Categories

7 au hasard 18 novembre 2015 : Quand le terrorisme visait La Réunion... Et aujourd’hui ? - 14 avril : Point 62 : les Outremer au coeur de la révolution citoyenne - 31 janvier 2013 : 31 janvier 1865 : abolition de l’esclavage aux Etats-Unis - 20 août 2014 : Nassimah Dindar : « Tous les fanatismes doivent être combattus ! » - 7 septembre 2014 : Vincendo : l’âme errante qui annonçait la mort - 22 mars 2013 : Planète Francophone : du Québec à l’Océan Indien - 4 mai 2013 : Les docks veulent rester réunionnais - 30 janvier : Olivier Bancoult : Le peuple des Chagos ne renoncera jamais - 25 février 2013 : Le roi couillonnisse - 8 juillet 2014 : « .io » : Londres empoche la manne de l’Internet, au détriment des Chagossiens -

Accueil > Interviews > Ouvrez la prison Juliette Dodu ! Détak la zol...

Pétition en ligne

Ouvrez la prison Juliette Dodu ! Détak la zol...

11 novembre 2014
7 Lames la Mer
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le « Collectif pour la Mémoire de la prison Juliette Dodu » a souhaité réagir au fait que nous avions jugé ses revendications « moins exigeantes » que celles exprimées par l’historien Sudel Fuma. « Nous avons élaboré, pendant plusieurs mois, un projet qui montre à quel point nous souhaitons faire de la prison un véritable musée vivant de la mémoire, dans les traces de ce que proposait Sudel Fuma », explique le Collectif. Un lien accompagnait le message nous menant au dossier que nous avons consulté. Nous vous proposons donc une retranscription des éléments de ce dossier, sous forme de questions/réponses et surtout, nous vous invitons à signer la pétition en ligne ! A vos claviers !

Labellisée Ville d’Art et d’Histoire (VAH), Saint-Denis n’en est pas moins tiraillée entre préservation et amnésie. Le massacre qui s’opère insidieusement à l’encontre des éléments du patrimoine architectural dans toute île est la conséquence d’une indifférence criminelle — voire d’un déni culturel — doublée d’une frénésie assimilationniste qui réduisent en ruines puis en gravats (ou en cendres...) les éléments remarquables de l’architecture réunionnaise. Du moins, ceux qui ont résisté aux différents assauts : absence d’entretien, abandon, attaques de cariats, marchands de sommeil, bidonvillisation, incendies, cyclones, spéculation, agissement des promoteurs et autres urbanistes, « palaxisme » des décideurs...

La chapelle Saint-Thomas-des-Indiens dont la toiture a disparu (rue Monseigneur de Beaumont, Saint-Denis), devrait faire l’objet d’une prochaine réhabilitation. Photo 7 Lames la Mer

« 7 Lames la Mer » milite pour que la sauvegarde du patrimoine réunionnais ne se résume pas essentiellement aux seules belles cases créoles de la vitrine touristique de la rue de Paris ! Il est urgent que soient pris aussi en considération les petits commerces, les usines délabrées, les petites cases, les bâtisses industrielles, les vestiges de l’esclavage et du marronnage, les entrepôts désaffectés, les édifices religieux, les cimetières… Bref : l’architecture populaire et industrielle de notre île !

Petite case en ruines. Cilaos. Photo 7 Lames la Mer

Ce combat de longue haleine se cristallise aujourd’hui sur la prison Juliette Dodu promise à l’appétit des bulldozers et promoteurs. Si le devenir de cette prison permet à nouveau d’illustrer l’urgence de la sauvegarde de notre patrimoine, il pose aussi la question de l’archéologie, discipline scientifique sur laquelle le regretté Sudel Fuma avait fondé de grands espoirs. Nous savons tous que notre île est loin d’avoir livré tous ses secrets. Alors faudra-t-il indéfiniment se contenter des sorts du hasard pour que soient restituées aux Réunionnais les parcelles de leur histoire ?

