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Zistoire La Réunion/Madagascar

Quinola l’invisible, grand chef marron, mort libre

18 juillet 2017
Jean-Claude Legros
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Mi connaît pas si Quinola té in sorcier pou de bon, « ombiasy » bonna té i dit, mais li lavé fait in serment : jamais li va mort dans l’Ile Bourbon. Son voeu té quand même exaucé...

Marronnage la Réunion la dure deux sièc.

1663 : bann malgache la parti marron


L’année 1663, na deux colon français té sorte Madagascar la débarque dann pays Bourbon, sanm dix malgache, sept bougue ec trois femme. Bann malgache la parti marron. Comme sa même marronnage la commencé la Réunion. La dure deux sièc.

L’année 1829 bann blanc la trouve in dernier village marron, l’Ilet-à-Malheur, dann Bras de Cilaos. Navé 40 marron té vive terlà en famille. La pète inn bataille terribe : vingt-cinq marron lé mort, ec deux blanc. Té la fin de grand marronnage.

Mais marronnage té pas fini : navé encore de marron en 1848, l’année de l’abolition de l’esclavage, et même après. Bann zengagé aussi la parti marron. L’année 1892, bann garde forestier la Plaine des Palmisse la trouve in camp de marron, dann rempart « Bras de la Fenête ». Té de zengagé malgache, lavé vole chemin.

Théodore Pavie.

Maurice la commence raconté zistoire Quinola, chef marron


Théodore Pavie té in l’écrivain, voyageur, explorateur. Li lé né à Angers en 1811. Rente 1840 ec 1845, Théodore Pavie la ni la Réunion pou étudié la botanique. Comme sa même, li la fait in l’escursion dans les hauts de St-Benoit, ec in guide créole té i appelle Maurice. In soir, zot la campé dans inn grotte té i appelle « caverne malgache ».

Là même, Maurice la commence raconté zistoire Quinola, chef marron. Comme sa même, Théodore Pavie la écrit le zistoire su la chasse marron, té publié à Paris, en 1845, dans « La Revue des Deux Mondes ». Théodore Pavie lé mort en 1896.


« Anous, bann ti créole, nous la jamais voyagé »


Maurice, le guide créole, la pose son chapeau la paille su le canon son carabine. Li la commence raconté :

Anous, bann ti créole, nous la jamais voyagé. Mi connaît pas si l’ote côté la mer, toute zaffaire i change comme terlà, mais sak mi peut dire, sé que dann pays Bourbon, zaffaire i change trop vite. Ni gaingne pas suive.

Comme de l’eau : bin i défriche tellement, taleure nora pu de l’eau dans la rivière. Et nous, ti créole les hauts, kosa nous nana ? In jardin, in champ de maïs, deux-trois pied de vacoa pou fait de tente ec bertelle.

"Note métier, sé la pêche. Le resse du temps, nous sar la chasse cabri sauvage". Illustration d’après une lithographie d’Antoine Roussin.

« Faudra ni sar rale la pioche nous-même ? »


Kosa i lé note métier ? Bin trois jour par semaine, note métier, sé la pêche. Le resse du temps, nous sar la chasse cabri sauvage, mais que lé de plus-en-plus rare ; la chasse merle, mais i tarde pas que nora pu. Sinon-sa, la chasse marron. Mais quand nous sera fine mette à-terre toute pied-de-bois, quand nous sera fine vann toute qualité terrain en friche, quand nous sera fine construire de village partout dans les-hauts, bin sera pu possibe de vive. Faudra ni sar rale la pioche nous-même ? La main d’oeuve i commence manqué, la aboli la traite.

Dann temps-longtemps, la traite té défendu, mais té pas aboli. Bin nous té gaingne encore de cargaison de zesclave en quantité. Déjà, le roi Madagascar, le plus puissant de la bann, Radame, li té veut pas i prend Malgache comme zesclave.

Navé le gouverneur Maurice, té in Zanglais, lavé promette ali pou la peine quarante mille piasse par an ! Oui, quarante mille piasse, sa i fait deux cent mille live de France, quate cent mille live Bourbon !

1) Portrait du roi Radama par Victor Adam. 2) Gravure du roi Radama par William Ellis.

