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Architecture

Hôtel de ville de Saint-Denis : des Étuves à la rue Royale

21 avril 2017
7 Lames la Mer
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Le 21 avril 1860, l’hôtel de ville de Saint-Denis est inauguré. L’édifice qui se dresse rue Royale (future rue de Paris) a coûté plus de 800.000 francs. Sa construction a duré 14 ans. Comment s’est déroulée cette cérémonie d’inauguration ? Récit.


Des Étuves à la rue Royale


Avant d’avoir un hôtel de ville digne de ce nom, le conseil municipal de la ville de Saint-Denis se réunissait dans le magasin « Les étuves » (ancienne halle aux grains désaffectée et transformée en caserne en 1789, propriété du gouvernement), rue Maréchal-Leclerc, à l’emplacement de l’actuel grand marché couvert.

Depuis 1830, la question d’un hôtel de ville est posée. En 1834, le maire, Amédée Bédier, en fait son « projet phare » et envisage l’acquisition pour 50.000 francs d’un vaste emplacement en centre ville occupé par une maison en bois couverte de bardeaux (propriété Azéma).


Des difficultés financières retardent les travaux


En 1836, le conseil municipal acte le principe d’une construction en pierre. En 1844, l’ingénieur Pierre Grenard réalise le plan du futur édifice et le 11 octobre 1846, le gouverneur Joseph Graëb [1] pose la première pierre...

Mais des difficultés financières retardent les travaux et ce n’est que 24 ans plus tard, en 1860 sous le majorat de Gibert des Molières, que le nouvel hôtel de ville est enfin inauguré, à la suite d’un chantier qui aura duré 14 ans. La ville de Saint-Denis compte alors 37.826 habitants.


De l’hôtel de ville historique à l’« immeuble-jardin »


En 1923, le monument aux morts (positionné à gauche de la mairie) de l’avenue de la Victoire est à son tour inauguré après d’âpres débats au sujet de son emplacement.

Le 6 septembre 1979, le nouvel hôtel de ville de Saint-Denis, qualifié d’« immeuble-jardin » est inauguré (maire : Auguste Legros) sur emplacement jouxtant le bâtiment de 1860, classé entièrement « monument historique » depuis le 13 octobre 1975.



Une double haie de soldats


Dans « Le Moniteur », édition du 25 avril 1860, un compte-rendu relate en détail l’inauguration de l’hôtel de ville qui s’est déroulée le 21 avril. Une cérémonie officielle marquée par un protocole méticuleux et ouverte par trois discours : celui de Monseigneur Maupoint [2], celui du gouverneur, Rodolphe Augustin baron Darricau [3], et enfin celui du maire, Gibert des Molières. Récit journalistique d’époque... pour une longue inauguration un peu trop solennelle.

« La fête d’inauguration se fit dans le vaste salon, placé à l’étage. À l’extrémité nord de la salle, une grande estrade avait été élevée pour l’administration et le personnel officiel de la colonie.

Devant l’estrade principale, et à droite, se trouvait une autre estrade, réservée au conseil municipal. À gauche, avaient été placées les personnes à qui M. le gouverneur avait à remettre des médailles d’honneur.

À trois heures, le chef de la colonie arrivait à la porte de l’édifice, accompagné de tout le cortège officiel, et, suivant l’ordre des préséances, entre une double haie formée par un peloton de soldats de la garnison et par une compagnie de la milice.


Un parallèle entre l’église et la mairie...


Le cortège était précédé par un détachement de la gendarmerie et par la fanfare de la garnison. Le chef de la colonie fut reçu à l’entrée extérieure de l’hôtel de ville par le maire de Saint-Denis, assisté de ses adjoints et du conseil municipal, puis conduit, au son de la musique, au siège où il devait présider la cérémonie.

À droite du gouverneur Darricau, l’évêque de Saint-Denis, Mgr Maupoint, prend la parole et établit un parallèle entre l’église et la mairie...

Que d’analogies frappantes entre l’église et la mairie... « Ces maisons communes ou maisons de la commune sont : l’Église et la Mairie », déclare-t-il.


« Vive l’Empereur ! »


Après qu’il ait fini son discours, Mgr Maupoint bénit les salles de l’édifice. C’est alors au tour du gouverneur de parler. Il termine son allocation par un « Vive l’Empereur ! » repris par la foule.

Enfin, M. des Molières s’adresse au public : il rappelle l’action de ces prédécesseurs et la longue évolution de la ville de Saint-Denis. La cérémonie s’achève par la remise de décorations au maire de Saint-Denis, à Louis de Tourris, maire de Sainte-Suzanne, à MM. Lataud et Laure, chirurgiens de la marine et à une douzaine de personnalités qui se sont distinguées lors de l’épidémie de choléra en 1859. Le cortège officiel quitte alors l’hôtel de ville au son de la musique de la milice de Saint-Denis ».

Similitude des volumes et des façades. Gestes architecturaux qui se répondent comme dans un jeu de miroirs. Constante des colonnes. L’hôtel de ville de Pondichéry et celui de Saint-Denis ont comme un air de famille.

Ci-dessus, l’ancien hôtel de ville de Pondichéry. Ci-dessous, l’ancien hôtel de ville de Saint-Denis.

Ce sont les empreintes d’une « histoire partagée entre les comptoirs français de l’Inde et l’île de La Réunion », écrit un de nos contacts. Preuves à l’appui : il produit une photo de l’hôtel de ville de Pondichéry et une photo de celui de Saint-Denis.

Inauguré en 1860, l’hôtel de ville de Saint-Denis — classé monument historique depuis le 13 octobre 1975 — précède de quelques années celui de Pondichéry dont la première pierre ne sera posée que le 16 juillet 1870, après de longues années de valse-hésitation qui voient le projet initial considérablement modifié.

À l’époque, Pondichéry est décrite comme « la plus française des villes indiennes »...

Ces deux photos nous racontent un passé familier qui survit encore à travers les pierres et qui souligne des liens toujours vivaces entre ici et là-bas.

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Orientations bibliographiques : « L’album de La Réunion », Antoine Roussin • « Les gouverneurs de La Réunion », Raoul Lucas, Mario Serviable, Éditions du CRI, 1987 • Saint-Denis de La Réunion, la clef du beau pays, Mario Serviable, 1988 • « Les cahiers de notre histoire », n°12, Éditions Lacaze, 1988 • « Le patrimoine des commune de La Réunion », Flohic Éditions, 2000.

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Notes

[1Gouverneur de La Réunion du 5 juin 1846 au 13 octobre 1848.

[2Évêque de La Réunion du 23 septembre 1857 au 10 juillet 1871.

[3Gouverneur de La Réunion du 28 mars 1858 au 19 septembre 1864.

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