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Conférenciers : drôle de genre...

A propos des « spécialistes »…

4 mars 2013
Geoffroy Géraud Legros
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La Réunion reçoit régulièrement des conférenciers, censés nous apporter un éclairage sur les grands débats dont, géographie oblige, nous serions paraît-il par trop éloignés. La distance avec la « Métropole » a bon dos, et le syndrome de la gouyave joue à plein... Hier Etienne Chouard, économiste délirant, aujourd’hui Pascal Trotta, spécialiste auto-affiché de la théorie du genre. Sous prétexte d’information et de débat, notre pays est le théâtre d’un ballet régulier de demi-savants et de chercheurs qui n’ont jamais rien trouvé...

L’organisation de conférences, en présence d’invités venus de métropole et de l’étranger est une tradition bien établie dans la sphère culturelle et – le terme est décidément à la mode — « citoyenne ». On s’en féliciterait sans nuances, si ces manifestations ne donnaient malheureusement bien souvent lieu à l’importation de personnages douteux ou tout au moins, d’intervenants qui usurpent le label de « spécialistes » que leurs hôtes sont prompts à leur attribuer — sans doute pour se faire mousser eux-mêmes. Il y a quelques mois, c’est le groupusculaire Parti pirate qui avait invité un certain Etienne Chouard, réputé et surtout autoproclamé multispécialiste d’à-peu-près tout ce qui se veut « antisystème », autre label à la mode.
En fait de spécialité, M. Chouard, qui enseigne l’économie en lycée, attrape un peu partout des morceaux de théories, multipliant les erreurs et puisant ses analyses économiques dans des ouvrages qui voient dans la « juiverie » le fondement de l’organisation économique capitaliste et de ses tares. Un personnage bien ajusté aux dispositions des « Zindignés » locaux, plus aptes à se concentrer quelques minutes sur des vidéos complotistes ou sophistiques, qu’à ingurgiter de vrais livres, tels que l’excellent livre de Jacques Sapir traitant de la « démondialisation » — Sapir, que personne ne s’est bien entendu avisé d’inviter…

Mauvais genre

La semaine dernière, c’est un certain Pascal Trotta qui débarquait dans notre île, pour, annonçait-il dans nos médias, pourfendre la « théorie des genres ». La théorie des genres — en anglais « gender studies » — c’est, pour faire très très court, une série de développements de la célébrissime hypothèse posée par Simone de Beauvoir : « on ne naît pas femme, on le devient  ».
En d’autres termes — toujours en résumant à l’extrême — les rôles masculins ou féminins résulteraient d’un apprentissage social… La théorie, qui réduit l’incidence des données biologiques au profit de l’action du contexte social et de la série de déterminismes qui en découle, est fort critiquée : on ne s’offusquera donc pas qu’un intervenant soit invité ici pour la contredire. On trouve en revanche difficilement acceptable le procédé employé pour populariser les conférences de ce monsieur, qui est présenté comme un « spécialiste ». En effet, une recherche nous apprend que Pascal Trotta, radiologue de son état, s’intéresse de surcroît à l’homéopathie ainsi qu’à « l’alimentation vivante ».
Présumons que tout cela est bel et bon : pour autant, ces hobbies ne font pas de ce monsieur le grand connaisseur de la théorie des genres qu’il annonce être.

De cela, on peut aisément se convaincre en lisant le courrier envoyé par l’intéressé pour annoncer sa venue : un véritable salmigondis, où la théorie du genre est qualifiée entre autre de « néo-marxiste » — alors qu’elle se proclame elle-même au-delà du marxisme — et au fondement du mariage gay, alors que les activistes du genre et autres « queer » vomissent notoirement le lien conjugal.

Bref, M. Trotta n’y connaît rien du tout, et est venu déblatérer, au sein d’un bâtiment public qui plus est, puisque rien moins que la Mairie du Tampon a été mise à sa disposition. Alors, nous, nous n’aimons pas : pour ou contre la théorie du genre, nous nous en fichons…Mais jusqu’à nouvel ordre, la qualification de spécialiste requiert des publications sérieuses, un travail de recherche reconnu et une audience parmi les pairs, fut-elle réduite à un groupe d’avant ou, pourquoi pas, d’arrière-garde. « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » : telle est, depuis Platon, la règle qui régit la revendication du savoir et de l’expertise. Et nous pensons, nous, que les Réunionnais méritent mieux que les constants défilés de demi-savants et de chercheurs qui ne trouvent rien.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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