« Moin lé sûr li na inn cargaison de zesclave pou débarqué »


Alors nous té gaingne pu de Malgache, nous té gaingne Yolof, Iambane, Makoundé, bon raleur de pioche, mais pas facile à tenir. Caf gardien-de-boeuf, ec Mozambique, costaud, bon rameur. Sa que té le moins dépaysé, té quand même bann Malgache. Zot té artrouve ici zot zébu, zot pied-de-bois. Mi souvient in jour, moin té encore inn ti marmaille, mon papa la emmène amoin la chasse cabri, en l’air là-bas, côté bann Salaze. Quand nous l’artsann, nous la vu inn voile dans la mer :

Mi parié, sa sé la « Diane », inn goélette, la dit mon papa, moin lé sûr li na inn cargaison de zesclave pou débarqué. A soir, li sera l’Anse Piton.

Jusse là-même, nous la vu in deuxième bateau té i arrive par derrière, té in bateau de guerre :
— Veille bien, la dit mon papa, li sar essaye barre la « Diane », à cause la traite lé interdit.

"Nous la vu in deuxième bateau té i arrive par derrière La Diane"... Par Michel Guyot.

« Comme sa in jour ou sera planteur... »


Quand la « Diane » la vu le bateau arrivé, elle la fait demi-tour, elle la foncé vers le large, à-la-fin té i oit pu. Le bateau de guerre la abandonné, li lé reparti. Et quand li té fine allé, la « Diane » la revenu.

L’anse Piton, de moune té fine allume de feu pou monte la goélette le chemin. Toute de moune té déjà su la plage pou guette le zesclave débarqué.

Mon papa la dit comme sa :
— Vient aou Maurice, mi sar acheté in zesclave. Ma apprann ali in métier, li va devenir in ouvrier. Na loué ali dann zatelier Sainnis pou deux piasse par jour. A la fin, nous va affranchir ali conte in bon ti monnaie, va serve pou ote dot, comme sa in jour ou sera planteur.

Na in peu, dès que zot la pose le pied su la sabe, tout-de-suite là-même zot la court cachette dann bois.

In peu lé mort là-même su la plage


Nous la parti oir le bann zesclave débarqué : noré jamais dit navé autant, dans inn ti goélette comme sa-de-là, à croire qu’anndans-là, zot té plié en deux.

Quand zot la sorte dehors, zot té plutôt mal en point : in peu lé mort là-même su la plage. Bann Malgache lavé peur té i sar tué azot, à cause zot té de prisonnier de guerre.

Na in peu, dès que zot la pose le pied su la sabe, tout-de-suite là-même zot la court cachette dann bois. In peu la jamais retrouvé, zot té parti marron dans la montagne.

In peu té i jette zot corps dann fond rempart, quand té i rattrape azot. In peu té resse en tas, assise conte in pied-debois, zot té i regarde la mer, zot té i mange pu, zot té i boire pu, zot té i aspère la mort.

"Nous la parti oir le bann zesclave débarqué". Par John Raphael Smith d’après une œuvre de George Morland.

Quinola té in grand chef marron dans les hauts


Le Malgache mon papa lavé acheté té in bon zouvrier. Nous lavé baptise ali César. Li té creuse pirogue dann pied-de-bois, pou nous allé vann Saint-Pierre. Moin té encore marmaille, li té fabrique ti bateau pou moin.

Mais mon papa té i aime pas sa du-tout :
— Malgache-là va joué anous in tour de bourrique, in jour ! Mi trouve li arsanm Quinola !
— Quinola ? Kisa i lé Quinola ?

Quinola té in grand Malgache, mais na longtemps de sa. Li la disparu. In peu i dit li lé mort. In peu i dit li lé toujours là-même. Té in grand chef marron dans les hauts.

I faut dire dann temps-là, té pas comme coméla. Nous noré pas pu allé rode zerbe ec plante comme ni fait là. Bann marron té vive en-l’air dans la montagne.

Camp de marron. Par Théodore Bray.

Zot té i mette l’huile coco su zot corps...


Na-des-fois, quand té i fait frais, zot té i allume de feu, té i oit bien depuis en-bas. Quand zot lavé faim, zot té i tsann su le littoral, zot té i pille, zot té i mette le feu, et té i gaingne pas trape azot, zot té i mette l’huile coco su zot corps, zot té i glisse comme zanguille.

Théodore Pavie la cause in coup :
— Et zot i trouve drôle ce bann zesclave i sar marron pou artrouve zot liberté ? Manière zot i abuse comme-sa, i tardera pas va décrête l’abolition !

