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8 mars

Je suis guerrière

7 mars 2020
Expédite Laope-Cerneaux
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Boadicée, la Vercingétorix anglaise • Anacaona/« Fleur d’or », guerrière pendue par les conquistadores • « Solitude », résistante, marronne suppliciée • Rigoberta Menchù, dans les champs de café dès 5 ans • Clara Zetkin, un engagement inconditionnel pour la cause des femmes... La journée internationale des droits des femmes — créée sous l’impulsion de Clara Zetkin — est trop souvent détournée à des fins mercantiles et ponctuée d’activités qui confinent la femme dans une posture d’objet (ateliers ongles, etc.). Portraits de femmes hors normes : les guerrières de la liberté !

Boadicée.

Boadicée, la « Vercingétorix anglaise »


Boadicée [1] a vécu au 1er siècle de notre ère. Elle était la reine d’une peuplade celte de Grande-Bretagne, établie approximativement dans la région aujourd’hui nommée Norfolk. Le roi de la tribu, son mari, était l’allié des Romains qui lui avaient laissé la liberté de son territoire. Mais à la mort du roi, la situation s’est dégradée. Les Romains se sont montrés sous leur vrai jour de conquérants et d’envahisseurs.

La prétendue pax romana s’est traduite dans les faits par une occupation dans les règles avec son lot d’exactions, d’abus de pouvoir, de privation de liberté. Boadicée a été battue de verges et ses deux filles violées.

En 60 après JC., Boadicée a décidé d’organiser la révolte de son peuple avec le concours d’autres tribus environnantes.

Statue de Boadicée érigée à Londres, œuvre de Thomas Thornycroft (1815–1885). Photo : A. Brady/wikipedia.

Armée d’une lance pour venger sa liberté ravie


La voici décrite par un historien de l’époque : « grande, terrible à voir et dotée d’une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu’aux genoux, et elle portait un torque d’or décoré, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d’une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l’apercevaient ».

On raconte que, debout sur un char, elle a harangué les troupes en leur disant qu’« elle ne venait pas, fière de ses nobles aïeux, réclamer son royaume et ses richesses ; elle venait, comme une simple femme, venger sa liberté ravie, son corps déchiré de verges, l’honneur de ses filles indignement flétri ». Et elle ajouta que « femme, c’était là sa résolution : les hommes pouvaient choisir la vie et l’esclavage ».

Boadicée, debout sur un char.

Suicide au poison ?


A la tête de cent mille hommes, Boadicée a mené ses troupes vers le sud du pays, infligeant de lourdes défaites aux envahisseurs, pillant et rasant toutes les villes romaines, les camps et les colonies sur son passage, dont la toute nouvelle colonie commerciale de Londinium [Londres] ! Entre 70 000 et 80 000 personnes sont tombées parmi les Romains et leurs alliés.

Mais finalement, les Romains ont fini par reprendre l’avantage, réprimant l’insurrection avec la plus grande violence et Boadicée a été vaincue.

On ne sait exactement de quelle manière elle trouve la mort : certaines sources racontent que, pour ne pas être capturée par l’ennemi romain, elle se suicide par le poison. D’autres disent qu’elle meurt en captivité, des suites de ses blessures. Le personnage est entouré de légende, mais Boadicée a réellement existé, héroïne de l’histoire britannique incarnant pour les Anglais l’esprit de résistance et d’indépendance.

Anacaona.

Anacaona, « Fleur d’or »


Plus connue dans la zone américano-caraïbe, Anacaona est ignorée chez nous. Constatons, une fois de plus, que nos sociétés se gardent bien de nous enseigner l’histoire et les héros des peuples colonisés.

Anacaona était la cacique la plus célèbre des Taïnos, premier peuple des Antilles. Ayant pour ancêtres les Arawaks du bassin de l’Orénoque en Amérique du Sud [Guyane et Venezuela], les Taïnos ont peuplé une grande partie de la Caraïbe, dont la Guadeloupe, la Martinique, Cuba, Porto-Rico, et Haïti.

Dans la langue des Taïnos, Anacaona signifie « Fleur d’or ». Elle se distinguait par sa beauté, son intelligence et son talent pour la danse et la poésie. Elle connaissait de nombreux poèmes par cœur et les déclamait lors des fêtes religieuses devant les autres Indiens. Ce qui démontre un haut niveau de civilisation, n’en déplaise à ceux qui ne voyaient en eux que des « sauvages » !

Honneurs à la reine Anacaona.

