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Ni art’rouv

Wilhiam Zitte : le dernier marronnage

22 juin 2018
7 Lames la Mer
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« Je me suis toujours construit sur la dissidence et la polémique », disait Wilhiam Zitte. Le grand Kaf Rebel [cafre rebelle], l’inventeur de l’arkréolozi [artcréologie] est parti pour le dernier marronnage. Celui dont on ne revient pas, lot koté la vi. Kaf la baré...


Wilhiam Zitte, présentant ses pochoirs lors de la fête "Alé Marcel", à l’occasion de la fermeture du mythique bar de Marcel Coupama. Photo vollard.com


Le sourire d’un « Kaf an tol »


Il y avait une flamme dans le regard de Wilhiam Zitte. Le reflet d’un temps ancien qui continuait de bruler à travers ses yeux. Etait-il hanté par la saga des ancêtres, ceux qui avaient ouvert et perpétué le chemin du marronnage ?

Wilhiam Zitte était leur flambeau passé de mains en mains, par dessus les sépultures anonymes, dans l’intimité de l’île et de ses remparts. Ancêtres et visions...

Il y avait de la poésie dans le sourire de Wilhiam Zitte, et une infinie tendresse, un « ti g’inn » de malice. Le sourire d’un « Kaf an tol » [cafre en tôle, cafre en taule] qui ne croyait qu’en un Dieu, celui de la liberté.

Merci à François Orre. Hommage.

Au grand cercle des complicités créoles : arkréolozi


Il y avait de la jubilation dans le rire de Wilhiam Zitte, un écho. Qui résonne toujours au cœur de ceux qui l’ont aimé.

Cette flamme, cette poésie, cette jubilation lui faisaient un visage enfantin sur lequel planait en permanence un air d’incrédulité, d’étonnement.

Je me souviens de lui, dans les années 1990. Il habitait une petite case créole à Saint-Leu où l’on entendait la mer battre. Il riait plus fort que la mer. Il cultivait la dalonerie, au grand cercle des complicités créoles : arkréolozi [artcréologie].

"De moun 97.4", de Wilhiam Zitte

« Gardien » insoumis d’un fonnkèr réinventé


Je me souviens de lui en 1999 dans un grand hangar des docks du port de la Pointe-des-Galets, le magasin D2. L’espace était monumental et le rire de Wilhiam résonnait contre les structures en tôles. « Ancêtres et visions », exposition collective placée sous le signe de l’indianocéanie.

Je me souviens de lui à l’artothèque [1], « gardien » insoumis d’un fonnkèr bousculé, renouvelé, réinventé.

Je me souviens de lui, il y a quelques mois, quand nous échangions au sujet de l’artiste Noël René...

"De moun 97.4", Wilhiam Zitte

« Cafre l’est joli » / « Black is beautiful »


Dans le langage de Wilhiam Zitte, il y avait des mots qui revenaient comme une litanie : cafre, mémoire, marron, marronnage, émancipation, abolition, libération, limazinèr [l’imaginaire], rituel, ancêtres...

Wilhiam Zitte était né en 1955 à Saint-Benoît. Il est décrit par l’association « LERKA » [2] comme l’un des « pionniers de la scène contemporaine réunionnaise, il s’inspire de l’histoire et des traditions populaires de son île. Son œuvre, entre peinture figurative et pochoir, a puisé tour à tour dans l’image du Noir, la mémoire de l’esclavage et la créolité. Il est l’inventeur de l’artcréologie, auteur de l’expression « Cafre l’est joli » en écho au fameux "Black is beautiful" ».

Les "Tèt kaf" de Wilhiam Zitte, collèes à l’arrière des bus, ont-elles remué les consciences ?
Photo : Jean-Noël Enilorac

Des sentiers de l’intimité aux grandes routes de l’amnésie


« Je n’ai pas de formation artistique particulière. J’étais instituteur et, dans le cadre de mon enseignement, j’essayais de trouver des techniques, que l’on pourrait qualifier de « pauvres », c’est-à-dire avec des matériaux ordinaires : le papier journal et des pigments naturels comme le safran, le massalé, les épices, les terres broyées, etc » [3].

Wilhiam Zitte a bouleversé les arts contemporains réunionnais. Mais il n’était pas que de La Réunion, il était de la mer indienne, des sommets et des ravines. Des sentiers de l’intimité aux grandes routes de l’amnésie, il a ouvert un chemin où le « kaf lé zoli ».

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Notes

[1Wilhiam Zitte a dirigé l’Artothèque du Département de La Réunion de mars 1995 à mars 1999.

[2Espace de recherche et de création en arts actuels, association créée par Antoine du Vignaux.

[3Source : africultures.com.

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