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Eurêka ! (1)

Le génie réunionnais : gout a nou ! (1)

9 août 2014
7 Lames la Mer
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Kisa ladi dann galé i tir pa dolo ? Le génie réunionnais consiste justement à tirer de l’eau d’un galet... Et les exemples de cette capacité à s’adapter aux contraintes climatiques, insulaires et économiques ne manquent pas. Vous avez votre idée à ce sujet ? « 7 Lames la Mer » vous invite à compléter la liste...

Toupie letchi. Photo manature974

Illustration extraite de "La Réunion de A à Z, 100 mots sur La Réunion", textes de Baptiste Vignol et Jean-Claude Vignol, mise en image : Elsa Lauret. Les Éditions. du Boucan.

La liste est longue des exemples du génie réunionnais. En voici un petit aperçu qui ne prétend pas être exhaustif : essence de canne, pain de manioc, huile d’arachide, huile de bancoulier, case Tomi, fécondation de la vanille, toupie-letchi, boules-wagon, vouve, broderie de Cilaos, chaises du Gol, brosse-coco, vin de Cilaos, Case à Noé, fourneau portois, cyberdome, etc.

Le génie réunionnais s’exprime dans bien des domaines encore, dans la manière d’agencer le jardin par exemple, dans la manière d’accommoder les aliments aussi bien évidemment, dans la grande connaissance des plantes et de leurs vertus, dans l’architecture, dans l’industrie, la langue, les arts, dans chaque petit geste de la vie quotidienne.

L’insularité est certainement à la base de cette capacité à s’adapter avec les moyens dont on dispose, et cette aptitude s’est particulièrement illustrée dans les temps difficiles de la guerre avec son cortège de pénuries.

Le génie réunionnais est incarné par des figures qui ont marqué l’histoire mais aussi par tous les Créoles anonymes qui ont intégré au fur et à mesure les apports culturels des nouveaux arrivants.

Bref, les Réunionnais sont des inventeurs ! Gout a nou !

Le génie dans la manière de composer un jardin... Illustration extraite de "La Réunion de A à Z, 100 mots sur La Réunion", textes de Baptiste Vignol et Jean-Claude Vignol, mise en image : Elsa Lauret. Les Éditions. du Boucan.

Trains à la gare de la Grande Chaloupe. Photo Ckaid

En 1948, les ateliers du CPR (Chemin de fer et Port de La Réunion) relèvent un drôle de défi : endiguer la disparition des « boules » situées à l’arrière de chaque wagon du train et qui servent à accrocher le wagon suivant. Les amateurs de pétanque, qui n’ont pas les moyens de se payer les fameuses boules réglementaires, ont effectivement trouvé une solution : ils scient et décrochent les boules des wagons et s’en servent pour jouer.

Plus grosses et plus lourdes que les boules traditionnelles, les boules-wagon ont marqué plusieurs générations de boulistes, sport très prisé dans la cité maritime mais aussi dans les autres coins de l’île. Les services de l’Éducation Physique et des Sports finissent donc en 1948 par passer commande aux ateliers du CPR pour qu’ils fabriquent les « boulets » destinés aux sportifs.

Photo IPR

Elle s’appelait Angèle Mac-Auliffe, née le 14 octobre 1877 à Hell-Bourg. Mais c’est dans un autre cirque qu’elle va laisser un souvenir impérissable : Cilaos ! Dans les catalogues que son père reçoit de France, Angèle, en autodidacte, s’initie à la broderie.

En 1900, son père médecin est nommé à la tête de l’établissement thermal de Cilaos. A 23 ans, Angèle est devenue une brodeuse experte. Dans un pavillon situé à l’arrière de la maison, elle réunit des jeunes filles, dont certaines très jeunes, qu’elle initie aux travaux d’aiguille.

« Abordant la technique des jours sur toile, elle en applique les principes de base mais simplifie les motifs surchargés. Elle les débarrasse de leurs fioritures, les améliore en y apportant ses propres innovations. Ainsi naissent les Jours de Cilaos » [1]...

Photo IPR

En 1942, l’île subit les pénuries liées à la guerre. Par exemple, la farine manque et les boulangeries de l’île sont fermées, faute de matière première. Toutes sauf une ! Rue Félix-Guyon, à proximité de la rue du Grand Chemin, un jeune zarab tient la boulangerie « Au blé de France ». Il s’appelle Ibrahim Ismaël Dindar et possède par ailleurs une fabrique de meubles en bois-péï.

Plutôt que de mettre au chômage technique ses 14 employés, il tente une première dans l’île : fabriquer du pain de manioc. « Avec le moteur d’une Citroën, il fait fabriquer une machine à râper le manioc et fait du pain avec la farine de manioc », raconte Marie-France Mourrégot, dans son livre « L’islam à l’île de La Réunion ».

L’entreprise n’est pas simple : il faut déjà se procurer le manioc, puis l’éplucher, le laver pour conserver sa blancheur et le faire bouillir dans d’immenses chaudrons. « Le manioc cuit est alors écrasé, réduit en pâte, laquelle est légèrement salée, divisée en petits pains de 100 grammes avant de passer au four », précise Victor Petit de la Rhodière, dans son livre « Les affamés de Saint-Denis ».

Mais les Dionysiens boudent ce pain qui, bien que présentable, n’a aucune saveur. M. Dindar ne se décourage pas pour autant. Il décide d’adapter son produit et expérimente alors une nouvelle technique. « Cette fois, le manioc épluché est râpé à l’aide de la fameuse machine, puis lavé en plusieurs fois afin d’en extraire la fécule, poursuit Victor Petit de la Rhodière. La pâte restante est ensuite salée, pétrie, divisée en petits pains qui resteront 20 minutes au four. De bonne présentation, de bonne qualité et de saveur agréable, ce pain de manioc sera très apprécié des consommateurs ».

Seul défaut : il n’est comestible que le jour même de sa fabrication pour cause de fermentation rapide. « C’est pourquoi, chaque soir, à la boulangerie Dindar, les petits pains invendus seront distribués gracieusement aux nombreux indigents de la ville qui bénissent cette nouvelle manne ».

7 Lames la Mer
A suivre...


7 Lames la Mer

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Notes

[1« Jours de Cilaos, broderie de l’île de La Réunion », édité par le conseil général de LA Réunion en 1986

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