De rumba Tambah à Mam’zelle Paula…

«Mam’zelle Paula», classique indémodable du séga réunionnais, est née à… Porto Rico !

Le compositeur et musicien portoricain, Rafael Hernández Marín (1892-1965), la chanteuse réunionnaise Michou et son père, le compositeur et musicien réunionnais, Narmine Ducap (1940-2015).
Le compositeur et musicien portoricain, Rafael Hernández Marín (1892-1965), la chanteuse réunionnaise Michou et son père, le compositeur et musicien réunionnais, Narmine Ducap (1940-2015).

A des milliers de kilomètres de La Réunion


Plusieurs générations ont dansé sur le séga «Mam’zelle Paula». Sur des paroles écrites par Narmine Ducap et chantées par sa fille Michou, on apprenait un peu de la vie romanesque de Paula Olivia Crezo1, née en 1913 au Tampon et qui, jusqu’à la fin des années 1970, tenait un bar-restaurant au Port.

Ce que l’on sait moins, c’est que cette musique trouve son origine à des milliers de kilomètres de là, du côté de Porto Rico, où est né son auteur : Rafael Hernández Marín.

Rafael Hernández Marín.
Rafael Hernández Marín.

«Rumba Tambah», pendant des décennies en tête des «charts»


De cette musique naitra un titre, «Rumba Tambah», qui sera propulsé pendant des décennies en tête des «charts» d’Amérique latine et d’ailleurs, et ce, grâce à la fougue du cubain, Ernesto Lecuona, qui popularisera ce titre partout en Europe durant une grande tournée avec son « Lecuona Cuban Boys».

Ce morceau sera ensuite repris par nombre de groupes «latino» un peu partout à travers le globe : Don Baretto, Pépé Luiz, Roberto Delgado, Martin Wulms, Horst Winter, Max Greger, José Milado, Henri Leca, sans oublier l’incontournable James Last [but not least] et, pour La Réunion, Narmine Ducap.

« Sous le soleil brûlant de son ciel tropical, un pauvre esclave, fiévreux, tremblant, pleurait son destin fatal. Sans espoir, sans amour, sans liberté, sans Dieu. A quoi bon vivre lorsque les jours semblent odieux ! Et défaillant, s’agenouillant, le pauvre noir ivre de désespoir, sous son fardeau courbant le dos, pour oublier sa peine chantait ainsi : Oh ! Oh ! Oh Ayez pitié mon Dieu d’un nègre Tambah, si pauvre et si malheureux et qui n’a jamais mon Dieu connu que peine et douleur« … Paroles de Robert Chamfleury, 1935.

Les tranches de vie de « Mam’zelle Paula »


Là où l’habillage des paroles d’origine [voir paroles et partition ci-dessus] faisait écho aux lamentations répétées d’un esclave sous le soleil de la plantation, l’écriture de Narmine décrit de façon fortement imagée les tranches de vie d’un quartier où règne «Mam’zelle Paula» — «Reine dann Port là» — et où Monsieur Paulo, son compagnon, n’en mène pas large : «Chapeau en biang su la tét»…

Sully Fontaine


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Michou.
Michou.

Mam’zelle Paula


Mam’zelle Paula connait
I aime depense la monnaie
Monsieur Paulo pas content
Ça y dur’ra pas trop longtemps

Monsieur Paulo mounoir
Quand y arive tous les soirs
Chapeau en biang su la tête
De moun i voit ali com bébète

Mamzel Paula lé fort
Si bateau la rent’ au port
Batbat caré su la rade
Pou guèt camayangue fé parade

Monsieur Paulo foutor
Si Paula la monte à bord
Li lé bon pou sème la panique
I fo que la police i raplique

Oh mam’zelle Paula
Reine dan’ Port la
Toué même lé plu joli !
Oh mam’zelle Paula
Ti aime pêche camayangue lé samedi
Quand lé dans la roulie

Paula… Paula… Paula…

Mam’zelle Paula
Sa malhèr sa
Mam’zelle Paula
Sa kabalèr sa

Mam’zelle Paula le soir
Sat i appuie son comptoir
Bien quand i ariv su le tard
I retrouv a zot gomé lo fard

Dan’ son bistrot nana poupette
Derrière rideau la zot i guète
Si Paula la dresse son gosier
I veut dire boug la fo mailler

Monsieur Paulo li li dort
Son l’estomac i ronf fort
Mais de moune i connait que li veille
Que li dort rien qu’un zoreil

Li veut bien que Paula donne un béko
Mais faut pas que le boug fait le jako
Sinon va trouve azot dan’ canal
Ou bien plus souvent à l’hôpital


Michou Mam’Zelle Paula by n9uf74

  1. Lire à ce sujet : Mamzelle Paula, star d’un bar sans frontières.
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