7 Lames la Mer

Une cellule de la prison Juliette-Dodu. Photo Stéphane Repentin

7 Lames la Mer : Pourquoi vouloir sauvegarder la prison Juliette Dodu ?

Collectif pour la Mémoire de la prison Juliette Dodu : Parce que la mémoire des anciens constitue un enjeu majeur pour l’avenir des nouvelles générations. Parce que la prison Juliette Dodu représente à ce titre l’un des plus illustres lieux de mémoire des ancêtres réunionnais, anciens esclaves parfois (incarcération massive d’esclaves jusqu’en 1848), dont l’histoire a eu un impact sur le présent de notre île mais aussi et surtout sur l’inconscient collectif de celles et ceux qui y vivent aujourd’hui. Parce que les conclusions d’un diagnostic d’archéologie préventive [1] font apparaître « que des éléments de murs et de sols, vestiges d’un état plus ancien de la prison et remontant à l’origine de la ville de Saint-Denis, ont été mis à jour ». Parce qu’il s’agit d’activer une prise de conscience collective.

Illustration : E-Dina

7 Lames la Mer : Prise de conscience collective... Création d’un collectif. Qui représente-t-il et où trouve-t-il la légitimité qui fait que sa parole pourrait être entendue ?

Collectif : Ce collectif s’appuie notamment sur les interpellations et l’implication dans la préservation de la prison de l’historien réunionnais Sudel Fuma, décédé tragiquement en juillet 2014. [2] Plusieurs personnes d’horizons différents, de parcours différents et de générations différentes ont par ailleurs participé à la création de ce collectif qui est l’aboutissement d’un travail de réflexion. Militant-e, journaliste, médecin, historien-e, architecte, sociologue et d’autres encore ont apporté leur pierre à ce projet de mémoire. Nous considérons, par notre collectif et sa diversité, représenter, sinon une certaine légitimité, en tout cas une vraie détermination à l’acquérir afin que ce projet voie le jour.

L’ancienne prison (créée en 1550) de Bourbourg est classée monument historique et accueille un musée ainsi que l’office du tourisme.

7 Lames la Mer : Au cœur de Saint-Denis, labellisée « Ville d’Art et d’Histoire » (V.A.H), la prison Juliette Dodu se dresse comme un symbole. Pourtant certains la qualifient de « verrue ». Quels sont vos arguments pour réhabiliter cette image ?

Collectif : Ses pierres sont les mémoires vivantes des femmes et des hommes qui ont vécu entre ses murs, qui ont connu les pleurs, les cris, les souffrances, et les déchirures. Cette prison, qui recèle des vestiges datant de l’origine de la ville de Saint-Denis, qualifiée par ailleurs de « plus vieille de France », est la gardienne des mémoires de prisonniers qui ont aussi connu les joies, les échanges, et l’espoir un jour d’en sortir.

7 Lames la Mer : Pleurs, cris, souffrances, déchirures... Les mots utilisés sont durs. Comment agir pour que ces pierres inspirent aussi l’espoir dont vous parlez ?

Collectif : La création d’un musée vivant et participatif, suscitant émotions et réflexions, voilà notre réponse à cette question. De ces mémoires croisées, brisées, recomposées, nous sommes tous responsables à titre individuel et collectif. Détruire en très grande partie un tel lieu de mémoire sans réelle consultation des Réunionnais relève pour nous d’un certain mépris du passé.

Visuel du projet de la Ville de Saint-Denis, présenté par la SHLMR. Source : Ville de Saint-Denis. "Aux assassins du patrimoine, je leur dis publiquement ma colère et celle de mes ancêtres bafoués par vos projets immobiliers", avait alors déclaré Sudel Fuma.