L’abolition ? la dit Maurice, comme bann Zanglais la fait l’île Maurice ? Alors là, le jour qui fait sa, c’est moin i sar marron, pou-le-coup ! Mi connaît de zesclave la parti marron, pendant plus de vingt-an. Nous té français, nous té anglais, mais bonna té toujours caf, té toujours malgache ! Zot té i guette anous bataille rente blanc, Français conte Zanglais, zot té ni pou inn, ni pou l’ote.

"Navé in camp de marron su le bord Grand-Etang". Source : google earth.

Le « Camp Henri » té comme inn forteresse !


Zot navé in grand camp de marron dans les hauts, la Plaine des Palmisse, té i appelle « Camp Henri ». Té comme inn forteresse ! Seulement, navé point manger pou toute la bann. Alors zot navé in paquet d’ote camp plus petit, mais zot té i resse pas là longtemps.

Navé inn su le bord Grand-Etang, avant d’arrive la Plaine des Palmisse. Zot té i passe par la Ravine Sèche pou déboule su zabitation Saint-Benoit ec Sainte-Rose, et en passant par la Plaine-des-Caf, zot té i tsann su Saint-Pierre. Zot té i mange palmisse, banane, manioc, songe.

In jour, nous la décide attaque le camp de la Plaine des Palmisse. De moune Saint-Benoit la suive la Ravine Sèche, et nous, nous la suive le rempart de Bois Blanc. Nous té i marche pied-nu, nous navé note calebasse de l’eau, note fusil su note zépaule, note pipe coincé dans le ruban note chapeau, in briquet, inn ti hache dans note ceinture et deux-trois zaffaire pou mangé. Moin navé dix-sept-an. Nous la traverse Grand Brûlé. Nous la marché pendant inn journée. Té resse anous quatre heure de marche pou arrive su le plateau.

Quinola, le grand « Ombiasy », le grand-prête.
©7 Lames la Mer.

Quinola té gaingne fait l’invisibe...


Si Quinola lé ec zot, na inn la dit, nous va trouve jusse le nid, mais sera vide.
— Si Quinola té encore vivant, inn ote la dit, na longtemps nous noré trape ali.

Inn ote, té bien informé, la dit :
— Bann marron nous la gaingne trapé la dit comme sa, li té resse en-l’air dans la montagne, li té in sorcier, li té gaingne fait l’invisibe. Zot té appelle ali le grand « Ombiasy », le grand-prête.


Le nom « Quinola » navé assez pou fait peur marmaille


En-tous-les-cas, si de moune la ville lavé pas peur Quinola, à cause li té mort, de moune la campagne té i croit li té toujours vivant, et rien que son nom navé assez pou fait peur ti marmaille.

Selon moin, la dit Maurice, note guide, li té encore vivant. Li té trop malin. Moin lé sûr, li té dit pas personne où-sa li té cachette, même pas d’ote marron comme li. Mi dit sa, à cause quand moin té petit, in jour moin la bute su in vieux Malgache, cheveux blanc. Moin la rode chemin pou courir, mais li la barre chemin :

Maurice, li la dit (li té connaît mon nom), zot na in bon zesclave Malgache. Zot i apprann ali in métier. Quand li sera paré, ma monte ali in pied-de-bois. Li va taillé pou moin !

Marron té i tient-beau dans son main in bâton armé ec inn pointe en fer.

« Moin la pas dit personne kisa moin lavé vu »


Quand moin la rente la case, mon patte té i tranm, finalement moin la pas dit personne kisa moin lavé vu. Moin la toujours maginé té li-même Quinola. Nous la dort inn ti miette, trois-heure, pas plus, et nous la continué de grimpé.

In moment, moin la vu in paquet de zerbe amaillé, en travers de sentier, fait-exprès pou fait tonm de monn. Et quand moin la penché pou démaille le touffe zerbe, inn ti bâton taillé en pointe la rente dans mon genou. Bonna té diabolique. Le piège té doublé.

Et en regardant bien, nous la vu plein de ti bâton pointu planté toute côté dann chemin. Té i empêche pas in bougue avancé, mais té oblige ali avance doucement. Si sa té i rente dans ote talon, ou té risquabe resse infirme toute ote vie.

"Nous la vu plein de ti bâton pointu planté toute côté dann chemin".

« Moin té rale in peu la patte, mais moin la continué d’avancé »


Moin la verse le rhum su mon genou, moin la frotté, et moin la enmarré ec in mouchoir. Moin té rale in peu la patte, mais moin la continué d’avancé, jusqu’à-temps moin la vu inn trentaine de marron : in peu té à moitié nu, in peu navé inn couverte su zot zépaule.

