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Destins croisés

Alain Peters, Marco Polot... à la vie à la mort

12 avril 2015
Nathalie Valentine Legros
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« Marco bonpé noré pa fé set twé la fé pou mwin / Kan twé la ramas a mwin dann somin », chantait Peters dans « Rest la maloya ». Une chanson dans laquelle Alain Peters cite quatre personnes : sa maman, Patricia (« Patou pa tou lé zour / Mwin lété pou twé in bon soutyin »...), sa fille et... « Marco ». C’est sur la trace de ce « Marco » que « 7 Lames la Mer » vous entraîne. Marco Polot de son vrai prénom et de son vrai nom. Parti trop tôt. Lui aussi. Retrouver Peters au paradis des vavangèr, parabolèr, kabarèr...

Marco Polot et Alain Peters. Paris 1987. Photo Daniel Sauvaget.

A Francia, Nelly et Dévi,

Marco est arrivé un matin avec la gueule de celui qui avait passé une nuit blanche. Je m’attendais à son petit moucatage habituel et affectueux en guise de bonjour.
— Alain est mort, m’assène-t-il.
Mon cerveau passe en revue tous les « Alain » que Marco et moi avons en commun.
— Alain Peters, lâche-t-il.
Les mots restent dans mon gosier, comme « la misère li la boire ». Marco pose sa main sur mon épaule. Et s’en va colporter la triste nouvelle dans le cercle des Alain (Alain Gili, Alain Séraphine...) et au delà.

Je reste plantée là sur le trottoir. Ce même trottoir de la cité portuaire où il y a quelques jours (quelques nuits...), Alain Peters, vaguement éclairé par un lampadaire, est venu me demander une cigarette alors que je montais dans ma voiture. Quelques paroles échangées dans son brouillard anromé et il disparaissait dans la nuit.

Aujourd’hui, il est mort. Que vais-je faire de son sachet de linge qui est à la maison ? Question incongrue : là où est Alain maintenant, il n’a plus besoin de ce sachet de linge oublié dans ma voiture quelques mois auparavant... Quand la mort frappe, elle ramène à la surface des images fugitives aux allures futiles, comme pour nous distraire des bouleversements qu’elle provoque. Alain Peters vient de mourir et je pense à son sachet de linge. Tant qu’à faire, je remonte le fil de ce souvenir... A La Réunion et au delà, nous sommes nombreux à garder en héritage un souvenir dont le fil nous relie à Peters. Voici le mien...

... Je roulais en direction de Saint-Denis. Tout à coup, j’aperçois Alain Peters sur le bord du chemin. Alain Peters. Mythique bassiste des légendaires « Caméléons » [1]. D’autres noms de grands musiciens se bousculent alors dans ma tête : Alain Mastane, Bernard Brancard, René Lacaille... Ils avaient des noms qui sonnaient comme des pseudos de pop-stars. Et pourtant, ils n’avaient rien changé à leur état civil. Marco Polot non plus.

C’était la grande vogue du jazz-rock annonçant un maloya revisité. Alain Peters... « Carrousel » [2]... Souvenirs de concerts sous les étoiles, sur le bordmèr de Saint-Leu, au parc de l’Oasis du Port ou au petit stade de l’Est en première partie du groupe « Téléphone ».

On s’échangeait les K7 audio. On écoutait « Carrousel », Herbie Hancock, Jeff Beck, Billy Cobham, George Duke, Ziskakan, Jaco Pastorious, Mahavishnu Orchestra, Al Di Meola, Ti Fock, Stanley Clarke, Jean-Luc Ponty, Larry Coryell, Chick Corea, Santana, Weather Report...

Alain Mastane et Loy Ehrlich aux tablas. Selon Fred Born, cette photo a été prise en 1982 au New-Escale à Saint-Denis.

Peters marche avec un sachet à la main. Je borde la voiture et lui propose de l’amener. Il va au Chaudron ; ça tombe bien, j’y vais aussi. « Chez maman », me dit-il. Il largue son sachet sur la banquette arrière et nous voilà en route, heureux de ces retrouvailles à l’improviste.

Macadam poésie... Pendant le trajet, il me déclame les derniers vers qu’il a écrits. C’est beau. Les mots et le temps filent : le Chaudron est déjà devant nous. Je dépose le parabolèr à un coin de rue. Il négocie pour que je le ramène au Port ce soir. « Rendez-vous ici à 20h ». C’est ok !

J’ai longtemps attendu le poète en vadrouille ce soir-là, au coin de la rue. Il ne s’est pas pointé. Tant pis. Arrivée chez moi, je remarque qu’il a oublié son sachet dans la voiture. Quelques pièces de linge dans le sachet : un pantalon pattes d’éléphant mauve en velours côtelé, des t-shirts.

Arthur et son harmonica dans la "grotte des sachets plastique". "Sashessa", exposition du plasticien Antoine du Vignaux. Photo prise chez Sophy Rotbard, à Artsenik. "J’avais fait "Sashessa" à Jeumon en septembre 1995, un hommage à l’art du sachet initié par Alain Peters", raconte Antoine Du Vignaux. "L’expo qui avait mis beaucoup de temps à se monter est tombée après sa mort".

Le sachet oublié par Peters sur la banquette arrière de ma voiture finit au fond d’un placard... De déménagements en changements de décors et de vie, ce fameux sachet et son pantalon « pattes d’éléphant mauve en velours côtelé » — vestige témoin d’une époque révolue — s’évaporent peu à peu dans le trou sans fond des souvenirs perdus...

Alain Peters et ses sachets, tout un roman... Les sachets pour faire de la musique : il recréait le son du caïambre simplement en frottant un sachet entre ses mains... Lumineux !

Et puis, il y avait les sachets de l’errance... Les sachets semés à droite, à gauche, les sachets perdus, les sachets oubliés... Sashessa, Sashessi... Le plasticien Antoine Du Vignaux s’en inspire pour une exposition hommage.

Alain Peters et son éternel dalon, Marco Polot.

Cela se passait en 1995. Après la mort d’Alain Peters, Marco Polot n’a jamais cessé de parler de lui. Comme si chaque circonstance rappelait un souvenir lié à Alain.

Il faut dire que Marco et Alain avaient eu l’occasion de tracer ensemble un bon bout de chemin. Je ne sais pas quand ces deux là se sont rencontrés mais c’était assurément une histoire hors du commun qui commençait alors.

Marco Polot, le petit orphelin de la route déserte au Port, élevé par une Malgache, allait vite devenir une sorte d’ange-gardien pour celui qu’il admirait par dessus tout : Alain Peters. Un ami abusif ? Non. Marco connaissait par cœur les travers de Peters mais il savait aussi son talent et voulait que cette ligne de vie cassée par les excès, les espoirs et les désespoirs, se redresse et trace vers la lumière.

Alors, Marco a veillé sur Alain. Comme un dalon. Un frère. Avec des épisodes qui tiennent du miracle...

Alain Peters. Source : catalogue Takamba, PRMA.

En 1983, l’artiste-plasticien Alain Séraphine — visionnaire et « entrepreneur », alors adjoint au maire — fait naître au Port l’association « Village Titan », avec notamment Alain Gili, Dominique Blanc et un lantouraz pintad des plus créatifs.

Dans le sillage de cette association culturelle au nom évocateur, gravitent des personnages d’horizons divers : Marco Polot, Richemond Gilas, Pierrot Vidot, Liliane Ramaye, le mime Pato, les plasticiens Antoine Du Vignaux, Alain Padeau, Claude Berlie-Caillat, le poète Patrice Treuthardt, le chanteur Alix Poulot, le musicien Marco Payet, Lilian Payet... Le bouillonnement est fécond. L’enthousiasme est contagieux. Tout est à inventer.

Ce sont des cercles à géométrie variable qui façonnent l’univers de « Village Titan ». On y parle musique, image, poésie, sculpture, cinéma, littérature, animation, maloya, éducation populaire, identité, créole et sobatkoz... Il y a dans la culture, une posture militante qui transcende les énergies.

Image du festival "Artmafate", à La Nouvelle, en 1988. Une idée de Marco Polot qu’il avait mise en oeuvre avec ses amis Dominique Blanc, Richemond Gilas, Danyèl Waro, Delixia Perrine, Martine Pageaux, Hervé Mazelin, Jean-Pierre Boucher, Gérard Joly, etc. Une aventure humaine et artistique en dalonerie, à laquelle le magazine de Fred Hidalgo, “Paroles et Musiques”, avait alors consacré un dossier.

Dans cette ambiance d’émulation, Marco jubile. Il poursuit sa formation, multiplie les contacts et les projets. C’est d’ailleurs de lui que vient l’idée du festival « Artmafate » qui verra La Nouvelle, en 1988 et 1989, accueillir Danyel Waro, le théâtre Vollard, le bassiste Philippe Barret, le groupe Ravan’, le danseur Yao Eby, la conteuse Isabelle Hoareau, des musiciens de jazz, des groupes de l’association « Live », des musiciens « classique », etc.

