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Volé, perdu, oublié, dégradé, vendu... retrouvé et restauré !

L’étrange destin du portrait de Jules Hermann

5 avril 2013
Nathalie Valentine Legros
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Le tableau représentant le portrait de Jules Hermann a bien failli disparaître à tout jamais. Propriété de l’Académie de La Réunion, il est dérobé dans les années 90. On retrouve sa trace, quelques années plus tard mais il n’est sauvé de l’oubli et de la lente dégradation du temps que par une série de hasards, de rebondissements, de coïncidences... Et par l’action d’un amoureux de l’histoire réunionnaise, Alain Marcel Vauthier. Récit...

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Photo 7 Lames la Mer

L’heure est à « Mauritia », microcontinent qui serait situé sous les îles de Maurice et de La Réunion, et qui provoque des controverses dans le monde scientifique. A son époque, le visionnaire Jules Hermann (1845—1924) développe la thèse d’un continent primitif disparu sous les flots de l’océan Indien, baptisé « Lémurie », berceau selon lui de toutes les civilisations. Hermann est perçu comme un extravagant, un savant aux théories excentriques relevant plus de la rêverie et de la poésie que d’une démarche scientifique. La mythologie hermannienne est en marche. Elle va se nourrir de cette étrange réputation et de l’ouvrage posthume « Les révélations du grand océan », devenu quasiment introuvable, et dont on espère une réédition.

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Photo 7 Lames la Mer

Chercheur, visionnaire, précurseur, archiviste… Poète !

Enfant d’une famille installée dans l’île depuis quatre générations, Jules Hermann était un « touche à tout » génial. Un amoureux de La Réunion et particulièrement du Sud. Sa carrière pourrait se « résumer » ainsi : avocat au barreau de Saint-Pierre, notaire de 1872 à 1911, journaliste, maire de Saint-Pierre (1901-1902), président du Conseil Général, candidat malheureux à la députation contre François de Mahy (1902), président de l’Académie de La Réunion à partir de 1913, historien, savant, « coureur de montagne » comme le décrivent Marius et Ary Leblond dans leur roman « Le miracle de la race », fondateur du premier syndicat des planteurs de café et des planteurs de géranium, correspondant de la Société astronomique de France, membre de l’Académie des Sciences de Paris, écrivain, scientifique, linguiste, chercheur, visionnaire, précurseur. Archiviste ! Poète. Artiste passionné. Et caetera !

Si vous évoquez le nom de Jules Hermann devant certains collectionneurs, vous comprendrez, à leurs réactions, la place particulière occupée par cet homme dont la renommée est grandissante encore — et surtout — de nos jours.

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Alain Marcel Vauthier
Photo 7 Lames la Mer

Des excursions sur les traces d’Hermann

Conservateur en Chef des Bibliothèques, ancien directeur de la Bibliothèque départementale de La Réunion, Vice-Président du Cercle Généalogique de Bourbon, président de l’Académie de l’île de La Réunion, Alain Marcel Vauthier fait partie de ceux qui traquent depuis des années les oeuvres d’Hermann. Sa qualité de président de l’Académie de l’île de La Réunion fait de lui le successeur de Jules Hermann, qui en fut le premier président en 1913, et occupa le poste huit ans durant.

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« Son œuvre, abondante et diversifiée, n’est pas totalement tombée dans l’oubli — encore que les éditions originales de ces écrits soient devenues rarissimes actuellement ! —, confie Alain Marcel Vauthier à 7 Lames la Mer. Elle a fait l’objet d’une réédition partielle aux éditions du Tramail, en 1990, par Jean-François Reverzy, aidé d’un comité éditorial composé d’universitaires notamment Jean-Claude Carpanin Marimoutou, Hajaso Volono-Picard, Norbert Dodille, de praticiens des archives et des bibliothèques (…). J’ai appris par ailleurs que des groupes de passionnés organisaient des excursions dans la montagne pour retrouver les signes et les rochers dont parle Jules Hermann dans son œuvre maîtresse « Les Révélations du Grand Océan » [1]. Et n’oublions pas le travail de Nicolas Gérodou : une thèse magistrale sur cet ouvrage ».

Sujet inépuisable donc pour Alain Marcel Vauthier, qui laisse son regard caresser les rayonnages de livres dans la bibliothèque de son bureau. Des livres... et un tableau dont il s’empresse de nous raconter la rocambolesque histoire.

Le personnage tenait un rouleau entre ses mains

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« Ma découverte de l’existence de ce tableau date des années 90-2000, raconte Alain Marcel vauthier. J’avais fait la connaissance à cette époque d’un couple, Monsieur, cadre supérieur de banque, et Madame, distinguée et très cultivée. Madame, s’ennuyant un peu, avait ouvert à la Cour carrée, rue Jean Chatel, dans d’anciens locaux en pierre de taille occupés auparavant par la Compagnie Marseillaise, un magasin d’antiquités dont j’étais devenu un habitué. Un jour, je vis arriver Monsieur avec deux tableaux, en fort mauvais état, représentant deux personnages, manifestement des notables, dont l’un ressemblait beaucoup à une photographie reproduite page 65 de l’ouvrage paru aux éditions du Tramail dont je vous ai parlé précédemment. Ce personnage tenait entre ses mains un rouleau « style volumen » sur lequel se déchiffraient les mots « statuts » et « Académie ». Sans aucun doute possible, il s’agissait là d’un portrait, malheureusement non signé, du premier président de notre Académie, Jules Hermann ! »

Autorisée à copier « LE » tableau

Voilà donc le fameux portrait de Jules Hermann. Alain Marcel Vauthier tente d’en savoir plus sur la provenance de ces tableaux... En vain. Le prix demandé n’étant pas en rapport avec l’état de conservation des tableaux, l’affaire en reste là...

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Le portrait... et sa copie signée Mireille Ycard.
Photo 7 Lames la Mer

Un jour, au cours d’une réunion au domicile du Docteur Serge Ycard, alors président de l’Académie, Alain Marcel Vauthier tombe en arrêt devant une toile, manifestement une copie du portrait d’Hermann. Réalisée par Mireille Ycard, la toile est d’un format plus petit. Peintre à ses heures, Mireille est élève d’un grand artiste contemporain à qui l’on doit de très belles restaurations. « Elle m’avoua qu’elle avait vu cette toile, sans doute en cours de restauration chez son professeur et qu’elle avait obtenu l’autorisation de la copier », poursuit Alain Marcel Vauthier.

Aude, arrière petite cousine de Jules

Quelques temps plus tard, le détenteur des toiles doit quitter définitivement l’île et débarque dans le bureau d’Alain Marcel Vauthier, les toiles — toujours en piteux état et non restaurées — sous le bras... Cette fois, le prix demandé est tout à fait raisonnable. La vente est conclue. « A l’époque, je ne songeais pas du tout à l’Académie, se souvient Alain Marcel, mais plutôt à Aude Palant-Vergoz, petite-fille de Paul Hermann et donc arrière petite cousine de Jules »... Les deux tableaux sont entreposés à l’étage d’une maison dans les hauts de Saint-Denis. Le nouveau « détenteur » les oublie même quelque peu...

Dérobé dans les années 90

En 2008, les immenses toiles du peintre de marine, Maurice Ménardeau, sont exposées à l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis. Elles ont été restaurées par un jeune espagnol, Carlos Blanco, ami d’un des fils d’Alain Marcel Vauthier. « Une idée me vint alors, que je soumis à notre ancien président, Yves Drouhet, successeur de Serge Ycard à la tête de l’Académie : je souhaitais faire don à l’Académie du portrait en piteux état, à charge pour celle-ci de le faire restaurer et de procéder à son accrochage au mur de la salle de réunion. »

Proposition acceptée d’autant que, selon Yves Drouhet, ce fameux portrait de Jules Hermann n’est autre que celui qui avait été dérobé, dans les années 90, à la bibliothèque centrale de prêt où il avait été mis en dépôt par l’Académie !

Les frais de restauration et d’encadrement du tableau sont financés par le mécénat de la Caisse locale de Saint-Denis du Crédit Agricole et voici donc l’Académie de nouveau détentrice de ce fameux tableau, portrait de son premier président, et dans l’attente de son retour sur son mur d’origine...

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Photo 7 Lames la Mer

Une « croûte » qui aurait pu finir à la décharge

Mais qui était l’auteur de ce portrait de Jules Hermann ? En relisant les procès-verbaux des séances de l’Académie consignés par le Secrétaire général de l’époque — Adrien Merlo, Conservateur du Musée Léon Dierx — Alain Marcel Vauthier tombe sur le compte-rendu de la séance du 3 novembre 1921. On y apprend qu’un certain Victor Gautrez, professeur au lycée Leconte de Lisle et auteur d’un roman intitulé « Amours de beaux mulâtres » dont l’action se déroule en Guyane, est élu membre titulaire le 6 novembre 1924. Elève à l’école des beaux arts, lauréat d’un concours de peinture, il est pressenti pour exécuter un « portrait à l’huile du gouverneur Garbit qu’on placerait en face de celui du président Hermann », selon un procès verbal du 5 novembre 1925.
Pour Alain Marcel Vauthier, « à n’en pas douter, Victor Gautrez est l’auteur du tableau ».

C’est avec émotion qu’il met un point final à cette histoire : « Il est des moments dans la vie où l’on se dit que la notion de divine providence existe vraiment... Sinon, comment expliquer le fait que ce soit justement à moi, membre de l’Académie, qu’on vienne proposer le rachat de ce portrait de notre premier président, « croûte » encombrante et en piteux état, qui aurait très bien pu terminer à la décharge ? »

Nathalie Valentine Legros

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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Notes

[1La mythologie hermannienne est toujours vivace comme en témoignent une page facebook intitulée « Piton Tortue » et un site web portant le nom « Piton Tortue Centre de l’Univers »

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