7 Lames la Mer : Un projet d’aménagement de ce site est d’ores et déjà prévu avec notamment un programme de 52 logements sociaux. La ville de Saint-Denis a par ailleurs spécifié que « la rénovation de l’îlot a l’obligation de conserver et de requalifier des éléments présentant un intérêt historique et architectural ». Or l’historien Sudel Fuma n’en a pas moins qualifié la démarche de « crime culturel ». Comment concilier la nécessaire sauvegarde du patrimoine et de la mémoire et répondre dans le même temps aux exigences du présent ?

Collectif : Contrairement au projet actuel, nous pensons qu’il est possible et indispensable d’assumer à la fois nos responsabilités du présent et celles du passé. Nous, les héritiers de cette île, d’ici ou d’ailleurs, avons décidé d’assumer cette responsabilité. Par ailleurs, le projet que nous proposons est source d’emplois et s’inscrit dans une dynamique internationale. Nous ne dénions donc pas l’importance des urgences du présent (logements sociaux notamment).

A l’intérieur de la prison Juliette Dodu. Source : collectif pour la Mémoire de la prison Juliette Dodu

7 Lames la Mer : Emplois... Dynamique internationale... Ces arguments peuvent-ils changer la donne selon vous ?

Collectif : La création d’un musée interactif, vivant, en lien avec son environnement proche permettrait d’accroitre l’attractivité culturelle et touristique de Saint-Denis et aurait aussi des retombées économiques, en participant à la dynamisation du centre ville. En proposant une offre variée d’expositions, d’ateliers et de conférences, le musée attirera de nombreux visiteurs, qu’ils soient de La Réunion ou d’ailleurs ! De plus, des journées comme celles du patrimoine, ou les nuits européennes des musées permettraient de faire connaitre au public ce nouveau lieu de mémoire. Enfin, comme pour tout musée, ce projet nécessitera un ensemble de compétences et de savoir-faire qui se traduiront mécaniquement par des créations d’emplois : ouvriers pour la phase de travaux, chercheurs, collecteurs de témoignages, conservateur, équipe administrative, animateurs, guides, personnels d’accueil, d’entretien, de surveillance, etc...

Ancienne prison militaire en Slovénie, transformée en centre culturel alternatif avec auberge de jeunesse.

7 Lames la Mer : Comment décririez-vous votre projet en quelques mots ?

Collectif : L’enjeu est de créer un musée vivant et participatif, lieu de mémoire, d’apprentissage, de réflexion, de création, concept unique dans l’île et encore peu expérimenté dans l’hexagone. Ce travail, alliant plusieurs disciplines scientifiques (sociologie, histoire, archéologie, anthropologie, architecture, etc.), partira de sources existantes et du lieu physique de la prison Juliette Dodu. Il sera basé sur des enquêtes et des collectes de témoignages des anciens prisonniers mais aussi de leurs familles, de l’administration pénitentiaire, des politiques, des citoyens, des historiens… Saint-Denis aurait ainsi un lieu culturel unique, digne de son statut de chef-lieu et de plus grande ville d’outre mer, qui contribuera à son rayonnement. Enfin la création de ce musée s’inscrirait dans les politiques publiques actuelles qui sont davantage axées sur la préservation et la mise en valeur d’anciens bâtiments plutôt que sur leur destruction pure et simple.

7 Lames la Mer : Ce projet de musée de la prison ne pêche-il pas par idéalisme ?

Collectif : Ce projet ne se veut ni naïf, ni idéaliste. Il apporte des idées, des compétences interculturelles et multidisciplinaires et des expertises sérieuses. Car la mémoire est complexe et nécessite souvent l’apport de différents regards pour saisir sa véracité et sa pertinence. Ce projet se veut comme le témoignage d’une responsabilité vis-à-vis de la mémoire, des mémoires, de nos mémoires. En espérant que nos mots et nos propositions seront compris et entendus.