A l’occasion du premier anniversaire de la création de « Village Titan », Alain Séraphine et Alain Gili coordonnent leurs efforts pour que le talent d’Alain Peters soit sauvegardé et se diffuse : la K7 et le livret « Mangé pou le cœur » sortent le 20 décembre 1984, en même temps qu’un 45 tours sur lequel figurent « Panier su la tête ni chante » et « Romance pou un zézère ».

Alain Gili, éternel militant culturel, journaliste et écrivain, est un personnage central de l’univers petersien. Il met en contact le musicien-poète avec le poète-peintre Jean Albany. Une rencontre déterminante dans le champ culturel réunionnais. Et il n’aura de cesse de faire vivre Alain Peters par delà la mort.

« Peters, un poète qui fait passer la poésie n’importe où, dans n’importe quel milieu, déclare alors Alain Séraphine. Ici par ce livre et ce qui l’accompagne (poster, disque, cassette) nous « sauvons » les œuvres d’un artiste qui se « ronge », mais a pourtant beaucoup à faire pour son pays. Il nous reste à sauver l’homme ». C’est d’ailleurs « Village Titan » qui s’emploiera « à sauver l’homme » quelques années plus tard.

Alain Peters et Gaby Laï-Kun au premier rang. Les "Soul Men". 1974.

A « Village Titan », on croise alors des réalisateurs : Claude Sauvageot, Sahad Salman (Irakien), Jacques Baratier, Sarah Maldoror, Madeleine Beauséjour, Sandro Agénor, Jim Damour, etc. Des plasticiens : Ida Ait el-Hadj (Algérienne), Kathleen Scarboro (Américaine), Chahab (Iranien), Jean-Pierre Gallo, Henri Maillot, Enzo Mayo, Jack Beng-Thi, etc. Des photographes : Willy Ronis, Sebastião Salgado, Guy Le Querrec, Charles Camberoque... Des poètes, des acteurs, des musiciens, des conteurs (comme l’Haïtienne, Mimi Barthélémy), des universitaires (comme Daniel Sauvaget)... Des créateurs !

Au milieu de ce beau monde et de cette effervescence, Marco Polot est comme un poisson dans l’eau. Il fait ses premières armes d’animateur socio-culturel. C’est un génial touche-à-tout, débrouillard, talentueux, humble. Avide d’apprendre et de partager. Toujours en mouvement. L’œil malicieux. Toujours une blague prête à fuser et toujours prêt à donner un coup de main. Comme un caméléon, capable de s’adapter à n’importe quelle situation, à n’importe quel milieu. Farceur en diable, le sourire comme un emblème.

Détail d’un tableau de Patrick Nantaise, représentant le dieu Vishnu. Source : indereunion.net

Infatigable, il fréquente les cercles culturels, les expositions, les kabars, y crée du lien en rapprochant les expériences et les acteurs. Il invente la dalonerie ! Tout l’intéresse. Surtout les causes difficiles pour ne pas dire perdues... Il tentera de sauver le peintre Patrick Nantaise et son œuvre. Mais Patrick Nantaise s’immole par le feu. Une partie de ses tableaux lui survit. Et Alain Peters. Dont les errances alcooliques sont de plus en plus inquiétantes... Et poussent bientôt un « petit cercle de « conjurés », d’amis, autour de Village Titan » à passer à l’acte en 1987. Objectif : envoyer Alain Peters en soins à Aix-en-Provence (ou à Toulon selon les versions), non loin de Marseille où vivait sa petite fille, Ananda-Dévi.

« L’enjeu était de le remettre en forme, comme on sait, témoigne Daniel Sauvaget, critique de cinéma et ami d’Alain Séraphine. Mais, éternel rebelle, rétif à la discipline de la cure, insuffisamment surveillé, il n’a pas tardé à quitter discrètement l’établissement où il s’étiolait, et on a perdu sa trace... jusqu’à l’intervention de Marco. Ce qu’on ne sait pas suffisamment, je pense, c’est que Marco a été envoyé en urgence à Aix, et qu’il a réussi à retrouver Alain, errant dans les rues de Marseille. Et c’est Marco qui a improvisé une solution pour continuer les soins, d’abord chez une tante qu’il avait dans la ville, puis à Paris… » C’est dans les abords du quartier du Vieux-Port que Marco Polot, le soir-même de son arrivée, retrouve Alain Peters qui a rejoint les nombreux SDF de la cité phocéenne.

