Categories

7 au hasard 16 octobre 2017 : Le cari infernal de l’île Bourbon ! - 10 mai 2013 : Danio Ricquebourg : « A qui profite cette provocation ? » - 6 février 2013 : Bienvenue chez les Picards - 14 janvier 2016 : Séga... manchega : le serpent qui danse - 18 novembre 2013 : La Réunion de plus en plus... petite ! - 10 septembre : Un séga venu... du Paraguay - 26 mai 2014 : Chagos : le câble de Wikileaks jugé recevable - 26 avril 2015 : Tourisme : temps de Serveaux disponible... - 10 mai 2018 : Mai 68, un rite collectif de passage - 17 novembre 2015 : Séga mauricien 70 : sacré par le label londonien « Strut » -

Accueil > 7 au menu > 7 en photos > Revoir Boucan Canot... il y a 40 ans

Péï... perdu

Revoir Boucan Canot... il y a 40 ans

29 mars 2016
7 Lames la Mer
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Boucan Canot 1980. Des filaos bordent le sable blanc et dissimulent quelques maisons dispersées dans la verdure. Au-delà de la petite route, s’étendent savane, remparts et montagnes. En 1980, les environs du Boucan Canot ne sont pas encore engloutis par le béton, mais 40 ans plus tard, la Côte-d’Azurisation a gagné.

Boucan Canot. Carte postale, 1980.

Boucan Canot 2019. Google earth.


Les filaos régnaient sur le bord de mer...


Une carte postale datant de 1980 nous dévoile un Boucan Canot méconnaissable : les filaos règnent sur le bord de mer, projetant leur ombre sur le sable désert d’un petit matin ensoleillé. Quelques vagues rident l’océan. Le souffle du poète Jean Albany est ici, présent...

Parfois, je crois entendre en un rêve indolent
Le fin frémissement de l’arbre aux fils d’argent
Ou la chanson du feu du vieux pêcheurs indien
Possédant sa pirogue et le ciel pour tout bien.

Extrait de : « Sortilège créole »

Rogner le Cap Champagne et entailler le Cap Lahoussaye


Trois siècles auparavant, le 5 septembre 1668, un dénommé Gilles Launay, un des premiers colons, obtient la concession du terrain dit « Boucan Canot » [cabane à canot].

Le lieu resta longtemps isolé car ce n’est qu’au 19ème siècle [1863-1871], que la partie rocheuse séparant Boucan Canot de Saint-Paul sera percée et ouverte.

Les nombreux caps et pointes qui se trouvent par là donnèrent bien du mal aux ingénieurs — et surtout aux ouvriers ! — notamment lorsqu’il fallut rogner le Cap Champagne et entailler le Cap Lahoussaye.

"Le boucan et le choka bleu", Adèle Ferrand, 1847.

Gagner jusqu’à perdre son âme


C’est précisément dans les années 80 que La Réunion amorce un tournant vers l’économie touristique. La plage de Boucan Canot est alors présentée comme le fleuron des plages de l’île. Elle est même qualifiée de « Saint-Tropez local toutes proportions gardées » dans un guide édité en 1986 [1].

Cependant, les « proportions » entre espaces naturels et activités humaines, entre activités traditionnelles et activités nouvelles — cette mystérieuse alchimie nécessaire à la préservation de l’équilibre — n’ont pas été au centre des préoccupations des « aménageurs », promoteurs et « décideurs ».

D’un petit village de pêcheurs, longtemps isolé, on a fait une station balnéaire tapageuse, bétonnée, surpeuplée, clinquante, n’hésitant pas à « gagner » sur la plage, « gagner » sur les filaos, « gagner » sur la savane. Gagner toujours plus. Gagner jusqu’à perdre son âme.

La plage de Boucan Canot, filmée en 1978. Photo extraite du documentaire « Ça Bourbon même, l’île de La Réunion », réalisé par Jean Pierre Mirouze. Source INA.

Une terre entourée d’eau où l’on a peur de se baigner


L’exemple catastrophique du site des Roches Noires — dont une partie de la plage a disparu en 2012 — est édifiant ! La mer a emporté un morceau de « La Croisette » — qui avait sérieusement gagné du terrain sur le sable —, reprenant ses droits naturels sur ce bordmèr créole « reconfiguré-défiguré » selon des modèles importés.

La Côte-d’Azurisation outrancière de Saint-Gilles aura-t-elle l’effet d’un boomerang ? Car prétendre intéresser le touriste avec du béton, c’est comme vouloir attraper des mouches avec du vinaigre.

Entretemps, la terrible « crise requin » a bouleversé tous les codes et dévitalisé l’attrait balnéaire de la côte ouest. L’incurie des autorités et autres décideurs dans la « gestion » de cette crise meurtrière a engendré des situtaions extrèmes et absurdes. Et un paradoxe : celui d’une terre entourée d’eau où l’on a peur de se baigner.

7 Lames la Mer

Boucan Canot, années 60.

Boucan Canot, le temps de l’insouciance.


Le pays oublié s’est donc rappelé à notre bon souvenir d’amnésiques en 2012 : il a emporté une partie de « La Croisette » des Roches Noires, reprenant ses droits naturels et nous a livré un site funéraire daté « fin du 18ème siècle / début du 19ème siècle », selon un archéologue de la Dac-OI. Un site funéraire qui pourrait bien être un lieu où l’on enterrait les esclaves...
Mais que valent quelques ossements oubliés face aux travaux — certes nécessaires — menés aux Roches Noires pour sauver l’économie touristique ?
Cette histoire-là — celle du pays oublié — n’a pas droit de cité : ordre a été donné aux Caterpillar de reprendre les travaux, la Dac-OI ne voyant pas grand intérêt à mener des fouilles archéologiques sur ce site, « les rites funéraires ayant déjà été explorés lors des fouilles sur le cimetière marin de Saint-Paul » !
Circulez... y a rien à voir.
Photo 7 Lames la Mer.

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1« La Réunion, le guide pratique », Éditions Mercure Océan Indien, CKC imprimerie, 1986.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter