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7ème art

Quand La Réunion accueillait Jean Marais [et Hitchcock ?]

9 novembre 2018
7 Lames la Mer
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Un jour d’août 1975, le petit aéroport de Gillot accueillait un acteur emblématique et diffusait un curieux message audio...

Jean Marais s’engouffre dans une R16 avec chauffeur. Photos @ Jean-Claude Legros. 1975.

Quand l’ombre d’un doute planait sur l’aéroport de Gillot...


Dans les années 1960/1970, il était courant d’aller à l’aéroport de Gillot même si l’on n’attendait personne, histoire d’admirer les avions. L’insularité crée des espaces de frustration et de fantasmes.

Ce jour d’août 1975, les voyageurs en provenance de Paris descendent de l’avion et accèdent au petit aéroport de Gillot à Maperine lorsqu’un message est diffusé par haut-parleur dans le hall : « Votre attention s’il vous plaît, M. Hitchcock, passager à l’arrivée, est prié de se présenter au guichet numéro 17 ». Moment de flottement ; l’absence de prénom dans l’annonce laisse planer l’ombre d’un doute. Le maître du suspense voyagerait-il incognito selon le principe de la loi du silence ?

A défaut d’un Alfred Hitchcock, c’est la haute silhouette de Jean Marais qui se dessine au loin sur le tarmac réunionnais et traverse une rangée de regards incrédules. Sur place, équipé de son appareil photo, Jean-Claude Legros profite de l’occasion pour réaliser quelques clichés de l’acteur mythique, veillant tout de même d’un œil l’apparition du légendaire cigare hitchcockien.

Jean Marais débarquant à Gillot.
Photo : © Jean-Claude Legros. 1975.

« A La Réunion, Jean Marais roule en Renault »


Fatigué par le long voyage, Jean Marais s’engouffre dans une Renault 16 blanche qui démarre sur les chapeaux de roue comme si elle avait la mort aux trousses, direction un hôtel de la côte Ouest, avec fenêtre sur cour créole et pieds dans l’eau.

Bientôt, l’aéroport est déserté et les oiseaux reprennent leur « piapia » interrompu par l’avion. Le photographe est toujours là, pour le cas où « M. Hitchcock » ferait une discrète arrivée, loin de la foule. A défaut d’Hitchcock, c’est un vendeur de voitures qui entre en scène. Commercial chez le concessionnaire local de Renault, il tente [en vain] de convaincre le photographe de lui remettre ses clichés, histoire de les utiliser dans une pub du style : « A La Réunion, Jean Marais roule en Renault ».

Et toujours pas d’Hitchcock ! Soupçons... Et s’il était passé sans se faire remarquer, se fondant dans la foule, à la manière de ses propres apparitions fugitives dans ses films ? Le lendemain, en cinquième colonne à la Une, le journal local titrait « Jean Marais à La Réunion »... mais rien sur « M. Hitchcock, passager à l’arrivée ».

Jean Marais.

Jean Marais, la beauté éternelle


Jean Alfred Villain-Marais incarnait la beauté éternelle. Connu sous le nom de Jean Marais, ce Dieu grec du cinéma ne se contentait pas de l’esthétique proche de la perfection dont la nature l’avait doté. Acteur pour le grand écran et au théâtre, il était aussi sculpteur, poète, céramiste, écrivain, metteur en scène, peintre, cascadeur, etc. Vivant ouvertement son homosexualité, il a partagé ses plus belles années avec Jean Cocteau.

Né le 11 décembre 1913 à Cherbourg [un jour sans pluie], il est mort à 84 ans le 8 novembre 1998 à Cannes [un jour sans festival]. « La Belle et la Bête », « Fantômas », « Orphée », « Le Bossu » [celui inspiré de Paul Féval], « L’éternel retour », « Le capitaine Fracasse », « Les mystères de Paris », « La princesse de Clèves », « Le Capitan » — quelques œuvres parmi les plus populaires de sa filmographie — montrent l’étendue et la diversité de son talent.

Jean Marais, Nathalie Valentine Legros, Gora Patel. Coulisses, théâtre de St-Gilles, après la pièce "Le Bossu". Photo : © Jean-Claude Legros. 1975.

Quelques géants du monde du spectacle


En 1975, Jean Marais était donc invité par le CRAC [Centre réunionnais d’action culturelle] pour donner, au théâtre de plein air de Saint-Gilles, des représentations de la pièce « Le Bossu ». Avant lui, il y avait eu Jacques Brel en 1966, Jean-Paul Belmondo, Catherine Deneuve et François Truffaut en 1968, Jean Ferrat, Juliette Greco, Barbara, Claude Nougaro, Francesca Solleville, Daniel Gélin, Johnny Hallyday au début des années 70 et Graeme Allwright [1] qui séjourna 18 mois dans l’île [liste non exhaustive]. Ainsi La Réunion était-elle sporadiquement visitée par quelques géants du monde du spectacle.

Alors, notre île aurait-elle été visitée aussi [en misouk] par « M. Hitchcock » ? La réponse à cette question reste pour l’heure du domaine des suppositions. Voici quelques pistes qui permettront peut-être un jour de resserrer l’étau sur cette énigme...

Claude Nougaro, théâtre de St-Gilles. Juliette Gréco dans sa loge, théâtre de St-Gilles. Barbara, cinéma Ritz de St-Denis. Photos : © Jean-Claude Legros.