Alain Peters et sa fille, Ananda-Dévi.

« Marco bonpé noré pa fé set twé la fé pou mwin / Kan twé la ramas a mwin dann somin », chante Peters dans « Rest la maloya »... En hommage à Marco Polot.

Pour la petite histoire, la tante de Marco Polot s’appelait Mme Boussole. « Je m’appelle Marco Polot et j’habite chez Mme Boussole », disait Marco, avec son air malicieux, provoquant l’incrédulité de ses interlocuteurs. Il disait vrai... Tout comme il est vrai que Marco a réussi à retrouver son dalon Alain Peters « errant dans les rues de Marseille ». Cela tenait du miracle !

Marco et Alain arrivent donc à Paris. Et là, Marco fait appel à ses relations nouées dans l’univers sans frontière de « Village Titan » et au delà. « Avec sa débrouillardise habituelle Marco a très vite rassemblé autour de lui un groupe de Réunionnais vivant en Région parisienne, tous admirateurs d’Alain Peters, poursuit Daniel Sauvaget qui les héberge un temps. Il a établi le contact avec Loy Ehrlich dont la carrière de musicien était en pleine ascension. Marco connaissait en outre Madeleine Beauséjour, jeune cinéaste (décédée prématurément quelques années plus tard), qui devait partir en tournage plusieurs mois. Elle accepta de prêter son appartement durant son absence ».

Marco Polot et Alain Peters. Paris 1987. Photo Daniel Sauvaget.

Dans la mythologie petersienne, ce séjour à Paris est une étape fondamentale. Alain est entouré, « surveillé » avec bienveillance, encouragé. Marco assure une « présence constante, une vigilance et un dévouement » auprès de celui dont l’instabilité est alors un trait dominant. On offre une guitare à Peters comme une invitation à renouer avec son art. Son fonnkèr. Tous espèrent qu’il se remettra à écrire et à composer. Loy le convie à un concert d’Eric Clapton : Peters est impressionné. Il retrouve le goût de la création dans le studio de Loy... Moments magiques, moments de grâce sauvegardés sur le CD édité par le Pôle régional des musiques actuelles.

Au cours de cette « convalescence » parisienne, Peters fait de belles rencontres. Comme celle organisée par Daniel Sauvaget avec Henri Deluy, rédacteur en chef de la revue « Action poétique ». Henri Deluy préparait alors un numéro spécial sur La Réunion. Imprimé en 1987, ce numéro consacré aux « Fonn’kézèr Larénion » publie notamment des textes de Danyel Waro, Carpanin Marimoutou, Jeanne Brézé, Axel Gauvin, Alain Lorraine, Jean-François Sam-Long, Gilbert Aubry, Jean Henri Azéma, Gilbert Pounia... et Alain Peters.

« L’état d’Alain Peters s’améliorait, au moins provisoirement, poursuit Daniel Sauvaget. Il ne cachait pas, pourtant, qu’il n’appréciait guère les contraintes de son régime de vie. Et la nostalgie de La Réunion le tenaillait. Marco, lui, assumait, et espérait ».

Devant rentrer à La Réunion pour des raisons personnelles, Marco sera remplacé à Paris pour quelques semaines auprès de Peters par un autre dalon de confiance : Richemond Gilas qui montrera lui aussi un vrai dévouement.

Mais cet espoir né à Paris... s’est éteint le 12 juillet 1995, par un soir de pleine lune sur un trottoir de Saint-Paul : Alain Peters rendait l’âme à 43 ans.

"Dévi", par l’artiste Kathleen Scarboro. Dévi est la deuxième fille de Marco Polot. Source : indereunion.net

Marco allait désormais tracer sa route sans son dalon, partageant avec Alain Gili, Alain Séraphine, Antoine Du Vignaux, Richemond Gilas, Patrice Treuthardt et bien d’autres, les souvenirs et le souvenir d’Alain Peters.

Cet orphelin n’a eu de cesse, au cours de son existence, de se constituer des « familles » autour de lui. Cercles d’amis. Complicités militantes. Aventures artistiques. Une dalonerie portoise, réunionnaise, indocéanique, du village mondial. Et puis sa famille avec sa compagne Francia et leurs deux filles : Nelly et Dévi. Dévi, comme un clin d’œil à Ananda, la fille d’Alain Peters.

