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Amérique du Sud

Un séga venu... du Paraguay

25 avril 2016
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Cette polka du répertoire traditionnel paraguayen chatouillera vos oreilles créoles : c’est du séga !

"Los Parajos Perdidos" (Les oiseaux perdus), album de l’ensemble "L’Arpeggiata" créé en 2000 par Christina Pluhar, musicienne autrichienne, harpiste, luthiste et joueuse de théorbe.

Vous ne rêvez pas : « Isla Sacá », une polka paraguayenne, c’est le rythme typique du séga. À tel point que l’on se demande d’ailleurs si c’est vraiment la première fois que l’on écoute ce morceau extrait de l’album « Los Parajos Perdidos ». Oui, c’est bien la première fois.

C’est en poursuivant une piste indiquée par un compatriote [1] que nous sommes tombés sous le charme des... oiseaux perdus.

Sur l’album « Los Parajos Perdidos » (Les oiseaux perdus), de l’ensemble « L’Arpeggiata » [2], se trouve donc « Isla Sacá », air populaire du Paraguay qui ne laissera pas indifférentes les oreilles créoles de l’océan Indien. Les oreilles réunionnaises particulièrement... Et qui ne dépareillerait pas dans la panoplie d’un DJ amateur de ségas !

Lincoln Almada, harpiste paraguayen

« À partir de cet ingrédient à deux temps d’origine tchèque [la polka], les créoles de l’océan indien et d’Amérique du Sud ont fait le même carry rythmique, commente Jocelyn Leveneur. Surprenant... Dans la même veine que notre bobre et le berimbau brésilien, tous deux utilisés pour rythmer la capoeira au Brésil et le moringue à La Réunion ».

« Isla Sacá » est interprétée par deux virtuoses : l’harpiste paraguayen, Lincoln Almada, et le guitariste argentin, Quito Gato.

Cette polka du Paraguay est très proche de la rythmique du séga réunionnais. Une fois l’introduction passée, un véritable air de séga s’impose à l’oreille. Pas de doute, ces deux musiques — cette polka paraguayenne et le séga — ont des points communs, voire des origines communes !

Mais quel peut bien être le lien entre cet air populaire — et anonyme — du Paraguay et notre séga national ?

Quito Gato, guitariste argentin

Le « séga originel », danse des esclaves venus notamment du Mozambique et de Madagascar, a donné naissance à deux formes d’expression populaire toujours vivaces dans le champ culturel réunionnais.

L’une, d’origine sacrée — culte des ancêtres — se pratique dans le cercle familial et de la « cour » au sens créole du terme ; elle est désormais identifiée sous le nom de « maloya ».

L’autre s’occidentalise, au frottement de styles musicaux et de danses comme le quadrille, et garde le nom de « séga ». Il est de notoriété que la polka — au même titre que le scottish ou la mazurka — sont des séquences du quadrille créole, lequel a contribué à façonner le « séga moderne ».

Voilà donc un premier lien entre « Isla Sacá » et le séga : la polka !

"La danse", tableau de Paula Rego

En poursuivant nos recherches autour de « Isla Sacá », nous découvrons un tableau de Paula Rego, intitulé « La danse ». Cette œuvre est utilisée sur youtube pour illustrer un extrait de l’album « Los Parajos Perdidos », avec la mention suivante : « fandango ».

Cette mention nous ramène vers le séga... et renforce l’hypothèse d’un lien entre fandango et séga, d’autant que, comme nous l’avons indiqué plus haut, l’album « Los Parajos Perdidos » contient une polka du Paraguay qui évoque fortement le séga réunionnais.

« Différents auteurs attestent qu’au Mozambique, tshega [qui deviendra « séga »] se rapporterait à une danse très proche du fandango dansé au 17ème siècle en Espagne, au Pays Basque et au Portugal » [3].

Ce cousinage musical, les influences qu’il a intégrées et les chemins impromptus qu’il a empruntés au cours des siècles garderont une part de mystère. Mais il est un signe qui ne ment pas : les oreilles réunionnaises reconnaîtront toujours les accents caractéristiques du séga, d’où qu’il vienne.

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Pour écouter « Isla Sacá », visionner à partir de 1 heure 8 minutes et 38 secondes.

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Merci à Jocelyn Leveneur

[2Voir le site de « L’Arpeggiata »

[3Source : « Maloya et séga des Mascareignes, ethnomusicologie d’un genre pluriel », de Fanie Précourt.

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