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Potémont, peintre réunionnais de l’ombre...

10 février 2017
7 Lames la Mer
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Qui est l’auteur de la lithographie intitulée « Danse des noirs sur la place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage » ? Antoine Roussin ? Adolphe Théodore Jules Martial Potémont ? Ils ont chacun signé une oeuvre portant ce titre. Deux versions fort ressemblantes : même angle de prise de vue, même impression générale... Seuls quelques détails permettent de les distinguer. Jeu des sept différences et découverte de quelques œuvres majeures de Martial Potémont.

"Paysage avec maison coloniale", gouache, 1874, Martial Potémont.

Martial Potémont, témoin de la vie dans notre île, il y a deux siècles


Qui se souvient d’Adolphe Théodore Jules Martial Potémont, à part quelques passionnés d’histoire ? Il est né à Paris il y a 190 ans, en février 1827 et arrive à La Réunion en 1847, à l’âge de 20 ans. Éclipsé par la renommée d’Antoine Roussin, Martial Potémont mérite pourtant que ses œuvres soient popularisées car elles aussi témoignent de la vie dans notre île, il y a deux siècles...

Né le 10 février 1827 à Paris, Martial Potémont arrive à La Réunion un an avant l’abolition de l’esclavage (20 décembre 1848) et devient de ce fait un témoin privilégié de l’évènement qu’il reproduira d’ailleurs dans une lithographie devenue célèbre. Il restera dans l’océan Indien pendant environ une dizaine d’années, avant de retourner en Europe.

Lorsqu’il débarque sur l’île Bourbon, Martial Potémont est déjà un artiste confirmé (peintre, aquafortiste et graveur) qui a fait ses premières armes grâce à l’enseignement de deux maîtres, Léon Cogniet et de Félix Brissot de Warville, lesquels lui ont assuré une formation classique : peinture d’histoire, portrait, paysage et initiation à la lithographie.

"Homme près d’un bassin sur un fond de montagnes", gouache et crayon, Martial Potémont.

Une contribution essentielle sur les réactions de la société coloniale


Très vite, il est inspiré par les paysages et les scènes de la vie insulaire : il produit de nombreuses œuvres sur La Réunion, l’île de France (Maurice) et Madagascar, œuvres qui seront publiées dans différents ouvrages sur les presses d’Antoine Roussin.

Il collabore notamment en 1848 à l’édition — dirigée par Antoine Roussin — de « Souvenirs de l’Ile Bourbon » qui deviendra « Souvenirs de l’Ile de La Réunion ». Il publie par ailleurs « Le soir » (10 planches - 1848), « Images comparatives » (douze planches - 1852), « Iles de la Réunion, Maurice, Madagascar » (1852-1853), etc.

Au cours de son séjour dans l’océan Indien, Potémont « réalise une exceptionnelle série qui se rattache aux événements de 1848 dans la colonie et porte un regard extrêmement critique sur la société qui l’entoure. “Les nouveaux Blancs” apporte une contribution essentielle sur les réactions de la société coloniale. » [1]

"Les nouveaux Blancs", Lanterne magique N°7, 1848, Martial Potémont. Publié dans : "De l’île Bourbon à Berlin : Le Créole - D’après Gustave Oelsner-Monmerqué"

La finesse des peintures, leur éclat, leur luminosité


Exposé il y a trois ans au musée Léon Dierx [2], Martial Potémont est revenu, l’espace de quelques semaines, sous les feux de l’actualité... presque deux siècles plus tard. On découvre dans cette circonstance notamment l’étendue de son talent mais aussi la pertinence de son oeuvre au regard de l’histoire de notre île. On est particulièrement touché par la finesse des peintures, leur éclat, leur luminosité. On s’attarde aussi sur les lithographies dont certaines ont été popularisées par « L’Album de La Réunion » d’Antoine Roussin...

Quelques recherches sur le net nous apprennent qu’une fois retourné à Paris, il poursuit son oeuvre de peintre et « réalise plus de trois cents gravures à l’eau-forte sur le vieux Paris ; ces images fixent pour l’éternité le pittoresque de certains quartiers, bouleversés pas les travaux d’Haussman en 1864 ». Il meurt le 14 octobre 1883.

