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Mort de Florent Rocheland

Le « Séga Doré » perd son Goulou

1er mars 2019
7 Lames la Mer
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Goulou, le « grand cafre », est parti à 77 ans, ce 1er mars 2019. Il a marqué la mémoire portoise et réunionnaise avec son orchestre Les Glous Glous et leur unique 45 tours dont l’emblématique “Souk à li” a été popularisé par la radio. Hommage à Florent Rocheland.

Le sens de la fête. Florent Rocheland, en chemise bleue. Au premier plan, son frère Edmond.

Goulou, premier de la fratrie Rocheland


Le grand cafre toujours bien sapé, le sourire en emblème, le regard brillant et le rire à la fois classe et contagieux, est triste ce soir. Christophe Rocheland cultive la fraternité créole, indianocéanique et internationale et surtout une solidarité familiale qui s’est instaurée comme un fil rouge reliant les générations. Car Christophe appartient à une grande famille portoise, les Rocheland. Et ce soir, cette famille est en deuil : Goulou est mort.

Goulou, c’était l’oncle de Christophe, le premier de la fratrie Rocheland. Il s’appelait Florent et il avait 77 ans. Et cet oncle, c’était un personnage [comme tous les Rocheland...] !

Chez les Rocheland, la fête est un art de vivre, le militantisme aussi, tout comme la bonne cuisine créole. Faire la fête, militer et bien manger, c’est leur tourné-viré aux Rocheland. Alors quand on évoque Florent Rocheland, même s’il vient de mourir, il y a dans l’air, en même temps que la tristesse, une irrésistible exultation alimentée par les souvenirs qui remontent pêle-mêle. Des souvenirs, des anecdotes, des images, des échos de musique et de rires, des clameurs...

Le 45 tours des Glous Glous. Soredisc, Pierre Fen-Chong. Photo : Jules Fen-Chong.

Les Glous Glous, orchestre de bal, fondé par Goulou


« C’était un grand cafre dandy, amateur des bonnes choses. Tout le monde l’appelait « Goulou », certainement parce qu’il appréciait le champagne » ! Un surnom qui sera d’ailleurs à l’origine du nom d’un orchestre de bal [à géométrie variable comme bien des formations musicales] que Florent Rocheland fonde dans les années 1960 avec ses frères Edmond [saxophone] et Gérald [guitare et clavier] et avec Gilbert Talvi [basse], Sully Cascade [violon], Yéyé Félicité [batterie], Harry Pitou [guitare solo], etc. L’orchestre s’appelle donc : « Les Glous Glous » !

Fanfares, orchestres de bal, chorales, maloyeurs… La musique a toujours été présente dans les moments importants ou intimes de l’histoire portoise [et réunionnaise]. En tête des défilés, lors des grands mouvements revendicatifs, les musiciens menaient la marche : cuivres, accordéons, tambours, etc. Ils donnaient le tempo. En première ligne des combats.

Défilé dans les rues du Port, années 1940/50. Revendications et musique au premier rang !
On aperçoit les cuivres et l’accordéon.

Pou fé gazouy la po tanbour


Les bars de la cité maritime étaient aussi des lieux de rendez-vous pour musiciens, « joueurs de bouche » et chanteurs. On jouait de la musique aussi au marché couvert, à la mairie, au cinéma Casino, au club de la Douane, dans les cours et les « salvèrt ». Bref, dans tous les lieux qui pouvaient accueillir des bals. Chaque rassemblement, chaque fête, chaque kermesse, chaque manifestation étaient des occasions « pou fé gazouy la po tanbour ».

Cette tradition s’est perpétuée de génération en génération. La grande époque des orchestres de bal a été particulièrement glorieuse avec des formations qui ont marqué les esprits : Jazz des Iles, Les Lynx, Les Desperados, Les Luxians, etc. Et Les Glous Glous !

Il s’agissait le plus souvent de formations familiales parmi lesquelles on peut citer les familles Esther, Baptiste, Aubert, Lucian, Payet, Arzeux, Lesfrith, Esparon, Erima dit « Koundann », et bien d’autres encore… Et les Rocheland !

Antoine Erima, dit Koundann, et son accordéon.
L’orchestre Koundann !

Séga Doré / Excite pas moin / Souk à li / Rhum arrangé


C’est donc dans cette ambiance de fourmillement que la formation des frères Rocheland voit le jour et commence à se produire dans les bals et particulièrement dans les « bals mariage ». Le photographe portois, Claude Thérésien — lui aussi musicien — se souvient bien, même s’il était encore enfant, des Glous Glous animant le mariage de son oncle.

Quant à Josette Juvenal, il suffit de lui parler des Glous Glous pour qu’elle se mette à fredonner le mythique « Souk a li », extrait du seul 45 tours de l’orchestre des frères Rocheland. « Je me rappelle bien, confie-t-elle avec émotion. On entendait souvent ce morceau à la radio ».

« Le grand public les a connus au départ dans les orchestres de bal, commente Sully Fontaine à propos des Glous Glous. Mais c’est surtout la sortie de leur 45 tours chez Soredisc qui va les rendre “célèbres”, avec les morceaux “Séga Doré”, “Excite pas moin”, “Souk à li” et “Rhum arrangé” qui passeront à l’ORTF ».


Florent té cour pa d’van personne !


Plusieurs sources affirment que Lucet Langenier [1943/1993], figure du Parti communiste réunionnais et maire de Sainte-Suzanne, s’était un temps joint aux Glous Glous.

« Florent était un compagnon de lutte de Lucet Langenier, raconte Christophe. C’était la même génération. Il a été membre du FJAR [1] et a participé à plusieurs délégations du Parti communiste réunionnais à l’étranger, notamment en URSS ».

Créole dans le fond de son âme, attaché à ses racines et à l’histoire de son pays, fin connaisseur en cuisine et en chanson créole, et jamais le moindre faux-pas. C’est ainsi que Raymond Lauret dépeint Florent Rocheland. Des souvenirs se bousculent dans la tête de Raymond : « on aimait beaucoup jouer au poker avec les camarades »...

« C’était un amuseur, un ambianceur né, conclut Sully Fontaine. Il était connu aussi pour son courage : Florent té cour pa d’van personne » !

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Notes

[1FJAR : Front de la Jeunesse Autonomiste de La Réunion.

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