Anacaona et Caonabo entrent en résistance


Elle a vécu au 15ème siècle sur l’île qui s’appelle aujourd’hui Haïti, alors peuplée par des Indiens Taïnos et Arawaks. Mais en décembre 1492, débarque un dénommé Christophe Colomb.

Anacaona règne alors sur un royaume taïno avec son frère Caonabo [ou peut-être son époux, selon d’autres sources]. Les Taïnos accueillent ces « guamikenas » [ceux qui sont tout habillés] avec respect et cordialité.

Mais les Espagnols ont des projets bien éloignés de la rencontre amicale. Ils veulent convertir les indigènes, acquérir des terres et surtout de l’or, ce qui entraîne d’innombrables exactions. C’est là qu’Anacaona et Caonabo vont entrer en résistance, ce qui va causer leur perte et le massacre de la majorité des Taïnos de l’île.

A gauche, Anacaona enchaînée. A droite, statue représentant Anacaona, Haiti.

Anacaona, dans les montagnes pendant une dizaine d’années


« Anacaona ne pouvait pas concevoir la colonisation car il y avait d’énormes différences de schémas de pensée. Quand elle a compris que Colomb ne cherchait que de l’or, elle est partie dans les montagnes où elle mènera la résistance pendant une dizaine d’année. Une femme autochtone, chef de guerre dans les années 1500, c’est assez extraordinaire » [2].

Anacaona a finalement été vaincue, comme souvent par la ruse et la félonie dont les colonisateurs ont le secret.

A droite : Paula Anacaona.

Pendue par les conquistadores


Elle est morte en 1503 ou 1504, pendue par les conquistadores — ou peut-être brûlée selon certaines sources.

Les populations aborigènes d’Ayiti, comme toutes celles des Antilles, ont été exterminées en moins d’un siècle et peu à peu remplacées par des esclaves pour exploiter ces territoires au bénéfice de la colonisation européenne.

Pour avoir une idée de la notoriété et de la postérité d’Anacaona dans le monde américano-caraïbe, signalons :

Le groupe "Anacaona", 1934.

Une salsa intitulée « Anacaona »


  • l’auteure-éditrice franco-brésilienne, Paula Anacaona, qui a choisi ce nom comme pseudonyme et comme nom de sa maison d’édition ;
  • le chanteur porto-ricain, Cheo Feliciano, auteur d’une salsa intitulée « Anacaona » ;
  • la reine des Taïnos est l’héroïne d’une pièce de l’auteur haïtien Jean Metellus, écrite en 1986 ;
  • sujet d’un drame en 11 actes de l’auteur martiniquais, Pierre Cléry, en 1992 ;
  • un groupe entièrement féminin de chanteuses et musiciennes cubaines appelé « Anacaona »…
La Mulâtresse Solitude. A gauche, par Yann Degruel. A droite, par Rémy Blang. Source : dossier UNESCO.

« Mulâtresse Solitude », esclave aux yeux clairs


La première fois que le nom de la « Mulâtresse Solitude » a été évoqué publiquement à La Réunion, c’est probablement lorsque Maryse Condé est venue en 1989, à l’invitation de la « Commission Culture de Témoignages ».

Le chanteur martiniquais Kali lui a consacré une chanson sur son album « Francofaune », sorti en 1999.

Il s’agit d’une héroïne guadeloupéenne, née vers 1772, peu de temps après le débarquement de sa mère capturée en Afrique. Ce qui laisse supposer que celle-ci faisait partie des Africaines violées par les marins sur le bateau négrier.

On ne sait peu de choses de son enfance. Elle se distinguait des autres esclaves par sa couleur de peau et ses yeux clairs, ce qui fait que très vite, le maître l’enleva à sa mère pour en faire le jouet de ses filles. On l’appelait alors Rosalie. Elle a donc grandi comme esclave de maison, traitée comme un objet. On ne sait pas ce qu’elle a pu subir, mais on peut imaginer le pire, puisqu’elle était comme tous les esclaves domestiques, à disposition du maître 24h sur 24.

Sur son album "Francofaune", Kali consacre une chanson à la Mulâtresse Solitude.

Solitude s’enfuit dans les bois


Elle a environ 18 ans lorsque la 1ère abolition de l’esclavage est proclamée en Guadeloupe et aux Antilles — abolition qui, on s’en souvient, n’a pas pu être appliquée à Bourbon. Néanmoins il n’y a pas de liberté puisque l’envoyé du gouvernement, le Commissaire Victor Hugues, impose aux prétendus affranchis un régime tout aussi contraignant.