"Le Barachois", lithographie extraite de l’album "Le soir", 1848. Martial Potémont.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là !


Dans le dossier documentaire de l’exposition, une phrase retient notre attention : « La renommée de cet artiste dans l’île a été éclipsée par celle de Roussin. Ce dernier s’attribue la paternité de toutes les compositions de Potémont après son départ ». Voilà une affirmation qui jette un voile inattendu sur Antoine Roussin, celui dont l’oeuvre inestimable nous permet, aujourd’hui, de porter un regard éclairé sur notre passé. Et comme dans toute situation litigieuse, les avis sont partagés...

Ainsi, dans un ouvrage consacré à Antoine Roussin (Océan Editions), les auteures, Martine Engles-Akhoun et Valérie Pascaud brossent un portrait de l’artiste sans équivoque : « homme honnête (…) il n’oubliait jamais de citer les auteurs des œuvres qu’il utilisait, fait suffisamment rare à l’époque pour être souligné ». Une manière de couper court aux mauvaises interprétations...

Le site defense patrimoine reunion974’s Blog, plaide pour une véritable reconnaissance du talent de Potémont et titre : « Rendons à Potémont ce qui n’appartient pas à Roussin » tout en insistant sur le travail gigantesque réalisé par Roussin. Et dans une interview accordée au site « Typo le mag », Bernard Leveneur, conservateur du musée Léon Dierx, rétablit habilement la réalité, au sujet de la lithographie intitulée « Danse des noirs sur la place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage » : « C’est une copie à la Roussin d’un tableau peint par Potémont ! »

La consultation des dernières éditions de « L’Album de La Réunion » nous permet de constater que la collection dirigée par Antoine Roussin contient effectivement un certain nombre de lithographies de Martial Potémont... signées « A. Potémont » (A pour Adolphe). Quant à la fameuse lithographie intitulée « Danse des noirs sur la place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage », il en existe effectivement deux versions, une de Potémont et l’autre de Roussin. Que les deux soient parvenues jusqu’à nous est déjà en soi un petit miracle. À nos yeux, ce petit miracle suffit à taire toute polémique et donne à leurs œuvres respectives une dimension qui démontre que chacun avait conscience d’assister à un évènement exceptionnel et voulait en témoigner. Au jeu des sept différences, on peut toujours se prêter : cela n’enlèvera rien au 20 décembre 1848.

7 Lames la Mer

Ci-dessus, "Danse des noirs sur la place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage", lithographie signée de Martial Potémont et imprimée chez Antoine Roussin.
Ci-dessous, "Danse des noirs sur la place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage", lithographie signée d’Antoine Roussin.
Entre les deux versions, on distingue des variations dans les détails. Par exemple, sur la version d’Antoine Roussin, des éléments ont été ajoutés : des bateaux sur la mer, un cocotier. Le silhouette du cap Bernard est plus "bombée" chez Roussin. Par ailleurs, aucun personnage n’est identique : les attitudes changent... L’agencement de la foule est lui aussi différent, de même que les nuages dans le ciel.

"Phare de sainte Suzanne", gouache et crayon, Martial Potémont.

"Paysage avec une rivière à Madagascar", Peinture à l’huile, Martial Potémont.

"La Pêche", lithographie extraite de l’album "Le soir", 1848, Martial Potémont.

"La Source" (Saint-Denis), lithographie extraite de "Souvenirs de l’Ile de La Réunion", Juillet 1849, Martial Potémont.

"Femme près d’une cascade à Madagascar", gouache et huile, 1854, Martial Potémont.

"Chasse à la tortue", Océan Indien, 1880, Martial Potémont.

"Soirée", lithographie extraite de l’album "Le soir", 1848, Martial Potémont.

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Notes

[1Bernard Leveneur, Karine Fontaine, Annick Arlaye, à l’occasion de l’exposition Louis Antoine Roussin au Musée Léon Dierx en 2008.

[2Potémont - Voyages dans les îles de l’océan Indien

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