaises. (...) Fanny est une esclave affranchie, elle est une métisse, mais sur l’échiquier économique, elle occupe sans complexe une place non négligeable. (...) Elle n’a plus rien à prouver aux Blancs. Elle sait que quoi qu’elle fasse, elle restera pour eux, Fanny « la noire », Fanny « la libre de couleur ». (...) Parce qu’elle est devenue libre, elle est condamnée par la même occasion à réussir sa propre vie, à tirer profit du système en vigueur.

Cela n’empêche pas son fils — qui adore et admire cette mère libre — d’écrire : « L’esclavage est un sol immonde / Que les regards de Dieu n’ont jamais fécondé ».

Le père d’Auguste Lacaussade, Augustin Pierre Lacaussade, possède une bonne situation. Les « mariages mixtes » sont interdits mais il aime Fanny et ils auront cinq enfants (dont Auguste) et c’est dans les bras de cette « mulâtresse » qu’il lâche son dernier souffle.


Humilié et condamné à l’exil


La vie d’Auguste Lacaussade sera marquée par ce statut « d’enfant naturel mulâtre », à commencer par sa scolarité : « le jeune Auguste ne pourra pas entrer au collège royal après des études primaires à Saint-Denis » [1]. Il vit cela comme une humiliation et sera ainsi condamné à l’exil.

Sur les 82 années de son existence, Auguste Lacaussade n’en passera que 19 dans son île natale : de sa naissance en 1815 à 1830, de 1834 à 1836 et de 1842 à 1844. A chaque fois qu’il quitte l’île, il est tiraillé entre les attaches sentimentales et intimes qu’il laisse derrière lui et la terrible conviction d’être rejeté par la société qui l’a vu naître.


Contre la déforestation massive de son île


Il porte sur cette société insulaire un regard sans compromis. Il fustige les « nouveaux venus » car il estime que parmi eux, bon nombre d’investisseurs ont pour objectif avoué « de travailler le temps d’amasser un certain capital et de repartir sous d’autres cieux (...) pour réinvestir ou vivre tout simplement princièrement des fruits de leurs prouesses bourbonnaises, écrit Prosper Ève. Il ne voit pas honnêtement ce que Bourbon peut gagner de ces égoïstes, qui se repaissent du meilleur de sa sève puis l’abandonnent ».

Il s’élève contre la déforestation massive de son île. Dans sa poésie, il évoque à plusieurs reprises la « part africaine de Bourbon », dénonce ardemment l’esclavage dont il réclame l’abolition, déclarant à ce sujet : « je suis né, je mourrai parmi les révoltés ». À Paris, il rejoint les milieux abolitionnistes et milite aux côtés notamment de Victor Schoelcher.

Le boulevard Lacaussade surplombe la rivière Saint-Denis, avec une perspective sur la gloriette de la maison dans laquelle séjourna la dernière reine de Madagascar, Ranavalona III, destituée et exilée par les forces coloniales françaises.


Entre l’élite mauricienne et le milieu littéraire parisien


La poésie le sauvera, à chaque étape difficile de sa vie. En 1839, il publie un premier recueil, « Les Salaziennes » et trouve ainsi un équilibre et un sens à son existence.

Poète, traducteur, journaliste, il ne bénéficie pas, dans son île natale, de l’intérêt que lui portent l’élite mauricienne et le milieu littéraire parisien où il fréquente Lamartine, Hugo, Sainte-Beuve, Alfred de Vigny, Marguerite Desbordes-Valmore, etc. Cette absence de reconnaissance et même cette ostracisation le meurtrissent à vie.

Vivant modestement malgré une légion d’honneur, il meurt à Paris le 31 juillet 1897, à l’âge de 82 ans.

Ce n’est qu’en 1921, soit 24 ans après la mort du poète, que le nom d’Auguste Lacaussade est officiellement attribué à une portion du boulevard qui surplombe la rivière Saint-Denis. En 1944, Raphaël Barquissau rédige une thèse intitulée « Le poète Lacaussade et l’exotisme tropical ».