7 Lames la Mer

Entrepôts. Saint-Paul. Photo 7 Lames la Mer
Collectif pour la Mémoire de la Prison Juliette Dodu
Par ordre alphabétique : Cyril Boyer, Marie Lyne Champigneul, Cyril Chatelain, Guillaume De Chazournes, Philippe De Chazournes, Morine Fuma, Laurent Hoarau, Olivia Martin, Bruno Maillard.
Pour télécharger le dossier complet réalisé par le Collectif pour la Mémoire de la Prison Juliette Dodu. Pour signer la pétition, cliquez ici : Un Musée pour la mémoire de la Prison Juliette-Dodu



Lavabos de la prison Juliette Dodu. Source : collectif pour la Mémoire de la prison Juliette Dodu

-* Créer différentes ambiances selon l’émotion et les sensations que l’on voudrait faire ressentir : solitude, doute, chaleur étouffante, joie pendant le parloir, lassitude, déshumanisation…

  • Visite et supports trilingues : Créole-Français-Anglais.
  • Proposer un prix fixe pour les institutions et un prix libre pour les particuliers.
  • Proposer des expositions tournantes et belles : les évasions spectaculaires dans le monde, les prisonniers célèbres, les prisonniers de guerre, la torture en prison, l’architecture des prisons dans le monde, l’enfermement et la vie de famille, les prisonniers politiques, les rendus d’ateliers des prisonniers du Port, de Saint-Pierre et de Domenjod.
    Intérieur d’une cellule de la prison Juliette Dodu. Source : collectif pour la Mémoire de la prison Juliette Dodu
  • Proposer un mur d’expression avec feutres, marqueurs à disposition.
  • Proposer aux visiteurs des ateliers réguliers et d’autres plus ponctuels afin de rendre le lieu vivant, animé et permettre à la parole parfois douloureuse de s’exprimer dans un cadre informel pour les personnes personnellement touchées par l’incarcération (écriture, lecture, contes, poterie, etc…)
  • Mise en scène d’un parloir : les visiteurs pourraient venir témoigner de leurs impressions, leurs souvenirs de la prison, leur besoin de se remémorer, de se chuchoter des souvenirs. Ils seraient invités à s’asseoir, prendre le combiné du parloir, et se regarder face au miroir, expérimenter la sensation du parler à travers une vitre, symbole d’une séparation entre le monde de l’enfermement et celui de la liberté.
  • Création d’une application mobile pour recenser et écouter les différents témoignages des visiteurs de la prison, et mettre en lien les mots, les souvenirs et les paroles.
  • Varier les supports : projection grand écran, petits écrans individuels ou à 2/3 personnes, à hauteur d’enfants, d’adultes, objets à manipuler, jeux avec questions de grandes tailles, etc.
  • Impliquer les familles de prisonniers pour certains volets à définir : bénévolat mais avec encadrement et formation.
  • Proposer un partenariat avec les associations de soutien aux familles, par exemple proposer un temps de parole avec psychologues dans les locaux Juliette Dodu.
  • Proposer un partenariat avec les écoles, les lycées et les universités : Située en plein cœur de Saint-Denis, le musée de la prison Juliette Dodu se situera à proximité de plusieurs établissements scolaires : collège Juliette Dodu, Saint-Michel, Bourbon, lycée Levavasseur, faculté du Moufia, autant de partenaires possibles à impliquer dans des ateliers et à accueillir dans les locaux du musée de la prison.

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1Effectué en août 2013 par l’Institut national de recherches archéologiques préventives

[2Sudel Fuma avait, peu de temps auparavant, alerté l’opinion dans une lettre ouverte : « J’ai appris avec stupeur la décision d’attribution à la SHLMR du terrain de la prison rue Juliette-Dodu qui sera détruite très prochainement pour un projet immobilier. Une véritable catastrophe culturelle quand on connaît la valeur patrimoniale de ces bâtiments où ont été exécutés des esclaves marrons, où ont été emprisonnés des engagés indiens et d’autres pauvres créoles du XIXe siècle ! ».

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter