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Galerie des ombres créoles (2)

1899 : Mina, la belle Indienne, victime d’une rumeur

5 avril 2020
Nathalie Valentine Legros
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1899, un navire en provenance de Chine introduit la peste bubonique dans l’île. Les autorités tentent de contenir le fléau par diverses mesures, dont un « camp de ségrégation » à la Providence. Mais à l’intérieur du camp, ceux qui arrivent au terme des 12 jours d’isolement se retrouvent parfois en contact avec ceux qui entrent... L’atmosphère chaotique qui s’empare alors de l’île, entre peur et quarantaine, alimente tous les fantasmes. Petite histoire de confinement à la fin du 19ème siècle.

Indiennes photographiées par Constant Azéma (1828-1867). Pour en savoir plus sur Constant Azéma :
Azéma, la tête sur un plateau

La peste a-t-elle tué Mina la belle Indienne ?


Mina l’Indienne vivait à Saint-Denis chez Madame Adamolle, au bout de la rue Rontaunay. Au début de l’épidémie de peste [1] qui se déclara dans l’île en juillet 1899, elle avait été « internée » à la Providence et, à plusieurs reprises, la rumeur l’avait prétendue morte. Et la rumeur s’était emballée allant jusqu’à émettre des doutes quant à l’existence même de Mina.

Mina l’Indienne n’était-elle qu’une invention, un fantasme produit par les bouleversements et les angoisses qui s’épanouissent en période d’épidémie ?

Mina l’Indienne n’était-elle qu’un « fake » de la fin du 19ème siècle ? La presse s’en mêle et, pour couper court aux folles rumeurs, affirme dans une édition du 23 novembre 1899 : « Elle existe ! A preuve, qu’elle avait, en changement de logement, laissé à la propriétaire, comme garantie du loyer qu’elle devait, une armoire en bois de natte verni ».

Extrait d’un article du 31 octobre 1899.

Mina victime d’une rumeur


Une armoire comme preuve de l’existence de Mina ! Mais voilà, l’armoire en question a disparu. Le gardien de l’immeuble dans lequel la mystérieuse Mina avait laissé son armoire en gage avait un jeune ami qui lui rendait régulièrement visite... C’est chez la fiancée de cet ami que l’armoire de Mina est finalement retrouvée par la police.

Donc, si l’armoire existe, c’est que Mina est bien réelle... Oui, « cette belle Indienne qui tient un joli petit bazar de fruits et légumes » est bel et bien réelle. Mais aussi victime d’une rumeur persistante.

A la fin du mois d’octobre 1899, une femme meurt au « camp de ségrégation de la Providence » et les langues qui battent le trottoir affirmèrent qu’il s’agissait de Mina, qu’elle était « la nouvelle victime de la peste ». Cette rumeur provoqua une vive émotion dans l’entourage de Mina.

Extrait d’un article du 23 novembre 1899.

Mina aurait dû être libérée « depuis 3 ou 4 jours »


On apprend par la presse que Mina a été internée pour 12 jours, conformément au décret imposant une « ségrégation » pour l’incubation de la terrible peste. Et qu’elle aurait dû être libérée « depuis 3 ou 4 jours ». Mais à l’échéance, Mina ne réapparaît pas en ville. Son petit bazar reste clos. La rumeur fait le reste : Mina est morte !

La réalité est différente. Mina est vivante ! « Sous prétexte de ségrégation (ce qui devait se faire par isolement), on mêle tous les internés et il arrive que, lorsque les premiers ont terminé, nous allons dire leur peine, mais bien leur détention, on constate qu’il y a contact entre eux et de nouveaux venus et qu’ils auront à subir un nouveau temps d’observation. C’est le cas de Mina. Si elle n’est pas morte, comme en a couru le bruit, on doit au moins constater que les précautions que prennent avec raison les autorités la livre, ainsi que ceux de sa bordée, au contact plus prolongé de gens contaminés et les expose à un danger imminent ».

Et le journaliste de conclure : « la ségrégation est une excellente mesure mais elle doit être appliquée avec plus de logique ».

Nathalie Valentine Legros

"Three Girls", Amrita Sher-Gil. National Gallery of Modern Art (NGMA), New Delhi. Pour en savoir plus sur Amrita Sher-Gil : Amrita Sher-Gil, l’étrange vie de la Frida Kahlo indienne

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1A lire au sujet des épidémie à La Réunion : Les épidémies meurtrières de l’histoire réunionnaise.

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