7 Lames la Mer

Sources :

  • « Auguste Lacaussade (1815/1897), Un franc-créole en France, le destin d’un fils d’esclave », par Prosper Eve, Professeur d’Histoire Moderne à l’Université de La Réunion, Océan Editions, 2006.
  • « Le poète Lacaussade et l’exotisme tropical », par Raphaël Barquissau, collection Voix dans l’Océan, ADER, 1989.
  • « Le dictionnaire biographique de La Réunion »

À l’île natale

O terre des palmiers, pays d’Eléonore,
Qu’emplissent de leurs chants la mer et les oiseaux !
Île des bengalis, des brises, de l’aurore !
Lotus immaculé sortant du bleu des eaux !
Svelte et suave enfant de la forte nature,
Toi qui sur les contours de ta nudité pure,
Libre, laisses rouler au vent ta chevelure,
Vierge et belle aujourd’hui comme Eve à son réveil ;
Muse natale, muse au radieux sourire,
Toi qui dans tes beautés, jeune, m’appris à lire,
A toi mes chants ! à toi mes hymnes et ma lyre,
O terre où je naquis ! ô terre du soleil !

Auguste Lacaussade, « Poèmes et Paysages »

Colloque « L’école poétique parnassienne »

Organisé à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Leconte de Lisle et du 180ème anniversaire de la naissance de Léon Dierx par l’Association des Amis d’Auguste Lacaussade et le Département des Lettres Modernes (Université de La Réunion).

Rencontre des Poètes de l’Indianocéanie
les 8, 9 et 10 février 2018


Jeudi 8 février 2018
Bibliothèque Départementale de La Réunion

8 h 15 : Accueil des participants
8 h 30 : Séance officielle inaugurale


Première séance
Modérateur :Alain Vaillant


9 h : Edgard Pich, La métrique de Leconte de Lisle, des romances aux formes fixes
9 h 40 : Débat
9 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle
10 h : Carpanin Marimoutou, Professeur, Université de La Réunion, Tropical Parnasse : Leconte de Lisle /Léon Dierx.
10 40 : Débat
10 h 55 : Voix déclamant Léon Dierx
11 h : Patrick Quillier, Professeur, Université de Nice Sophia Antipolis, Leconte de Lisle à l’écoute
11 h 40 : Débat
11 h 55 : Déclamation de poèmes de Leconte de Lisle
12 h : Patrick Conullon (MCF, Université de Bordeaux III), Leconte de Lisle traducteur du grec
12 h 40 : Débat


Deuxième séance
Faculté des Lettres
Amphi 200.1


14 h : Mot du Doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.
Modérateur : Yann Mortelette
14 h 15 : Christophe Carrère (Docteur en littérature), Le beau chez Leconte de Lisle
14 h 55 : Débat
15 h 10 : Voix déclamant Leconte de Lisle
15 h 15 : André Ughetto, Professeur, Université de Marseille, Situation de Leconte de Lisle et autres poètes dits parnassiens.
15 h 55 : Débat
16 h 10 : Voix déclamant Leconte de Lisle


Troisième séance
Modérateur : Patrick Quillier


16 h 15 : Yann Mortelette, Professeur, Université de Brest, L’héritage poétique de Leconte de Lisle
16 h 55 : Débat
17 h 10 : Voix déclamant Léon Dierx.
17 h 15 : Alain Vaillant, Professeur, Paris-Nanterre – La Défense, La belle utopie du Parnasse : les leçons d’un échec
17 h 55 : Débat
18 h 10 : Voix déclamant Leconte de Lisle
18 h 15 : Félix Marimoutou (PRAG, Université de La Réunion), Leconte de Lisle, conteur de l’île.
18 h 55 : Débat


Vendredi 9 février 2018
Lycée Leconte de Lisle
8 h 30 : Accueil des participants
8 h 45 : Mot du Proviseur du Lycée Leconte de Lisle


Quatrième séance
Modérateur : Carpanin Marimoutou


9 h : Pascal Durand, Professeur ordinaire, Faculté de Philosophie et Lettres, Université de Liège : « De l’Art-Névrose à l’hystérie de sang froid : Leconte de Lisle vu par Sartre ».
9 h 40 : Débat
9 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle
10 h : Bruno Cunniah, Associate Professor, Université de Maurice, « Les désirs hindous chez Léoville l’Homme et Leconte de Lisle ».
10 h 40 : Débat
10 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle


