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Sport et écosystème

Grand Raid et Parc National sont-ils compatibles ?

2 mai 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Grand Raid et Parc National des Hauts peuvent-ils continuer de coexister sans se nuire réciproquement ? Dans le Mercantour, cette question a été tranchée par un coup d’arrêt aux épreuves sportives, rapporte Nice-Matin.

« Incompréhensible et injuste » ! Le député-maire de Nice, Christian Estrosi, a vivement réagi à l’annonce de l’annulation d’une manifestation sportive — Prom’Gélas, une épreuve alliant vélo et ski alpin — prévue dans le parc du Mercantour pour ce 11 mai, tandis qu’une autre manifestation sportive emblématique, le « Trail du Cro-Magnon » (sic), est sommée de modifier son itinéraire. Obstacles à ces deux évènements : les normes environnementales renforcées par la direction du Parc National du Mercantour, dont la mise en œuvre pourrait bien se traduire par un coup d’arrêt aux épreuves sportives dans le cœur du parc. Celles-ci seraient alors contraintes de se replier dans la zone d’adhésion où « les sports s’exercent librement ».

Dans la foulée, le président du conseil général, Eric Ciotti, a interpellé ni plus ni moins que la Ministre de l’écologie et demandé une « réunion extraordinaire du conseil d’administration du Parc National du Mercantour pour faire reconsidérer sa position » !

« Les compétitions sportives sont-elles menacées dans les zones cœur des parcs nationaux, véritables sanctuaires de la biodiversité ? interrogeait ce mardi 29 avril nicematin.com. « Une nouvelle réglementation, plus protectrice, ne permet plus en tout cas de les organiser annuellement mais seulement de manière “occasionnelle” », note le quotidien.

L’augmentation de la fréquentation du Parc National du Mercantour « accentue les problèmes en matière d’environnement : dérangement des animaux, destructions de plantes protégées, piétinements et ravinements en secteurs vulnérables ».

Autres cieux, autres mœurs. A La Réunion, non seulement le Parc National des Hauts autorise maintes manifestations sportives en son cœur, mais il y participe activement : ainsi, des employés sont directement engagés dans la course, affectés à des missions de sensibilisation à l’environnement, ainsi qu’à des actions de propreté pendant la manifestation. Exemples les plus significatifs : le « Grand Raid » (Diagonale des fous), et ses versions soft : le « Trail de Bourbon » et le « Parcours de La Mascareignes » (sic)...

Un bon « coup de main » aux frais de la Princesse, dont s’enorgueillit le Parc National de La Réunion. « Tout au long du parcours », nous dit le site internet de l’institution au sujet du “Grand Raid 2012”, « des agents de l’établissement seront également présents, afin de veiller à ce qu’il n’y ait pas de dégradations (jets de déchets mêmes dégradables, prises de raccourcis, prélèvements de végétaux) sur les zones les plus fragiles traversées par la course, et sensibiliser le public ». Le Parc National pousse donc le zèle jusqu’à « veiller à ce qu’il n’y ait pas de prises de raccourcis » ! Les raccourcis et autres chemins de traverse présentent certainement un écosystème plus fragile. Un travail effectué aux frais du contribuable, dont les agents mobilisés sont, soit dit en passant, nettement moins valorisés que les « bénévoles » dont la com’ du « Grand Raid » exalte chaque année les vertus ; décidément, la compétition-phare de l’île intense dégage un discret parfum néolibéral...

Revenons à nos moutons, et à la section « Réglementation et autorisations », où la direction du Parc rappelle : « Les préconisations environnementales doivent être reprises dans le règlement intérieur de la manifestation lorsqu’il en existe un. Ce dernier doit également prévoir la pénalisation ou la disqualification des concurrents en cas de non respect de certaines de ses dispositions. Un partenariat entre les organisateurs et le Parc National est prévu : information des concurrents sur la réglementation du Parc, sensibilisation sur le plan environnemental, actions de communication (conférences de presse en commun, remise de documentations…) ».

Côté Grand Raid, on redouble d’efforts lorsqu’il s’agit de démontrer que la manifestation est « écolo-compatible ». Le site de la « Diagonale des Fous » multiplie ainsi les recommandations, voire les menaces. Pour preuve, dans le règlement, il est clairement stipulé à l’article 18 que les « pollution et dégradation des sites par les concurrents ou par leur assistance » sont des « motifs de disqualification ». Au moins, la sanction est-elle clairement énoncée.

