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Saint-Jean de Lisboa, Joao de Lisboa...

Conseils pour découvrir une île... qui n’existe pas

28 juin 2014
7 Lames la Mer
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Pendant longtemps l’île Joao de Lisboa a été positionnée sur de nombreuses cartes marines, au sud des Mascareignes, dans l’océan Indien. Jusqu’à ce que l’on admette que cette île décrite par plusieurs navigateurs n’existe pas... ou plus. En 1772, Pierre Poivre, alors Intendant de l’île de France (île Maurice), rédige pourtant une liste de 13 recommandations à un « sieur Ayet », commandant le navire « La Curieuse », chargé d’aller à la découverte de l’île Saint-Jean de Lisboa (appelée aussi Joao de Lisboa) et d’en prendre possession. La lecture de la recommandation N°5 montre que l’on espérait même y trouver de l’or... 7 Lames la Mer vous livre ces conseils avisés qui pourraient inspirer de nouveaux explorateurs...

1 — Il reconnaîtra si l’île abonde, comme on l’assure, en bœufs, en tortues de terre et de mer et en cabris. Il apportera dans son brick quelques tortues de terre.

2 — Il observera si les bœufs sont faciles à approcher, s’il est aisé de les tuer et de les réduire en parcs.

3 — Il observera s’il y a des rivières qui se jettent dans le port, quelles peuvent être leurs profondeurs et leurs largeurs ; il observera également le cours des autres rivières, et aura soin d’en marquer les embouchures sur sa carte.

4 — Le sieur Ayet cherchera à remonter quelques-unes de ces rivières, qui lui paraîtront les plus considérables ; il en examinera également les remparts, pour reconnaître les excavations faites par les eaux, quelles sont la nature du sol, les différentes couches de terre et les qualités des pierres, métaux ou minéraux qui peuvent s’y rencontrer.

A mesure qu’il reconnaîtra différentes espèces de terres, et différentes souches ou lits soit de terre, de pierres, de gravier ou de sable, il les mettra séparément dans différents seaux pour les apporter ici, en distinguant par des numéros les différentes couches, commençant à mettre le numéro 1 à la couche supérieure.

5 — Pour examiner si les rivières charrient quelques particules de métal précieux, le sieur Ayet fera descendre à terre une ou deux gamelles, et il cherchera dans le lit des rivières les endroits où les eaux déposent les parties qu’elles charrient ; il fera prendre la matière déposée dans ces endroits, et la mettant dans sa gamelle avec de l’eau, il la lavera en faisant écouler les parties les plus légères, pour examiner celles qui seront retenues au fond par le poids. Il apportera ici ces matières.

6 — Il est spécialement recommandé au sieur Ayet de reconnaître la qualité des arbres que la nature a placés sur l’île qu’il va découvrir ; il en ramassera, autant qu’il sera possible, les graines, qu’il mettra par couches, si elles sont grosses, dans les seaux de terre qu’il lui est recommandé plus haut de nous apporter. Il rangera ces graines dans les seaux par lits alternatifs de terre et de graines.

S’il est possible au sieur Ayet de ramasser les branches des différents arbres les plus apparents avec leurs fleurs, et de les conserver proprement entre deux feuilles de papier, il nous aidera beaucoup à connaître de bonne heure les productions de cette île.

7 — En cherchant à connaître la nature des arbres les plus apparents et qui peuvent être propres à la construction, il ne sera pas indifférent de rechercher les arbustes et même les petites plantes, soit celles qui paraîtront aromatiques, soit celles qui auraient quelque apparence pour leur port, par la configuration de leurs feuilles, de leurs fleurs ou de leurs fruits. S’il s’en trouvait quelques-unes qui eussent un extérieurs plus distingué que les autres, ou qui fussent remarquables par leur odeur, le sieur Ayet pourra les enlever de terre avec la motte, les transplanter dans un seau et les apporter ici.

8 — Il sera facile au sieur Ayet, en parcourant, soit les bords de la mer, soit l’intérieur de l’île, de reconnaître si elle est infestée de serpents, de reptiles ou d’insectes dangereux ou incommodes. Il cherchera à se procurer quelques individus morts de chaque espèce remarquable, pour les faire connaître ici.

Guillaum Le Testu, 1555, Cosmographie universelle

9 — Le sieur Ayet fera les mêmes observations sur la partie des oiseaux habitants de l’île de préférence à ceux qui habitent la mer, et s’il peut s’en procurer quelques-uns, il tâchera d’en apporter ici, soit vivants, soit morts, ou au moins leurs dépouilles.

10 — Les mêmes observations sont recommandées au sieur Ayet pour ce qui regarde les productions de la mer : poissons, crabes, et autres crustacés, coquillages, madrépores, lithophites, mousse marine ; tous ces objets sont dignes de sa curiosité, et je le prie de m’en apporter une collection.

11 — Un des objets les plus importants à rechercher sur l’île qu’on va découvrir, relativement à nos besoins de l’île de France, est d’examiner si, à la portée des bords de mer, il se trouve quelques carrières de pierres réfractaires, propres à résister au feu et par conséquent à la construction des fourneaux de nos forges. Il est très important que le sieur Ayet nous apporte des échantillons des différentes pierres qu’il rencontrera avec une note des lieux où il les aura trouvées, et des numéros appliqués sur chaque pierre, correspondant à la note faite à ce sujet. Il ne sera pas indifférent d’apporter même les cailloux roulés, qui se trouvent dans les rivières, pour les comparer aux échantillons des différentes pierres qu’il rencontrera avec une note des lieux où il les aura trouvées, et des numéros appliqués sur chaque pierre, correspondant à la note faite à ce sujet. Il ne sera pas indifférent d’apporter même des cailloux roulés, qui se trouvent dans les rivières, pour les comparer aux échantillons des pierres apportées des différentes carrières.

12 — Dans le cas de rencontre de l’île que le sieur Ayet va chercher, il signera le procès-verbal de prise de possession au nom du Roi, et il lui est spécialement ordonné de stipuler dans ladite prise de possession, qu’il a été envoyé à ladite découverte par M. le Gouverneur-Général et par l’Intendant de concert.

13 — Il est également ordonné au sieur Ayet d’apporter un journal de son voyage par mer, de ses courses, de ses observations et de son travail à terre, le plus détaillé que faire se pourra et de nous le remettre à son arrivée, ainsi que tous les échantillons des différentes productions qu’il lui est recommandé de nous apporter.

A l’île de France, le 21 juin 1772
Pierre Poivre

Les treize conseils au sieur Ayet ont été publiés par Ferdinand Magon de Saint-Elier dans un ouvrage qu’il consacre à l’île Maurice sous le titre « L’isle de France » publié en 1839 et réédité par Mario Serviable et Jean Alby aux Editions Ars Terres Créoles.

« Cette expédition et plusieurs autres, entreprises depuis pour le même objet, ont été infructueuses : on n’a point retrouvé l’île en question, précise Magon de Saint-Elier. Les uns ont pensé qu’elle aurait disparu par une catastrophe physique, et ont cité, à l’appui de cette conjecture, un passage où un voyageur rapporte qu’étant dans les parages où la position de l’île était indiquée, il vit la mer couverte de pierres ponces pendant plusieurs lieues. D’autres ont cru qu’elle était identique avec l’île de France ». (...)

« L’île Saint-Jean de Lisboa figure néanmoins sur plusieurs cartes récemment dressées, et dans l’Atlas classique et universel publié en 1837 par M. Ch. Picquet ».

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