Cinquième séance
Modérateur : Bénédicte Le Tellier


11 h : Georges de Rivas, " Orphée dans l’œuvre de Leconte de Lisle".
11 h 40 : Débat
11 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle


Sixième séance
Musée Léon Dierx
13 h 50 : Mot du Directeur du Musée Léon Dierx
Modérateur : Bruno Cunniah


14 h : Bénédicte Le Tellier (MCF, Université de La Réunion), La barbarie du poème moderne chez Leconte de Lisle selon Sri Aurobindo.
14 h 40 : Débat
14 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle
15 h : Vina Ballgobin (Senior Lecturer, Université de Maurice), "Rabindranath Tagore et de Leconte de Lisle"
15 h 40 : Débat
15 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle
16 h : Jean-Régis Ramsamy (Docteur en histoire), Leconte de Lisle, l’Inde et les Indiens..
16 h 40 : Débat
16 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle


Septième séance
Modérateur : Patrick Quillier


17 h : Fabienne Jean-Baptiste , Docteure en histoire, CRESOI, Université de La Réunion, Le Poète Leconte de Lisle et ses publics réunionnais. Réceptions et études dans la presse des poèmes de Leconte de Lisle au XIXe siècle et XXe siècles
17 h 40 : Débat
17 h 55 : Voix déclamant Leconte de Lisle
18 h : Angélique Gigan (Docteure en Littérature), La représentation de l’océan Indien dans quelques écrits de Leconte de Lisle. »
18 h 40 : Débat
19 h : Voix déclamant Leconte de Lisle
19 h 5 : Synthèse par Serge Bouchet (MCF, Université de La Réunion, CRESOI)
19 h 15 : Animation musicale avec Bruno Escyle


Samedi 10 février 2018


Rencontre des poètes de l’Indianocéanie et d’ailleurs.
Mairie de Bras-Panon


8 h : Accueil des participants
8 h 15 : Animation musicale avec Jean-Fred Philéas
Séance inaugurale
8 h 30 : Mot du maire


Mot du Président de l’AAAL [2]
Première séance
Modérateur Prosper Eve


9 h : André Ughetto (Professeur, Université de Marseille), Le Parnasse
9 h 40 : Débat
9 h 55 : Bruno Cunniah (Associate Professor, Université de Maurice), « La nouvelle poésie mauricienne ou le recentrage identitaire ».
10 h 35 : Débat


Deuxième séance
Au rendez-vous des poètes d’aujourd’hui (1)
Modérateur : Patrick Quillier


10 h 50 : Pratique poétique de Carpanin Marimoutou
11 h 20 : Débat
11 h 35 : Pratique poétique de Gillian Geneviève
12h 5 : Débat
13 h 20 : Pratique poétique de Georges de Rivas (France)
12 h 50 : Débat


Troisième séance
Au rendez-vous des poètes d’aujourd’hui (2)
Modérateur : Félix Marimoutou


14 h : Pratique poétique de Linda Hoareau (Seychelles)
14 h 30 : Débat
14 h 45 : Pratique poétique de Assonne Sedley Richard, (Maurice)
15 h 15 : Débat


Quatrième séance
Au rendez-vous des poètes d’aujourd’hui (3)
Modérateur : André Ughetto


15 h 30 : Pratique poétique de Franky Lauret (La Réunion)
16 h : Débat
16 h 15 : Pratique poétique de Guillaume Fanio (Maurice)
16 h 45 : Débat


Cinquième séance
Au rendez-vous des poètes d’aujourd’hui (4)
Modérateur : Patrick Quillier


17 h : La poésie au Québec et Pratique poétique de Danielle Fournier (Québec)
17 h 30 : Débat
17 h 45 : Pratique poétique de Sébastien Refesse (La Réunion)
18 h 15 : Débat
18 h 30 : Animation musicale avec Jim Fortuné


7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
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Notes

[1« Le dictionnaire biographique de La Réunion »

[2Associations des amis d’Auguste Lacaussade

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