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Goutanou

Ségamaloya à la Sacem : fait !

12 octobre 2017
7 Lames la Mer
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« Nous souhaiterions pouvoir dignement dénommer notre style musical sous l’item “ségamaloya” lors de l’enregistrement de nos œuvres », écrivaient les artistes de Laklarté à la Sacem ce 4 août 2017. « La reconnaissance de votre style musical me semble parfaitement légitime », répond Jean-Claude Petit, président du conseil d’administration de la Sacem, ce 18 septembre 2017. « Ségamaloya » à la Sacem : ça c’est fait ! Prochaine étape : « Koudzok » à l’Olympia le 29 octobre.

Séga’El, Jean-Bruno Escyle, Pael Gigan et leurs dalons musiciens.

Nou viv an ségamaloya !


« Nou viv en ségamaloya / J’ai le sang des bourreaux et celui des victimes / Ma peau a la couleur du hasard de l’amour / Mèt le son nout nasyon / Na kraz nout ségamaloya / Va fé koul delo si ton fron / Nou viv an ségamaloya... » [1]

Séga’El, Pael Gigan et Jean-Bruno Escyle sont les têtes de proue d’un groupe d’artistes réunionnais qui se sont fixé pour objectif de faire vivre et reconnaître le « ségamaloya » comme un vrai style musical réunionnais.

« À force de jouer mon séga depuis plus de 25 ans, d’écouter mes « dalons maloyeurs » et d’interpréter moi-même des compositions à base de maloya, je me suis interrogé sur l’existence ou pas d’une frontière entre le séga et le maloya », écrivait Jean-Bruno Escyle, connu comme le leader du groupe Apolonia, dans une tribune libre publiée en 2016 [2] sur 7 Lames la Mer.

"Le shéga, danse des noirs". Lithographie d’Adolphe d’Hastrel.

Séga-maloya unis sans trait d’union = ségamaloya


Le processus de réflexion autour de la musique et de l’identité réunionnaise engagé par ces artistes dans la mouvance de « Laklarté » [3] amène une réponse nourrie par l’histoire et par une réelle adhésion populaire : séga et maloya sont unis. Séga-maloya unis sans trait d’union = ségamaloya !

« Nous sommes souvent confrontés, lors de nos dépôts d’œuvres auprès de la Sacem à ce choix de classification de notre style musical, explique Laklarté. Par défaut, nos œuvres se retrouvent soit dans la world music, la musique traditionnelle et/ou la variété française, faute d’une identification propre. Fiers de notre style musical, nous estimons urgente sa reconnaissance... »

Scène de maloya au Port, années 1970, fête de Témoignages.

Du « bal des Noirs » au ségamaloya


C’est chose faite depuis ce 18 septembre 2017. Dans sa réponse à la requête portée par Laklarté, la Sacem s’engage à mettre en œuvre les modifications nécessaires (notamment sur le plan informatique) « pour prendre en compte cette information nouvelle au niveau du processus de déclaration des œuvres en ligne ».

Cette victoire, dont la portée est tant pratique que symbolique, constitue une nouvelle étape dans l’évolution de l’histoire de la musique à La Réunion.

À l’origine, au « bal des Noirs », les esclaves chantaient, jouaient et dansaient le « séga originel » ou « séga primitif » — qui engendrera le maloya contemporain —, à l’occasion de cérémonies d’hommage aux ancêtres.


Mythologie réunionnaise et consensus insulaire


Tel un chaudron, l’univers de la plantation sucrière mêlait les différentes cultures : chants-musiques-danses-transes des esclaves malgaches et africains, rituels des engagés originaires du Sud de l’Inde, pratiques européennes des propriétaires. Le processus de créolisation était en marche.

Issu du frottement entre « séga originel » des esclaves et des engagés et musiques, danses et chansons européennes des propriétaires (quadrille, scottisch, valse, polka, mazurka, etc.), le séga, genre musical festif, sans charge sacrée, trace une nouvelle voie autour de la musique et des traditions ancestrales. La coexistence historique des deux termes — séga et maloya —alimente une confusion féconde qui participe de l’architecture de la mythologie réunionnaise et d’un consensus insulaire relevant souvent du non-dit.

Le génie créole et le sens de la débrouille développent alors de subtils stratagèmes pour maintenir les passerelles entre séga et maloya. Les musiciens organisent le brassage et l’ambivalence des codes en mélangeant séga, maloya, instruments, partitions, rythmes. Une chanson peut très bien être interprétée en séga ou adaptée en maloya, selon l’assistance. Tout est dans la parabole et les apparences.

"Oté Maloya", disponible en CD, 2LP et en téléchargement sur les sites spécialisés habituels. Partenariat "Strut Records", "La Basse Tropicale" et "7 Lames la Mer".

Ségamaloya : « l’opéra de tout un peuple »


Dans les années 1970, le maloya électrique — ou maloya fusion, maloya progression — fait son apparition et devient le symbole d’une nouvelle émancipation collective.

À l’orée des années 1980, le maloya — classé au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’UNESCO en 2009 — commence à occuper le devant de la scène branchée et des festivals. Souvent considéré à tort comme ringard et commercial, le séga reste ancré dans les milieux populaires et demeure aujourd’hui le style musical de prédilection du pays réel.

Gageons que le ségamaloya incarnera désormais la vision du poète Alain Lorraine (1946-1999) : « l’opéra de tout un peuple ».

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Notes

[1Paroles mélangées de deux chansons : « Mèt koudzok » et « Sang mélangé ».

[2Lire la tribune libre de Jean-Bruno Escyle : « Le maloya est d’abord un séga ».

[3Laklarté : Linité Artistik Kiltirel Lang Anvironeman Réyoné Tradision Épanousamn.

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