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Andains : les Réunionnais bientôt pris en otage ?

17 janvier 2016
7 Lames la Mer
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Les citoyens n’ont pas à faire les frais des gesticulations des vendeurs de galets.

Nouvel acte de la pénible comédie des roches destinées au chantier de la Nouvelle route du littoral : Jonathan Rivière, extracteur emblématique d’andains (ces gros « kap » extraits plus ou moins légalement des champs et des carrières pour être déversés dans l’océan entre La Possession et Saint-Denis) appelle à constituer demain un convoi de camions en direction de la capitale. But : déposer des « motions » à la Préfecture, à la Région Réunion et au siège de la SBTPC-OI. L’expédition devrait s’accompagner d’un dépôt de galets devant les institutions visées.

A l’appui cet (énième) appel à la mobilisation, l’entrepreneur établit un triple constat : « le groupement » (SBPTC-Vinci, NDLR) aurait « cessé d’acheter des roches avec les entreprises réunionnaises »" (....) « les agriculteurs n’ont pas replanté afin de laisser les entreprises intervenir sur leurs champs, qui ne seront pas épierrés »" (...) « de nombreux emplois directs et indirects sont menacés ».

L’auteur de cette prose affirme devoir lui-même renoncer à l’embauche de 15 chauffeurs. Le hasard faisant bien (ou mal) les choses, celle-ci devait avoir lieu demain.

Embouteillages à l’horizon ? Il y a quelques chances de voir des entrepreneurs minoritaires ralentir le trafic routier — qui sait s’il ne leur viendra pas à l’idée de « boucher le chemin »...

Ériger des barrages routiers fait partie du répertoire de contestation réunionnais ; les barricades sont même souvent vues d’un bon œil par les automobilistes qui admettent que les jeunes en quête de travail ou les salariés sous-payés n’ont guère d’autres moyens de se faire entendre. Quand la cause est juste, le Créole dit d’une seule voix Vive les barricades !

Rien, en revanche, ne justifie une quelconque solidarité envers Jonathan Rivière et ses amis. L’apport de roches malgaches n’est que l’application logique du programme de Didier Robert ; il est indispensable au projet de Nouvelle route du Littoral. Il est de notoriété publique que des entrepreneurs prospectent à Madagascar depuis 2010 dans cette perspective ; les médias réunionnais ont régulièrement fait état des tractations en cours dans la Grande île et sur des rivages plus lointains. Après quelques tergiversations, la Région Réunion a fini par admettre le caractère inévitable de l’importation des précieux galets. De plus, le scrutin régional a offert l’occasion aux exploitants de carrières et aux transporteurs de contester l’introduction de ces matériaux.

Et il y a urgence à régler la question tant le blocage (du chantier) semble à l’ordre du jour. D’un côté, l’île entière ne peut fournir les 19 millions de tonnes de roches massives nécessaires à la finalisation de l’ouvrage ; l’importation de roches, dont il faut concevoir le prix et les contraintes sanitaires qu’elle impose, ne saurait être sérieusement inscrite à l’ordre du jour. De l’autre, donnant raison après un quart de siècle à Jacques Lougnon, qui conseillait aux technocrates de « numéroter leurs tétrapodes » lors de la construction de la première route du littoral, les tétrapodes « nouvelle génération », nommés « accropodes » sont notoirement affectés d’une fragilité telle que, pour tout dire, cette caractéristiques a des allures de vice caché.
Pour la blague, on pourrait dire que le tétrapode té "trape pa", l’acropole i "accroche pa".
Fabrication au rabais d’un matériau pourtant essentiel, dans le but d’abaisser les coûts ? Manque de réflexion en amont sur le dispositif à employer pour endiguer les flots ? On ne tranche pas dans les milieux concernés, qui nous informent de ces malfaçons mais ne peuvent point en dire la cause, soit qu’ils en ignorent le détail, soit qu’ils ont peur de subir les foudres d’un univers public-privé, véritable Etats dans l’Etat, où la transparence n’a pas droit de cité. Toujours est-il qu’au travers des embrouilles picrocholines de Jonathan Rivière apparaît l’impossibilité d’achever la route vie la réalisation d’une « digue ». Et tant mieux : celle-ci serait particulièrement dommageable à l’environnement.

À l’issue du scrutin régional, qui a vu le triomphe de son candidat Didier Robert, Jonathan Rivière criait sa joie sur toutes les antennes, agitant une serviette destinée, selon lui, à « essuyer les larmes de Thierry Robert ». « Vinci » est une multinationale ; avec l’accord du maître d’ouvrage et comme elle l’avait annoncé, elle va chercher au-delà de la mer les roches qui lui manquent. Et si elle n’y parvient pas, elle fera autre chose mais ce quelque chose ne se fera pas au bénéfice de Jonathan Rivière. Pour l’heure, fort logiquement, « Vinci » n’achète plus les galets de M. Rivière, qui ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Les agriculteurs n’ont pas planté en espérant vendre leurs andains ? Ils ont eux-même choisi leur sort en votant et en faisant voter pour un schéma qui laisse les mains libres aux grandes entreprises du BTP.

On ne saurait donc accepter que ces entrepreneurs troublent la circulation et perturbent l’économie du pays pour la défense de leurs seuls intérêts ; les Réunionnais n’ont pas à faire les frais de leurs erreurs.

GGL

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