Zot té i tient-beau dans zot main in l’espèce massue, sinon sa in bâton armé ec inn pointe en fer. In peu navé in couteau dans zot ceinture.

Moin la rode le vieux Malgache cheveux blanc, mais li té pas là. Noré dit zot té i sorte mangé. Zot lavé fait cuire banane ec patate sous la sann. Moin té en face l’ennemi : inn bann zesclave maigue, fatigué, mal nourri, mal habillé.


« Où sa i lé Quinola ? »


Moin té sar tire in coup de fusil dann tas, mais na inn la sifflé pou donne l’alarme. Té in Malais. Moin la vise ali, mais moin la manqué, la balle la passe côté son zoreille.

Le Malais la guette amoin, la fait amoin inn grimace et le temps que mi recharge mon fusil, toute la bann té fine fané. La troupe créole Saint-Benoit, sak lavé monte par Grand-Etang, la barre azot chemin. In bon peu de marron té tué, le resse té fait prisonnier, mais na quand même inn bann la gaingne chappé.

Où sa i lé Quinola ? moin la demandé.
— Mi connaît pas, in marron la réponn.
— Quand-sa ou la vu ali ?
— Na point longtemps, la dit le marron, Quinola lé pas mort, li veut pas mourir terlà.

L’Illustration 1901.

Devant la case i mette corne zébu pou pendillé


I faut comprann, la dit Maurice : Quinola té in Malgache, et bann Malgache i veut pas mort loin de zot pays.

Là-bas Madagascar, quand in moune lé mort, la famille i entoure la case, i tire coup de fusil toute la journée pou chasse bann mauvais zesprit. Après-là, zot i habille le mort ec son plus gaillard linge, zot i mette ali dans in cercueil et zot i sar enterre ali en dehors le village.

Si li lé riche, i amène ali ec son zancête, dans in grand tombeau. Bonna i attann ali dans zot cercueil en bois précieux. Si son famille lé pas inn grann famille riche, alors i construit inn case côté la tonm, et devant la case i mette corne zébu pou pendillé.

Na in peu i dit comme-sa, na de fois le mort i prend la forme in mauvais zesprit, li peut apparaîte devant son famille, devant son camarade et li peut cause sanm zot dans zot rêve. Na de zesclave i sorte Madagascar, bin zot lé en relation ec zot zancête. Et si zot zancête i vient oir azot trop souvent, bin zot i gaingne chagrin, zot i tonm malade, et zot i mort, pou artourne dans zot pays, pou artrouve zot zancête. Zot i croit aussi zot va revive sous la forme in pied-de-bois, in zanimaux.

Madagascar... Quinola té in Malgache, et bann Malgache i veut pas mort loin de zot pays.

« Nous la essaye tire coup de fusil, mais nous té trop loin »


Bon, la pas tout sa, la dit Maurice, mais i faut reconnaîte la Plaine des Palmisse té vraiment inn gaillard place pou fait zot village. Quand nous la déloge azot, le bann marron lavé gaingne chappé, la continué de monté jusqu’à la Plaine des Caf. Et nous la suive azot. Zot la parti cachette dans in carreau de bois de pomme. Nous la entouré. Mais bonna la glisse rente note doigt, zot la file dans la pente, jusqu’à in fond de ravine. Anous, derrière !

Pou saute la ravine, navé in vieux pied-de-bois casse-cassé, té posé en travers, mais té i gaingne passé rien qu’inn par inn. L’ote côté, navé inn forêt de fougère arborescente. Fur-à-mesure que zot té i traverse, bann marron té court dann fougère, té i oit pu azot. Nous la essaye tire coup de fusil, mais nous té trop loin. Et quand nous l’arrive su le bord la ravine, toute la bann té fine traversé.

Le premier pou passe su le pied-de-bois casse-cassé té in vieux chasseur créole. Pou pas perde l’équilibe, li té tient-beau son fusil comme in balancier. Jusse là-même, in marron la soulève le pied-de-bois pou fait capoté. Té in zesclave Malais costaud. Li la ni à bout fait tonm le pied-de-bois dans la ravine, mais le vieux chasseur créole lavé eu le temps saute su le bord. Le Malais la fonce su li, le deux bougue la commence bataille. Le vieux créole la crié :
— Tire dessus li, bonna, tire dessus li !

Bann marron té court dann fougère, té i oit pu azot.