Ayant maintenant choisi le nom de « Solitude », notre héroïne n’accepte pas cette nouvelle servitude et s’enfuit dans les bois avec les Nèg marrons. Malgré sa couleur, elle réussit à s’imposer au milieu d’eux et devient la compagne d’un chef.

En 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage et envoie un officier en Guadeloupe pour mater les rebelles. L’envoyé du gouvernement réussit à s’emparer d’une partie des Noirs mais plusieurs d’entre eux s’échappent et forment un bataillon de résistance sous les ordres de Louis Delgrès, un officier métis originaire de la Martinique.

La Mulâtresse Solitude, par Yann Degruel.
Source : dossier UNESCO.

« Vivre libre ou mourir »


Des milliers de civils et de cultivateurs rejoignent la résistance. Parmi eux, Solitude qui est alors enceinte. Elle combat aux côtés des hommes. Elle n’est pas la seule femme dans les rangs des insurgés mais sa combativité et son courage la distinguent des autres.

Après 15 jours de combats acharnés contre les troupes du gouvernement, les insurgés sont en passe d’être vaincus. Leur mot d’ordre : « Vivre libre ou mourir » ! Finalement pour ne pas se rendre, Delgrès et ses soldats se font sauter dans le bâtiment où ils s’étaient retranchés. Solitude et des milliers d’autres sont capturés. Elle fait partie des condamnés à mort mais elle reste en prison jusqu’à son accouchement.

L’écrivain André Schwarz-Bart a écrit que Solitude a été pendue au lendemain de la naissance de son enfant. Mais aucune source historique ne confirme sa mort à ce moment-là. Il est dit qu’elle a été « suppliciée ». Dans la phraséologie de l’époque, ce terme recouvre un certain nombre de sévices tous plus réjouissants les uns que les autres mais pas systématiquement la mort. Il était fréquent que les peines capitales soient commuées en travaux forcés ou en déportation. En outre, dans un document qui répertorie les Noirs libres en 1860 en Guadeloupe, on trouve une certaine « Solitude » âgée de 80 ans. L’âge correspond. D’autres indices peuvent laisser penser que c’était peut-être la Mulâtresse. Mais pour l’heure, cela reste une hypothèse.


Solitude, symbole de la résistance féminine à la servitude


De nos jours, la Mulâtresse Solitude est honorée en Guadeloupe et ailleurs comme le symbole de la résistance féminine à la servitude.

Depuis 2007, la ville de Bagneux dans les Hauts-de-Seine a édifié un monument à sa mémoire « en hommage et reconnaissance aux victimes et aux résistants de la traite négrière et de l’esclavage ». En 2014, la ville d’Ivry-sur-Seine a créé une « Allée de la Mulâtresse Solitude ».

Elle mériterait bien d’être honorée également à La Réunion.

A noter enfin qu’en 2014, l’Unesco a consacré un dossier pédagogique à « La Mulâtresse Solitude », dans le cadre d’une série consacrée aux femmes dans l’histoire de l’Afrique.

Rigoberta Menchù par Oswaldo Guayasamin.

Rigoberta Menchù, dans les champs de café dès 5 ans


Et maintenant une héroïne de notre époque, car les femmes remarquables n’appartiennent pas toutes au passé : Rigoberta Menchù ! Elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1992. Cependant, elle gagnerait à être mieux connue chez nous.

Née en 1959 au Guatemala, Rigoberta Menchù vient d’une famille de paysans indiens pauvres, de l’ethnie des Quichés, de culture Maya, vivant dans ce qu’on appelle l’Altiplano, c’est-à-dire les villages de hautes montagnes.

La défense des Indiens autochtones d’Amérique du Sud est son principal combat.

Elle a commencé à travailler dans les champs de café dès l’âge de cinq ans, avec quasiment toute sa famille et tous les villageois. Plus tard, elle travaillera comme domestique dans une riche famille de la ville. C’est là qu’elle prend conscience du racisme, des injustices, de la situation d’oppression vécue par les Indiens.

Rigoberta Menchù. Photo : Carlos Rodriguez/ANDES.

Rigoberta a perdu pratiquement toute sa famille


Elle s’implique bientôt dans des activités sociales à travers l’Eglise Catholique et se fait connaître dans les mouvements pour le droit des femmes alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente. Accusé de prendre part à la guérilla, son père, Vicente Menchù est emprisonné et torturé. En 1979, son frère est arrêté, torturé et assassiné par l’armée.

