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Océan Indien insolite

North Sentinel island : personne ne sortira vivant d’ici !

10 janvier 2014
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Les deux derniers hommes à avoir abordé cette île sont enterrés sous le sable de la plage. C’était en 2006, et depuis personne n’a mis le pied là-bas. Cela se passe dans l’océan Indien, sur North Sentinel, une île de 47 km2, gardée par les Sentinelles, une population de 50 à 250 âmes. Et les Sentinelles veillent à ce que personne ne remette le pied sur leur île... Sans exception !

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Les Sentinelles prêtes à attaquer, à l’approche d’un hélicoptère.

La population de North Sentinel a décidé, depuis plus d’un siècle — au moins —, de repousser toute tentative d’approche de son rivage : les visiteurs ne sont pas les bienvenus ! Personne n’est autorisé à mettre le pied sur cette île ! Les Sentinelles sont parmi les tout derniers hommes que la civilisation moderne n’a pas atteints...

De ce coeur d’île, il n’existe aucune image

Le tsunami de 2004 a eu une conséquence inattendue : il a mis sous les feux de l’actualité une île dépeinte par les médias comme sortie tout droit d’un roman de Robert Stevenson ou de Daniel Defoe : North Sentinel, située dans le Nord de l’océan Indien. Longues plages de sable blanc. Lagon aux eaux turquoises. Barrière de corail protégeant le pourtour de l’île, barrée de trois passages étroits, uniquement praticables par de petites embarcations... Végétation luxuriante couvrant tout l’intérieur de l’île. De ce coeur d’île, il n’existe aucune image : la canopée est impénétrable, même à l’oeil des satellites...

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Une Sentinelle récupère une noix de coco apportée en cadeau par un équipage qui tente de nouer le contact. En vain. Sur North Sentinel, il n’y aurait pas de cocotiers.

« Vous ne voudrez pas y aller en vacances. L’île dont vous ne reviendrez pas vivant. L’île incroyable dont personne ne revient indemne. L’île la plus dangereuse du monde. L’île paradisiaque qu’il faut pourtant éviter. L’île la plus mystérieuse de la planète. N’y allez pas, vous n’êtes pas les bienvenus. L’île interdite. L’île sauvage dont on ne revient pas vivant. Une des destinations les plus périlleuses du monde »...

Une population de 50 à 250 personnes

Arrêtons-là cette revue des titres de la presse au sujet de North Sentinel : l’île n’est pas au programme des tour-operator... pour le plus grand bien des habitants (50 à 250 personnes) de ce territoire de 47km2 du golfe du Bengale, situé dans l’archipel des Andaman (qui compte plus de 200 îles)... Anciennes marges maritimes du monde colonial britannique, où a puisé la littérature populaire aux accents « jingo » [1].

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North Sentinel island : le centre de l’île est protégé par une canopée touffue et compacte.

En 2004, un terrible tsunami tue plus de 230.000 personnes ; les caméras du monde entier sont braquées sur l’océan Indien et plus particulièrement sur le golfe du Bengale : la catastrophe ramène pour quelques temps l’histoire de l’île North Sentinel à la surface de l’opinion...

Des flèches tirées contre un hélicoptère

Dans le cadre des secours, l’Inde envoie un hélicoptère en reconnaissance vers l’île, située sous sa souveraineté. Les secouristes qui la survolent constatent que la population n’a guère été affectée par le cataclysme. En revanche, l’hélicoptère ne se posera pas : à chaque approche, les Sentinelles bombardent l’engin de flèches. Les secours rebroussent chemin...

North Sentinel est mentionnée par les navigateurs au Xe siècle, qui en brossent un tableau sans équivoque : « Ses habitants sont décrits comme particulièrement hostiles. On raconte qu’ils dévorent leurs visiteurs tout crus. », rapporte le Courrier International. L’île sera aussi mentionnée par Marco Polo.

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Les Sentinelles sur la plage...

Sous administration indienne depuis 1947, North Sentinel est habitée par une population — appelée les « Sentinelles » — qui serait « issue des premiers hommes partis d’Afrique il y a 60.000 ans ». Vivant de pêche, de chasse et de cueillette, la population de North Sentinel fonctionne en autarcie, sans contact avec le monde extérieur. Leur langue — inconnue pour le peu que l’on en sait — serait très différente de celles utilisées dans les îles voisines, ce qui accréditerait la thèse d’un isolement complet...

Quelques approches de l’île se sont soldées par des réactions hostiles des autochtones, comme on peut le constater dans un documentaire à visée ethnologique intitulé « Man in search of man », tourné en 1974 avec le soutien des autorités indiennes. Dans une embarcation, une équipe de tournage est en approche de l’île. Des « cadeaux » sont jetés à la mer : noix de coco, bassines en plastique, casseroles, une poupée, un cochon, etc.

