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Tambour la liberté

« Oté Commandeur » : maloya-dalon rue du Dragon

21 octobre 2017
Nathalie Valentine Legros
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Une vieille photo oubliée dans un album de Pierrot Vidot. Et tout à coup le roulèr remonte du passé. « Commandeur oté commandeur ! » Pierrot Vidot et Jean Albany communient en créolie, au 7 de la rue du Dragon, Paris. 1978. Une photo, une histoire, une émotion. « Adié zangoun »...

1978. Paris. 7 rue du Dragon. Pierrot Vidot et Jean Albany pilent sur "Commandeur". Photo : collection Pierrot Vidot.

« Commandeur », coups d’talons, chœur de dalons


La cassette « Chante Albany » [1] venait de sortir. C’était en 1978. Pierrot Vidot rendait visite à son ami, le poète réunionnais Jean Albany, à son domicile, 7 rue du Dragon, Paris.

Les deux dalons, yeux fermés, mains levées, communient alors autour de la créolie, à 10.000 kilomètres de l’île natale. Ils pilent sur « Commandeur ! ». Coups d’talons. Chœur de dalons. Maloya !

« Marron dann’ cirque i veille soleil pou batt’ tambour la liberté »...

7 rue du Dragon, Paris. Source Google.

Cafe coulé, rhum citron miel, Créolie dont on ne s’exile jamais


« Ce jour-là, Jean m’avait recu avec un boeuf à la tortue confectionné dans sa petite kitchenette d’un m2, raconte Pierrot Vidot. Cafe coulé. Rhum citron miel. La cassette venait de sortir. Même au 7 rue du dragon, nous étions en pays de Créolie, ce pays dont on ne s’exile jamais ».

La voix vibrante et chaude de Pierrot Vidot s’élève. Le son du roulèr monte.

« Commandeur oté commandeur, atten’ in pé, nou ni atten’. Va v’ni le temps, va v’ni le temps, n’aura pi la race commandeur ».


Histoire de « Commandeur » par un « cagnard de luxe »


« Commandeur » est un poème de Jean Albany (1917-1984) mis en musique et interprété par un « cagnard de luxe » comme il se qualifie lui-même : Pierrot Vidot.

« Jean Albany débarque un jour en vacances à La Réunion et me dit : je cherche un musicien pour mettre de la musique là-dessus, se souvient Pierrot Vidot. Le texte en question, c’était « Commandeur ». J’ai pris mon harmonica et une vingtaine de minutes plus tard, j’avais trouvé l’air ».

« Va v’ni le temps, va v’ni le temps, n’aura pi la race commandeur ». (Oeuvre d’Emile Grimaud).

« Alain Peters, poète, vivait d’une vraie soif de culture vivante »


« Commandeur » s’intègre dans un projet ambitieux et généreux : produire une cassette audio autour de l’œuvre du poète réunionnais Jean Albany. Pour mener à bien cette démarche, Alain Gili, aidé par Alain Séraphine et par Pierrot Vidot, organise des rencontres entre le poète et de jeunes artistes et musiciens du Chaudron, notamment avec Alain Peters.

« Alain Peters était un poète (...), raconte Alain Gili président de l’ADER. Il vivait d’une vraie soif de culture vivante, de respect des expressions antérieures, mais aussi de lutte pour la création libre ».

Pierrot Vidot, Jean Albany et Alain Peters. Source : Alain Gili, ADER.

« Commandeur », enregistré dans une ambiance de jubilation


Alain Gili obtient l’autorisation d’utiliser gracieusement les installations du studio Royal à Saint-Joseph pour enregistrer la cassette « Chante Albany ». Avec ses amis du groupe Caméléon, Claude Teulié fut la cheville ouvrière des travaux de composition et des sessions d’enregistrement auxquelles assistèrent des poètes comme Carpanin Marimoutou, Jean-Yves Grondin, Danny Jacot...

« En chantant « Commandeur », je pensais à l’esclavage moderne, confie Pierrot Vidot. L’enregistrement s’est déroulé en une seule prise, dans une ambiance de jubilation. Avec ce texte, Jean Albany a réussi à dénoncer l’esclavage de manière non revancharde. Lorsque la cassette est sortie, j’ai senti chez certains une forme de désapprobation envers cette chanson qui était devenue très populaire ; d’ailleurs elle était diffusée régulièrement dans les boîtes de nuit ».

Pierrot Vidot.

La rencontre entre deux mondes


La cassette « Chante Albany » — qui réunit des artistes tels que Jean-Michel Salmacis, Hervé Imare, Alain Peters, Bernard Brancard, René Lacaille, Pierrot Vidot, etc. — apparaît dans le paysage artistique réunionnais comme une création hors norme qui consacre la rencontre entre deux mondes, dans une véritable communion féconde. Elle s’inscrit dans la continuité de « Bleu Mascarin ».

« Les musiciens ont vécu cette expérience comme une novation à effet immédiat, par la conception même de cette production hors cadre commercial, analyse Alain Gili. Ils voulaient s’affirmer comme créateurs, et pas seulement comme les bons interprètes des styles à la mode ».

La cassette "Chante Albany" se situe dans la continuité du recueil "Bleu Mascarin" (1969).

« La poudre fusil-là va péter »


La sortie de la cassette « Chante Albany » — auto-produite — fut un événement dans l’île et « comme un avènement pour Jean Albany ».

Cette photo exhumée par Pierrot Vidot ravive un peu plus le mythique « Commandeur », lui donne du corps.

« La poudre fusil-là va péter, lé sir que nous va danse maloya ! »

Nathalie Valentine Legros

"Commandeur" fait partie de la compilation "Oté maloya". Strut Records, La Basse Tropicale, 7 Lames la Mer.


Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1Textes de Jean Albany dits par l’auteur ou mis en musique par Pierrot Vidot, Jean-Michel Salmacis, Hervé Imare et Alain Peters, ADER 1978. (Réédition en CD sur le label Piros).

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