« Nous aimons notre nature, protégeons-la ! » exhorte le site du « Grand Raid » qui d’un côté prévient que « tout concurrent des trois courses devra être porteur de son gobelet réutilisable » et, de l’autre côté, lance sur les sentiers du « territoire protégé d’exception » que constitue le cœur du Parc National, des centaines — plus de 5.000 selon le site ile-reunion.pressecologie.com — de “crapahuteurs” et de bénévoles, organisateurs, équipes médicales, équipes de ravitaillement, etc. Pourvu qu’ils soient tous équipés d’un « gobelet réutilisable » et le coeur de parc inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco sera ainsi épargné.

« Aucun gobelet jetable sur la course » ! Ce mot d’ordre plein de bon sens fait cependant voisinage avec des chiffres contradictoires puisque les « gobelets jetables » sont estimés à 30.000 ! Il faut admettre que l’opération « gobelets réutilisables » devrait permettre de « diviser par cinq le nombre de gobelets jetables : 30.000 utilisés au lieu de 150.000 » ! Sur ces 30.000 gobelets jetables utilisés, combien finiront sur le parcours ? La même question se pose d’ailleurs pour les vertueux « gobelets réutilisables »...

« La « Diagonale des fous » est une grande machine logistique », affirme le site du « Grand Raid ». Nous n’en doutons pas et les chiffres livrés le confirment.

L’exemple des gobelets n’étant que le haut de l’iceberg, voici donc des données qui confirment l’ampleur du phénomène. Un tableau est publié en ligne concernant le ravitaillement. Un poste essentiel.

La liste des courses n’est cependant pas complète, ce n’est qu’un extrait nous prévient-on... Outre les gobelets — qui sont en fait au nombre de 60.000 —, on trouve donc 15.000 assiettes en carton, 12.500 petites cuillères, 6.000 couteaux, 7.000 fourchettes, 700 rouleaux de papier toilettes, 1.400 sacs poubelles...

Un total de 12.150 kilos de denrées alimentaires, matériel de logistique et de transmission qui sont transportés à l’occasion du « Grand Raid » qui précise que « nul autre événement dans l’île de La Réunion ne mobilise de tels moyens de transports » et que « toute nourriture fournie par l’organisation devra être consommée sur les stands de ravitaillement pour éviter que les emballages ne soient jetés sur les sentiers ».

Geoffroy Géraud Legros

Sur le site du « Grand Raid », les recommandations pour des « courses propres » démontrent par leur existence même que ces courses sont loin d’être propres. Et quand bien même elles le seraient — c’est à dire qu’aucun déchet ne finirait dans la nature ce qui relève de l’utopie —, il restera toujours la question lancinante et sans réponse (malgré quelques interrogations émises ici et là) de l’impact environnemental produit par plusieurs centaines de coureurs lancés sur des sites réputés fragiles, sensibles et protégés... Lancinante et sans réponse, dans l’espace public. Car la réalité du Grand raid est bien connue : des « tonnes de déchets », rapportait le maire de Saint-Philippe ex-commune organisatrice. « Des paquets de m... », nous dit en termes moins fleuris un charmant bénévole. Rien d’étonnant : par quelle bourde de l’effet Coriolis les coureurs seraient-ils propres à La Réunion et makotes en Mercantour ? Personne, bien entendu, n’est contre le beau sport. Mais il faudrait tout de même que « Grand Raid » et « Parc National » cessent de nous prendre pour des imbéciles. Comme dit le patois, na ankor d’moune vilin, mé...na pi d’kouyon
Lu sur le site du Grand Raid :
Le Grand Raid, le Trail de Bourbon et la Mascareignes sont des courses propres.
- Les sentiers et les alentours des postes de ravitaillements doivent être aussi propres après le passage des concurrents qu’avant leur passage. Buvez et mangez dans l’enceinte des postes de ravitaillement et utilisez les gobelets qui vous seront remis sur place.
- Le biodégradable pollue : nous avons tous tendance à croire que le biodégradable est « absorbé » par la nature. Les restes alimentaires (peaux d’oranges, de bananes, morceaux de pain...) nourrissent les rats et autres animaux nuisibles.
- Enfin, pour les récalcitrants, l’article 20 [1] du règlement prévoit des sanctions contre les pollueurs. Nous serons très vigilants sur ce point et éventuellement répressifs.

Photo "7 Lames la Mer"

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

Notes

[1Contrairement à ce qui est écrit sur le site du « Grand Raid » et reproduit ici, l’article pertinent n’est pas le 20 mais le 18, l’article 20 concerne les réclamations et pourrait peut-être inspirer les « pisteurs de cochons » qui ne chassent guère sur les sentiers du « Grand Raid ».

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