César ec in ote zesclave Malgache té parti marron


Personne té ose pas tiré, pangar noré blesse zot camarade. Zot té trop loin, zot té l’ote côté la ravine. Deux fois mon papa la lève son fusil pou visé, deux fois li l’arbaisse son fusil sans tiré. Troisième coup, li la tiré : nous la entann in cri, noré dit le Malais té blessé. Mais li la pas largue le vieux chasseur, le deux bougue la roule jusqu’à le bord la ravine. Moin la ferme mon zyeux.

Quand moin la rouvert, toute mon camarade té i dit pas rien, zot té i guette dann fond la ravine. Dann fond la ravine, navé pu rien pou oir. Alors nous la fait demi-tour, pou rente note case.

Quand nous l’arrivé, la case té fermé. Nous la criye César, note zesclave Malgache, mais personne la pas réponn. Nous la parti oir au village : César ec in ote zesclave Malgache lavé vole chemin. Zot té parti marron.


« Deux-trois blanc la fine fait frère ec bann chef marron »


Mon papa la dit :
— Maurice, ou rappelle le ti cicatrice César navé su la poitrine ?
— Bin oui, mi souvient très bien.
— Bin fugure aou l’ote Malgache navé inn cicatrice pareil même. Ou connaît ko sa i veut dire ? Sa i veut dire zot la fait frère !
— Zot la fait frère ? Kosa i veut dire ?

Sa i veut dire zot la fait serment le sang. Zot i fait chaquinn inn coupure su zot poitrine, zot i frotte in boute gingeanm su le sang et chaquinn i mange le gingeanm na le sang son camarade. Figure aou na deux-trois blanc la fine fait frère ec bann chef marron. Asteure ou peut ête sûr jamais in marron va touche azot. Comme ou peut ête sûr na deux-trois chef marron lé protégé. Jamais i trapera pas zot.

Le vieux chef Quinola lavé monte azot la caverne.
©7 Lames la Mer

Jamais Quinola va mort dans l’Ile Bourbon


Maurice la continué de raconté. Le deux Malgache, César ec son camarade, t’après rode moyen vole in canote, pou artourne dans zot pays, Madagascar. Nous la rode azot partout, nous la pas trouvé. Bin zot i croira pas moin, où-sa le deux frère té i cachette, selon zote ? Bin terlà même, où-sak ni lé ! « Caverne malgache », té i appelle !

A-l’époque té i oit pas l’entrée, navé inn touffe pied-de-bois jusse devant. Et zot i connaît à-cause nous lavé jamais trouve zot trace ? Bonna té malin, zot té i vient pas là à-pied. Nous noré vu zot trace dans la terre, dann zerbe crasé. Non, zot té tsann terlà ec la corde. Et té le vieux chef Quinola lavé monte azot la caverne. Le vieux prête cheveux blanc lavé cachette terlà pendant des-année. Et li té resse là li tout seul, la point in marron té i connaît chemin. Si le chef Quinola la dit César son secret, té à cause César té son famille.

Mi connaît pas si Quinola té in sorcier pou de bon, « ombiasy » bonna té i dit, mais li lavé fait in serment : jamais li va mort dans l’Ile Bourbon. Quand la saison-des-pluies la commencé, Quinola la amène le deux frère Malgache dans in fond de ravine, où sak zot té i boire l’eau de source, té i sorte en l’air là-bas dann montagne Salaze.

Le vieux Quinola té i cause pas dann vide, li té in savant dans son pays... D’après une œuvre de Paul Sortet.

Quinola té in savant, in poète, in musicien...


Li la monte azot in grand pied-de-bois, li la dit comme sa :
— Mon zenfant, zot i oit ce pied-de-bois ? Bin ni sar creuse ali pou fait inn pirogue, pou nous artourne dann pays noute zancête. Mi connaît bann zétoile dann ciel, zot va monte anous chemin. Quand le blanc la tire amoin dans mon pays, nous la prend trois jour pou arrive ici. Trois jour de traversée et nous arrive noute case : zot nora inn femme, zot nora de zenfant, et moin m’artrouve mon bann zancête !

Le vieux Quinola té i cause pas dann vide, li té in savant dans son pays. Et li té aussi in poète, in musicien : li té compose chanson, bann zesclave malgache té i chante quand zot t’après coupe canne.

Sous la puie, zot la creusé inn pirogue dans le grand pied-de-bois.

Quinola té i raconte zistoire Madagascar pou encourage azot


Le deux frère la commence travaille tout-de-suite là-même. Zot la profité quand navé l’orage pou batte à terre le grand pied-de-bois. Zot la mesure la longueur pou fait inn pirogue pou trois monn et zot la creusé. Travail té dur. Zot té obligé de resse sous la puie, la caverne té trop loin. Zot té obligé de resse cachette, le blanc té i envoye zesclave pou espionné (té i promette azot la liberté).