Une poupée et un cochon enterrés sur la plage

Les Sentinelles récupèrent les ustensiles et quelques noix, poignardent la poupée et le cochon qui finissent tous deux enterrés sur la plage. Puis pour signifier à l’équipage qu’il ne faut pas s’avancer plus, des flèches sont tirées en direction des intrus. Un membre de l’équipage est blessé par une flèche d’une longueur de 2m50 qui l’atteint à la cuisse, ce qui provoque une grande satisfaction du tireur, lequel se comporte alors comme un footballeur qui vient de tirer un but. L’équipe de tournage bat en retraite (voir vidéo ci-dessous à partir de 10 minutes 15 de visionnage).

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North Sentinel sur Google Maps.

L’hostilité des Sentinelles envers l’extérieur serait la conséquence d’un contact désastreux au 19ème siècle. En 1879/80, des Britanniques auraient abordé l’île dans le but de l’explorer et de la coloniser. Les Sentinelles se replient alors dans la jungle et demeurent cachées. L’expédition menée par Maurice Vidal Portman, jeune administrateur britannique, ne rencontrera qu’un couple âgé et accompagné de quatre petits enfants. Ils sont capturés et embarqués sur le bateau à destination des îles d’Andaman administrées par la Grande Bretagne. Très vite, le vieil homme et la vieille femme meurent, ne résistant pas aux maladies auxquelles ils sont exposés pour la première fois.

Un accès de culpabilité...

La suite du récit attribue à Maurice Vidal Portman un accès de culpabilité : il aurait décidé alors de ramener les quatre enfants sur North Sentinel. Ceux-ci sont en tout état de cause déposés sur le rivage ouest de l’île, avec des « cadeaux ». Mais ces enfants sont désormais porteurs de maladies et une bonne partie de la population de North Sentinel est vite décimée. Depuis cet épisode dramatique, toute tentative d’approche est perçue par les Sentinelles comme un risque pour l’île et accueillie avec agressivité.

Personne ne met pied à terre !

Malgré les interdictions instaurées par le gouvernement indien depuis 1996 à travers une zone de protection tout autour de l’île, quelques aventuriers, à la recherche de sensations fortes, tentent de s’approcher du rivage, veillant tout de même à rester hors de portée des flèches. Mais personne ne met pied à terre ! Les lances brandies à bout de bras ne laissent aucun doute sur la nature de l’accueil que les Sentinelles réservent aux intrus.

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North Sentinel, entourée de rouge.

Cependant, une vidéo circule sur le net, tournée vraisemblablement il y a cinq ou six ans, montrant une embarcation occupée par une petite dizaine de personnes, en approche de North Sentinel. Sur la plage, les Sentinelles observent le manège avec méfiance. De l’embarcation, les visiteurs tentent d’instaurer un dialogue et de rassurer les Sentinelles, jetant par dessus bord, en guise de cadeaux, des noix de coco. Dans cette vidéo, si les Sentinelles ne font pas usage de leurs armes, pour autant, le contact direct ne s’établit jamais. Certes, les Sentinelles récupèrent les noix de coco mais cela n’ira pas plus loin.

Un évadé indien égorgé et percé de flèches

Dans l’histoire de cette île étrange, on estime à une vingtaine les contacts ou tentatives de contact avec les Sentinelles. En voici quelques exemples en complément des tentatives dont nous avons fait état au dessus.

Au milieu du 19ème siècle, un navire indien s’échoue sur les récifs qui entourent l’île. Les Sentinelles attaquent l’équipage par un tir nourri de flèches.

En 1896, un prisonnier indien parvient à s’évader d’une colonie pénitentiaire et dérive sur un radeau jusqu’à l’île de North Sentinel. Son corps percé de flèches et égorgé est retrouvé quelques jours plus tard.

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L’archipel des îles Andaman, dans le Nord de l’océan Indien.

Les autorités indiennes tentent d’établir un contact avec les Sentinelles en 1967. En vain.

En 1981, un cargo se retrouve échoué aux abords de l’île. Le capitaine Robert Fore lance un appel de détresse mais avant que les secours n’aient le temps d’arriver, les Sentinelles se montrent menaçantes et tentent de rejoindre le navire. Le mauvais temps et la mer déchaînée les empêchent cependant d’atteindre leur but. Les secours arriveront à temps et parviendront à extirper l’équipage de cette mauvaise posture.

Deux pêcheurs enterrés sur la plage

En 2006, alors que les autorités indiennes ont instauré depuis 1996 une zone interdite autour de l’île, deux pêcheurs braconnent dans les eaux de North Sentinel. Ils finissent par s’assoupir dans leur embarcation, ivres. L’embarcation dérive et s’échoue sur North Sentinel. Tués par les Sentinelles, les deux pêcheurs sont eux aussi enterrés sous le sable de la plage. L’hélicoptère venu récupérer les deux cadavres essuiera les tirs de flèches des Sentinelles.

Maîtres de leur destin...

Cette petite île du golfe du Bengale ne possède pas de port naturel ; elle reste aujourd’hui protégée dans son isolat. Les autorités indiennes ont clairement indiqué qu’elles n’avaient pas l’intention d’intervenir ni d’interférer dans les affaires des Sentinelles... qui demeurent seules, maîtres sur leur île. Maîtres de leur destin.

Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Arthur Conan Doyle y recrute Tonga, l’indigène assassin du « signe des quatre » dans les îles Andaman.

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