L’année suivante, afin d’ouvrir les yeux du monde sur le sort des Indiens du pays, Vicente Menchu et un groupe d’activistes occupent l’ambassade d’Espagne à Guatemala-Ciudad. Les forces de l’ordre incendient l’ambassade, Vicente Menchu et une vingtaine de ses compagnons sont tués dans cet incendie. La mère de Rigoberta est torturée et tuée quelques semaines plus tard par le gouvernement. Encore enfant, son petit frère avait déjà succombé aux dures conditions de travail des champs de café. Rigoberta a donc perdu pratiquement toute sa famille.

Les tragédies qu’elle a vécues, loin de la décourager, l’ont poussée à s’engager encore plus dans le combat pour la défense des droits et valeurs des peuples indigènes et des victimes de la répression du gouvernement.


Prix Nobel de la paix à 33 ans


Elle acquiert l’essentiel de sa culture en autodidacte. Elle apprend l’espagnol et déploie toute son énergie pour surmonter les barrières linguistiques afin de développer la communication avec les différents peuples indiens du Guatemala, voire des autres pays d’Amérique du Sud.

Suite à des menaces de mort, elle est contrainte de fuir au Mexique en 1981. En 1983, une auteure vénézuélienne publie un livre sur Rigoberta, qui révèle au monde entier la situation dramatique des indiens mayas du Guatemala.

En 1991, elle participe à la préparation par les Nations unies d’une déclaration des droits des peuples autochtones. Et consécration suprême, en 1992, à l’âge de 33 ans, elle reçoit le Prix Nobel de la paix, « en reconnaissance de son travail pour la justice sociale et la réconciliation ethno-culturelle basées sur le respect pour les droits des peuples autochtones ».

Fresque à San Francisco. Réalisée par 7 femmes : Edythe Boone, Juana Alicia, Miranda Bergman, Susan Kelk Cervantes, Meera Desai, Yvonne Littleton, Irene Perez. Photo : Carol M. Highsmith.

Une fondation Rigoberta Menchù Tum


Son Prix lui permet de créer la fondation Rigoberta Menchù Tum [Tum étant le nom de sa mère]. Cette fondation est une institution reconnue au niveau international pour sa contribution à la défense des droits de l’homme et en particulier des droits des peuples indigènes pour lesquels elle met en œuvre des programmes éducatifs, prônant la participation citoyenne, le développement communautaire et la lutte contre l’impunité.

En 1993, elle devient ambassadrice de bonne volonté des Accords de Paix auprès de l’ONU. Elle rentre alors au Guatemala afin d’œuvrer pour le changement et participe activement à la signature d’un accord entre le gouvernement guatémaltèque et L’Unité Révolutionnaire Nationale Guatémal-tèque, l’ancien mouvement de guérilla, maintenant devenu un parti légal.

Au travers de sa fondation, Rigoberta Menchú travaille en étroite collaboration avec l’ONU et l’UNESCO. Elle est reconnue et considérée comme une autorité morale dans le monde entier.

Clara Zetkin.

Clara Zetkin, une pacifiste convaincue


Un mot sur celle à qui l’on doit cette « Journée internationale des droits des femmes », Clara Zetkin [5 juillet 1857 - 20 juin 1933]. Rappelons juste que Clara Zetkin était une journaliste et femme politique allemande.

Elle a occupé plusieurs fonctions politiques, résolument à gauche. Elle était également une pacifiste convaincue.

Son engagement politique lui a valu l’expulsion de son pays natal, et ses prises de position contre la guerre lui ont valu la prison. Peut-être même a-t-elle payé de sa vie ses engagements, si l’on en croit certaines sources, relatives à son décès à Moscou, où elle a été obligée de fuir pour échapper au nazisme, malgré son opposition à Staline.

Image extraite de la BD sur "La Mulâtresse Solitude", par Yann Degruel. Source : dossier UNESCO.

Un engagement inconditionnel pour la cause des femmes


Ce que l’on retiendra surtout aujourd’hui, c’est son engagement inconditionnel pour la cause des femmes. Un combat qu’elle a mené toute sa vie.

Le 8 mars 1910, lors de la Deuxième Conférence Internationale des Femmes Socialistes à Copenhague, Clara Zetkin propos la création de la Journée Internationale des Femmes afin de militer pour le droit de vote, l’égalité entre les sexes, et le socialisme. Cette journée sera officialisée par les Nations Unies en 1977.

Expédite Laope-Cerneaux

Notes

[1Boudica en anglais.

[2Citation de Paula Anacaona, auteure du livre « 1492, Anacaona, l’insurgée des Caraïbes », éd. Anacaona, 2019.

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