César té i travaille ec la hache, li té taille le pirogue. Son frère té i creuse l’intérieur ec in tison. Quinola té i raconte zistoire Madagascar pou encourage azot. Les deux frère té même pas sûr zot noré gaingne traversé. Mais zot té fait sa pou Quinola.

Le vieux sorcier té i répète :
— Courage, mon zenfant, zot i sar pas laisse amoin mourir terlà !

Enfin la pirogue té fini. Asteure té inn ote travail pou fait tsann ali jusqu’à la mer. Quand zot l’arrive en bas dans la rivière, zot la mette la pirogue dann l’eau pou essayé. La pirogue té i flotte impeccabe !

La pluie pou achève azot...

César la priye le bann vague pou amène azot jusqu’à la Grann Ile


Quinola la assise à l’arrière, César la mette ali devant, à la proue, et son frère la mette ali rente les deux. Quand zot l’arrive su la barre de galet, à l’entrée de la rivière, té déjà minuit.

Mais avant attaque la mer, le deux frère la fait inn cérémonie : César la prend de l’eau dans inn feuille ravenale, li la passe à genou dans la mer, li la envoye l’eau de mer su la pirogue et li la priye le bann vague, pou qui amène azot jusqu’à la Grann Ile, pou qui protège azot conte bann négrier, conte bann zécueil sous de l’eau, conte bann bébête dans la mer. Après-là, César la court vitement pou enterre la feuille ravenale sous la sabe, li la pousse le canote vers la mer et li la saute dedans.

La pirogue té bas su la mer. Le trois Malgache navé jusse trois-quate mille pou faire. Mais vitement le bois vert la commence prann l’eau, la pirogue té de plus en plus lourd, té i commence enfoncé. Zot té i gaingne pu manoeuvré, zot té entrainé sous le vent, té pas le chemin pou allé Madagascar. Le canote té tellement enfoncé dann l’eau, le deux jeune Malgache té obligé de nage à côté, chaquinn son tour, pou allégé.

Le trois Malgache navé jusse trois-quate mille pou faire.

Son voeu té quand même exaucé...


Bonna té fatigué. En plus navé la pluie ec la houle pou achève azot. Deuxième jour, na in bateau la vu azot : le rameur à l’avant té i rame pu. Sak té dann l’eau, à la poupe, té accroché ec le canote. Tout jusse si li té gaingne tient-beau son tête dehors.

Quand bann marin la criye azot, sak té à-l’avant, dans le canote, la saute dann l’eau, et li la parti rejoinn son camarade à l’arrière. Le deux Malgache la serre la main et zot la plongé. Bann marin la attann azot remonté, mais au bout de trois minute, zot la compris le deux bougue i armonterait pu.

Té i resse Quinola, tout seul dans la pirogue. Le capitaine la envoye in canote pou ramène ali dann bateau, mais quand bann matelot l’arrive côté Quinola, zot la compris à cause les deux-ote Malgache lavé pique au fond, pou plus remonté : Quinola té mort ! Li té pas mort dans son pays Madagascar comme li noré voulu, mais li té pas mort dann pays Bourbon non plus. Son voeu té quand même exaucé.

Té i resse Quinola, tout seul dans la pirogue...

Quinola la donne ali le secret la caverne...


Théodore Pavie la demann Maurice, le guide créole :
— Mais kisa la raconte aou la fin le zistoire ?
— Bin, figure azot, c’est in zesclave marron la raconte amoin. Mi connaît ali bien. Mi laisse ali tranquille, à cause son maîte lé mort. La point personne pou réclame ali. Li té camarade Quinola. Quand li la parti, Quinola la donne ali le secret la caverne. Sé la caverne que nous lé dedans. A cause sa-même, quand nous l’arrivé, moin la tire in coup de fusil en l’air. Té pou dit le marron : Dégage aou ! Laisse anous la grotte pou la nuite !

Comme sa même Théodore Pavie la dort dans « caverne malgache » , la caverne Quinola, chef marron. Comme sa même li la raconte le zistoire Quinola, chef marron, dans inn revue, té i appelle « La Revue des Deux Mondes », en 1845.

Trois-an après-là l’esclavage té aboli la Réunion, en 1848, treize-an après l’Ile Maurice.

Jean-Claude Legros
Traduction d’après le texte de Théodore Pavie

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