Une « Aventure malgache » condamnée aux flammes


L’intérêt d’Alfred Hitchcock pour l’océan Indien s’exprime d’abord à travers un mystérieux court-métrage intitulé « Aventure malgache » [2], tourné en 1943... en Grande Bretagne ! Interdit pendant 50 ans par les autorités britanniques, « Aventure malgache » avait été condamné aux flammes par la censure.

Quant à l’intérêt d’Hitchcock pour l’île de La Réunion, il nous ramène d’une certaine façon à François Truffaut. On sait les liens de respect, d’admiration, d’amitié qui unissaient les deux réalisateurs. En 1968, Truffaut débarque à La Réunion avec notamment Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo [accompagné d’Ursula Andress] pour tourner « La sirène du Mississipi » [3], film adapté d’un roman noir de William Irish, « Waltz into Darkness » [Valse dans les ténèbres], publié en 1947 [4].

Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo et François Truffaut. Tournage de "La sirène du Mississipi", île de La Réunion, 1968-1969.

Des images de La Réunion dans un film d’Hitchcock ?


Truffaut aurait-il été influencé par Hitchcock dans le choix de notre île comme lieu de tournage ? Car William Irish situe son action à La Nouvelle-Orléans et François Truffaut la transpose à La Réunion.

Or au cour de son séjour de deux semaines dans notre île, François Truffaut a livré quelques anecdotes aux personnes présentes sur le tournage et notamment à Yves Drouhet qui joue le rôle du banquier dans le film.

« François Truffaut m’a affirmé qu’une scène d’un film (mais lequel ?) d’Alfred Hitchcock avait été tournée dans l’île, raconte Yves Drouhet [5]. Mais jamais on n’a pu en trouver trace dans les journaux. Or, je pense que la venue à La Réunion d’un metteur en scène de l’envergure d’Hitchcock ne serait pas passée inaperçue ».

Aéroport de Gillot, années 1960.

Réviser les classiques hitchcockiens pour trouver l’île


Si en la circonstance, Drouhet n’est pas l’homme qui en savait trop, en revanche son scepticisme est légitime. Mais l’hypothèse d’un « séjour discret » d’Hitchcock à La Réunion reste quand même du domaine du possible. De plus, il a très bien pu inclure dans un de ses films [mais lequel ?] quelques images de La Réunion sans pour autant y avoir mis les pieds, comme il l’avait fait avec l’« Aventure malgache ». Une chose est certaine : Truffaut et Hitchcock ont évoqué ensemble l’île de La Réunion. Est-ce suite à cette conversation que Truffaut se met en tête d’y tourner un film ?

Voilà donc une énigme à deux ressorts : Alfred Hitchcock a-t-il jamais séjourné à La Réunion ? Dans quel film d’Hitchcock peut-on apercevoir des images tournées à La Réunion ? Faites chauffer les lecteurs DVD ! 7 Lames la Mer s’est livré à cet « exercice » [en vain pour l’heure...] : réviser les classiques hitchcockiens. Il y a pire comme pensum.

Toujours est-il qu’on ne saura jamais si « M. Hitchcock, passager à l’arrivée » en 1975 n’était qu’un homonyme ou le célèbre cinéaste débarquant incognito dans une île de l’océan Indien.

7 Lames la Mer

Le test hitchcockien de 7 Lames la Mer

Onze titres de films d’Alfred Hitchcock se sont glissés dans cet article. Saurez-vous les identifier ?

Pour lire la solution : Le test hitchcockien de 7 Lames la Mer

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Notes

[1

De gauche à droite : Albert Weber, Boby Antoir, Bernard Vitry, Noël Gros et Graeme Allwright. Photo prise au cours d’un séjour de Graeme Allwright à La Réunion. Collection Albert Weber.

Graeme Allwright débarque à La Réunion dans la deuxième moitié de la décennie 1970 et s’installe au Port avec sa compagne, Claire Bataille, et leur fille, Jeanne (2 ans). Son projet : construire un bateau et prendre la mer.

« J’ai eu l’occasion de voir le chanteur, Graeme Allwright, qui bricolait son voilier, amarré en face du port des pêcheurs, du côté de la jetée », raconte un Portois. Un autre affirme : « Graeme Allwright vivait en tribu du côté de la ZUP ».

Un « drôle de bateau », construit en fibro-ciment. « Avec des amis, le brave Graeme avait construit un bateau mais à la mise à l’eau cette étonnante construction a tout de suite coulé. Il faut dire que le fibro-ciment question flottaison, c’est pas vraiment ça. Graeme était meilleur chanteur qu’ingénieur naval ».

Depuis, le bateau de Graeme repose par le fond non loin du port de la Pointe-des-Galets. Sans doute a-t-il pensé à son bateau naufragé lorsqu’il a adapté une chanson de Leonard Cohen intitulée : « Everybody Knows » (1988) :

« Tout le monde sait que le bateau coule
Tout le monde sait le capitaine a menti
Tout le monde emporté par la houle
De désespoir sombre dans l’oubli
 ».

[2Pour en savoir plus sur « Aventure malgache » : La mystérieuse aventure malgache d’Alfred Hitchcock.

[3Dans le titre du film, « Mississipi » est écrit avec un seul « p » car il fait référence au nom du navire des Messageries maritimes.

[5« La Réunion d’aujourd’hui, 1964/1979 », collection « Le Mémorial de La Réunion », 1980.

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