Categories

7 au hasard 13 janvier 2016 : Guidi-Guidi en deuil : Roger Clency est mort - 15 novembre 2013 : Y’a bon l’UMP - 27 octobre 2013 : Le business de l’immigration - 17 février 2013 : Commère papangue - 2 novembre 2013 : "Nous ne servons pas les SDF" - 11 octobre 2015 : Le mystère Adèle Ferrand, identification d’une artiste réunionnaise - 28 janvier 2014 : SIB : le Parti de Gauche interpelle le Préfet - 16 juillet 2013 : Quand « Marianne » insulte les Musulmans… - 25 décembre 2013 : Écosse : 100% d’énergies vertes en 2020 - 27 août 2012 : Festivals : de la déco... sur un grand vide ? -

Accueil > Lames de fond > Péï oublié > L’affreux volcan et l’Etang de Gaule...

Sous les cartes...

L’affreux volcan et l’Etang de Gaule...

28 octobre 2013
Nathalie Valentine Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Connaissez-vous la « Pointe Dauphine » ? La « Pointe de Bourgogne » ? L’« Etang de Gaule » ? La « Pointe d’Orléans » ? Le volcan « Mont Rouge » ? Ces lieux-dits ne vous évoquent rien... et pourtant ils ornent une carte de l’île Bourbon datant du 18ème siècle. « 7 Lames la Mer » vous entraîne sur les traces du pays oublié...

« En fouillant dans une bibliothèque familiale en « métropole », je suis tombé sur cette « Histoire philosophique des deux Indes », en trois volumes, éditée neuf ans avant la révolution de 1789. Dans le premier tome, figure un passage sur l’île de La Réunion. La description est fort loin des dépliants touristiques... En tout cas, certaines choses n’ont guère changé en 200 ans : la cour de Versailles voulait déjà « larguer » Bourbon ! »

Ce message manuscrit nous vient d’un médecin qui exerçait à Saint-Pierre.

C’est en fouillant dans une vieille malle en bois (toujours la même !), que nous sommes tombés sur ces quelques phrases, tracées à l’encre bleue, sur un imprimé d’ordonnance médicale. Des photographies reproduisant la couverture et certaines pages du livre étaient épinglées au message manuscrit...

« 7 Lames la Mer » vous livre ces images et textes qui nous plongent dans le 18ème siècle. On y découvre une description peu indulgente de l’île de La Réunion :« pics inaccessibles, affreux volcan, innombrables ravins impossibles à défricher »...

Selon l’auteur Guillaume-Thomas Raynal, ses habitants se répartissent alors en deux groupes : les blancs et les esclaves. Il rapporte les chiffres du dernier recensement : 6.340 blancs, « bien faits, robustes, courageux », reconnus pour leur « candeur, équité et modération », « vertus d’autant plus remarquables », selon l’auteur, « qu’elles sont nées, qu’elles se sont maintenues au milieu de 26.175 esclaves »... Le ton est donné ! Quant aux esclaves, l’auteur les comptabilise de la même manière qu’il indique le nombre d’animaux dans l’île.

La carte de l’île Bourbon publiée dans cette « Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » de Guillaume-Thomas Raynal, est l’oeuvre d’un certain M. Bonne, hydrographe de la Marine. Elle ressemble peu à la réalité géographique.

De plus, un regard attentif sur cette carte fait apparaître des lieux-dits — ne laissant aucune équivoque quant à la domination française sur l’île — qui pour la plupart ont depuis disparu ou ont été transformés : « Pointe Royale, Pointe Dauphine, Pointe de Bourgogne, Pointe de Berry, Pointe de Bretagne, Etang de Gaule, Pointe d’Orléans, Pointe de Conty, Volcan Mont Rouge », etc.

Comme quoi le « péï oublié » est peuplé de mystères qui en disent long sur l’« histoire officielle » et sur la capacité de ceux qui l’ont pendant si longtemps manipulée à rendre un peuple amnésique ! Mais la parole populaire s’empare des symboles et les détourne habilement et c’est ainsi qu’un « Etang de Gaule » se transforme en « Etang du Gol »... Juste retour des choses !

Nathalie Valentine Legros

« Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » de Guillaume-Thomas Raynal, extraits du premier tome.

Bourbon a soixante milles de long sur quarante-cinq de large : mais la nature a rendu inutile la plus grande partie de ce vaste espace.

Trois pics inaccessibles qui font seize cents toises d’élévation ; un affreux volcan, dont les environs sont toujours brûlés ; d’innombrables ravins d’une pente si rapide qu’il n’est pas possible de les défricher ; des montagnes dont le sommet est constamment aride ; des côtes généralement couvertes de cailloux. (…)

Cependant un beau ciel, un air pur, un climat délicieux, des eaux, salubres, ont rassemblé dans l’île une population de 6.340 blancs, bien faits, robustes, courageux, répartis dans neuf paroisses, dont Saint-Denis est la principale.

C’étaient, il n’y a que peu d’années, des hommes d’une candeur, d’une équité, d’une modération dignes des premiers âges. La guerre de 1756 altéra un peu leur caractère, mais sans beaucoup changer leurs moeurs.

Ces vertus sont d’autant plus remarquables qu’elles sont nées, qu’elles se sont maintenues au milieu de 26.175 esclaves, selon le dénombrement de 1776.

A la même époque, la colonie comptait 57.858 animaux, dont aucun n’était consacré à l’agriculture. A l’exception de 2.891 chevaux qui servaient à différents usages, tout était destiné à la subsistance. (...)

La cour de Versailles ne s’occupera jamais des progrès d’un établissement, où des rivages escarpés et une mer violemment agitée rendent la navigation toujours dangereuse et souvent impraticable. On désirerait plutôt pouvoir l’abandonner, parce qu’il attire puissamment une partie des hommes et des moyens qu’on voudrait tous concentrer dans l’isle de France, qui n’en est éloignée que de 35 lieues...

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
Twitter, Google+.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter