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Les flamboyants de l’exil (7)

Harlem : Andy Razaf était l’âme malgache du jazz (7)

15 décembre 2018
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Une grand-mère paternelle au destin royal contrarié, morte exilée en Algérie. Un grand-père maternel esclave dans le Missouri puis consul à Madagascar. Une jeune mère de 15 ans, veuve, qui se réfugie aux États-Unis. Un père tué par les troupes coloniales françaises lors de l’invasion de Madagascar. La vie d’Andy Razaf commence le 16 décembre 1895 dans le fracas de l’esclavage et du colonialisme. Et pourtant... « In the mood », vous connaissez ? Paroles d’Andy Razaf ! À suivre...

Andy Razaf

Une saga entre Madagascar et les États-Unis


« Razaf... Razaf... J’ai déjà vu ce nom-là ». L’amateur de jazz plonge dans sa cantine en fer où sont rangés les précieux vinyles et brandit une pochette dorée et rouge : « Louis Armstrong for ever », 1972. Une pépite.

33 tours et la magie du diamant sur le sillon réveille l’exubérance de la trompette et de la voix de Satchmo. 3 minutes et 21 secondes de pur bonheur : « Ain’t misbehavin’ », un standard du jazz. Au dos de la pochette, le collectionneur pointe du doigt la mention entre parenthèses à côté du titre : (Razaf, Waller, Brooks).

Andy Razaf, Thomas « Fats » Waller, Harry Brooks. Celui qui nous intéresse précisément, c’est Andy Razaf, de son vrai nom Andriamanantena Paul Razafinkarefo [ou Razafkeriefo]. Son histoire prend sa source dans le 19ème siècle, entre Madagascar et les États-Unis. Entre une famille de lignée royale malgache et une famille de descendants d’esclaves du Missouri [USA].

Image de fond : balestra-art.

Icône de l’âge d’or du jazz


« Honeysuckle Rose », 1929, paroles d’Andy Razaf. « Stompin’at the Savoy », 1936, paroles d’Andy Razaf. « In the mood », 1937, paroles d’Andy Razaf. « Ain’t Misbehavin’ », paroles d’Andy Razaf... Que des « grands classiques » du jazz américain.

À ces quelques titres devenus des monuments, on peut ajouter plus de 200 textes qui sont attribués à Andy Razaf par le « Hall of Fame » — sorte de Panthéon — des paroliers de jazz. Au total, Andy Razaf aurait écrit plus de 800 textes dont beaucoup inédits... et il arrive fréquemment que son nom ne soit pas crédité sur les pochettes ou les affiches.

Petite revue de presse spéciale Andy Razaf : « un des plus grands paroliers de jazz des années 30 », « Prince (ou Duc) de Madagascar », « précurseur », « lyriste noir le plus prolifique de la musique populaire du XXe siècle », « icône de l’âge d’or du jazz aux Etats-Unis », « un des plus grands auteurs compositeurs de l’histoire du showbiz américain », « un des acteurs majeurs des années folles du jazz aux États-Unis »...

Andy Razaf.

Ella Fitzgerald / Louis Armstrong / Billie Holiday / Count Basie / Cab Calloway...


Ces récents hommages de la presse spécialisée et internationale font écho, 80 ans plus tard, à l’engouement rapporté par le magazine « Variety » qui en 1936 révélait que les œuvres d’Andy Razaf avaient été jouées 20.836 fois à la radio.

Mais Andy Razaf était frappé par cette « malédiction » qui voue les paroliers aux seconds rôles et les condamne à l’ombre — même lorsque leurs œuvres sont sur toutes les lèvres et passent en boucle à la radio — tandis que les interprètes s’épanouissent sous les feux de la rampe. D’ailleurs, les droits d’auteur ne permettront à Andy Razaf que de vivre à peine décemment...

Il avait certes accroché son pseudo aux côtés des plus grands noms du jazz américain : Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Benny Goodman, Billie Holiday, Count Basie, Eubie Blake, Sarah Vaughan, Glenn Miller, Joe Garland, Cab Calloway... et bien-sûr son comparse « Fats » Waller. Par ailleurs, ses œuvres, pour la plupart, servent de référence dans les manuels d’apprentissage de jazz ; « nombre de ses compositions ont été récompensées par le « Grammy Award » et certains de ses titres ont figuré au top du “US Billboard” », précise le site popmuse.mg...

Andy Razaf.

Jennie Maria Waller, veuve et mère à 15 ans


C’est pourtant dans l’indifférence et l’anonymat qu’Andy Razaf, enfant de Harlem, poète engagé et génie méconnu, journaliste militant et parolier de talent, descendant de la famille royale de Madagascar par son père et d’une famille d’esclaves des USA par sa mère, meurt le 3 février 1973 à Hollywood.

Mais remontons aux sources de cette histoire... Le 16 décembre 1895, Jennie Maria Waller [1], 15 ans, veuve depuis quelques semaines de Henri Razafinkarefo, donne naissance à un garçon qui grandira dans Harlem et deviendra l’un des plus grands paroliers de jazz des années 30.

À suivre : Les flamboyants de l’exil, épisode 8 :
Andy Razaf, jazzman au destin cabossé (8)

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros


À lire aussi :


Biographie d’une reine contrainte à l’exil


« Ranavalona III, dernière reine de Madagascar », biographie d’une reine contrainte à l’exil, par Jean-Claude Legros, Editions Poisson Rouge, 2018 /

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Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Fille de John Lewis Waller — sans lien de parenté avec la famille de « Fats » Waller — [1850-1907].

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