Départs et retours. Retrouvailles. 2005/2006. Marco Polot nous était revenu après un long séjour (5 ans) en France. Il lui fallait tout reconstruire, avec sa petite famille. Repartir de zéro. Il avait la foi et l’énergie. L’envie terrible de replonger dans le bouillon créole et culturel. Le voilà à nouveau parmi nous. Les occasions se multiplient comme ce 9 décembre 2005, au Kabardock, dans un « kabar poésie » pour la sortie du livre de Jean-Claude Legros [3]. Marco était là, flânant au comptoir du dernier rendez-vous...

La première fois que j’ai entendu parler de « Pipit », c’était dans la bouche de Marco. Il jubilait par avance de voir la publication de ce recueil de textes de son ami, le poète portois Patrice Treuthardt. On allait faire la fête, un kabar. Retrouver les dalons et lantouraz pintad...

Marco Polot est parti. Le livre "Pipit, marmay Le Port, Carnet d’enfance", de Patrice Treuthardt, illustré par Térésa Small avec le graphisme et les collages d’Elsa Lauret, est sorti en novembre 2006, avec en guise d’hommage un poème de Patrice et cette belle illustration de Térésa.

Samedi 10 juin 2006. Une voix au téléphone essaie de me ménager.
— Marco est mort.
Mon cerveau passe en revue tous les « Marco » que nous avons en commun, la voix et moi.
— Markopolo.

C’est la nuit. La voiture file vers l’est de l’île. Chez Serge Sinimalé [4] où Marco et sa petite famille étaient accueillis en attendant des jours meilleurs. Les amis du premier cercle sont là, Antoine, Claire, Richemond, Dominique, Geneviève, Alain et plein d’autres encore... Marco est installé. Il semble dormir. Une vieille dame arrive, prend une branche de fougère, la trempe dans une petite coupe d’eau bénite et l’utilise pour faire un signe de croix sur le visage de Marco. Une goutte d’eau tombe de la fougère jusqu’à l’oeil de Marco, forme une larme et trace un chemin lumineux sur sa joue.

Je n’avais encore jamais vu un mort pleurer.

Nathalie Valentine Legros
Merci à Antoine Du Vignaux

L’hommage de Patrice Treuthardt, "Pipit"...

Fondé en 1998, le groupe tchèque « Čankišou » interprète deux chansons d’Alain Peters sur un album intitulé « Lé la » sorti en 2008 : « Mangé Pou Le Coeur » et « Caloubadia ».

Ce CD était présenté dans le catalogue de l’exposition du plasticien François Giraud (mars 1993), organisée à l’Odc (Office départemental de la culture) avec le Frac (Fonds régional d’art contemporain). Les chansons qui figurent sur ce CD font partie de celles que Peters a enregistrées à Paris en 1987 avec Loy.
François Giraud avait eu l’occasion d’écouter ces enregistrements sur une K7 que Marco faisait tourner dans les milieux culturels. François Giraud faisait partie, comme Antoine du Vignaux et bien d’autres, des plasticiens rassemblés par Laurent Ségelstein dans l’entité "Jeumon Arts Plastique" et c’est là qu’il était tombé sur cette fameuse K7.
Totalement "possédé" par ces morceaux et trouvant incroyable qu’ils ne soient pas édités, François Giraud a décidé de les sortir en CD dans le cadre de son expo à l’Odc.
François Giraud rendait visite à Peters quand celui ci était "hospitalisé" à Saint-Paul une fois par semaine... Par la suite, il a réalisé la pochette de la première édition de la "totale" de Peters par le Prma.

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1Créé en 1976, le groupe « Caméléon », à géométrie variable comme souvent, réunit des artistes tels que Alain Peters (basse), Bernard Brancard (batterie), Hervé Imare (chant), Joël Gonthier (percussions), Alain Mastane (guitare électrique), Loy Ehrlich (clavier), René Lacaille (guitare), etc. Ti Fock sera aussi de la partie.

[2« Carrousel », groupe fondé en 1979 par Loy Ehrlich, avec Alain Peters (chant et basse), Zoun Toquet (flûte et percussions), Joël Gonthier (percussions), Jean-Claude Viadère (chant, caïambe), Tot (saxophone), Bruno Leflanchec (trompette), Loy Ehrlich (claviers). Plus tard, d’autres musiciens rejoignent « Carrousel » : Teddy Baptiste (guitare), Kiki Mariapin (basse), Bigoun (batterie)...

[3« Ou sa ou sava mon fra », Paroles pays, Jean-Claude Legros, 2005.

[4Serge Sinimalé, militant politique et culturel, décédé en juin 2008.

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