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Île Maurice

Port-Louis : cette vieille baraque a la baraka !

1er juillet 2016
7 Lames la Mer
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La belle toute en dentelles risquait de n’être bientôt plus qu’un souvenir. À Port-Louis (île Maurice), cette majestueuse maison qui résiste au temps depuis le 19ème siècle, destinée à la démolition il y a à peine quelques heures encore, vient d’être sauvée in extrémis, sur décision du Conseil des Ministres. Preuve qu’« il n’est pas interdit de rêver » : les Mauriciens qui se sont mobilisés pour empêcher la destruction de ce patrimoine ont gagné une belle bataille.

Cette photo (de Julien Venner) a été mise en ligne sur la page facebook "Mauriciens d’ici et d’ailleurs". On y voit Dou, nostalgique, debout sous la varangue de cette majestueuse demeure qui appartenait à sa grand-mère... Heureusement, la vieille bâtisse vient d’être classée.

« Il n’est pas interdit de rêver », affirmait hier Gada Schaub Condrau, une amie mauricienne et photographe qui nous avait tagués dans un message sur facebook... Sous une photo montrant une vieille demeure créole derrière des barreaux, elle avait écrit : « Une vieille baraque aurait besoin d’un petit coup de main... Avis aux « friends » journalistes sur ma liste ».

Un petit coup de main ? Oui car le compte à rebours était d’ores et déjà enclenché : depuis le 18 juin 2016, une plaque était apposée sur la grille de la « vieille baraque », annonçant sa destruction et la construction d’une tour en béton de 12 étages.

Un délai de 15 jours était accordé à ceux qui souhaiteraient protester contre le projet. La date du samedi 2 juillet 2016 sonnait donc comme un couperet : dernier jour avant le point de non retour.

Sur la grille de la belle maison, un panneau lance un ultimatum : 15 jours pour contester...

« Une bâtisse qui a vu défiler des familles, des rires, des larmes, des histoires et des émotions humaines », s’insurgeait une internaute... tandis qu’une autre lâchait un « Cry my beloved country » [1] qui résumait la tonalité générale des autres commentaires.

Balcon ajouré, lambrequins, bardeaux sur les pentes du toit, large perron de trois marches, varangue carrelée... Quelques photos de l’intérieur de la maison, mises en ligne par « Mauriciens d’ici et d’ailleurs », laissent entrevoir des boiseries (parquet, escalier, rembarde...) joliment travaillées...

« C’est l’une des dernières et des plus belles rescapées de sa rue », explique le photographe Julien Venner sur la page facebook « Mauriciens d’ici et d’ailleurs » [2].

Derrière les barreaux, la vieille case offre un aspect toujours délicieux, à l’ombre d’une cour arborée.

Derrière les barreaux, la « vieille baraque » du 19ème siècle aux dentelles blanches et toujours fraiches fait plutôt bonne figure. Elle ne déparerait pas le catalogue de recensement du patrimoine mauricien et mériterait quelques pages dans une revue d’architecture.

Aujourd’hui, les volets sont clos comme les paupières d’un visage endormi...

« Cette maison est magique », affirme une internaute dans un commentaire posté sous la photo. Cette maison a une âme, comme beaucoup de ses semblables.

La rue Saint-Georges à Port-Louis en 1909.

La « smartcitysation » de Port-Louis est en marche ironise un autre internaute... tandis que certains confirment avoir contesté officiellement le projet.

« La mobilisation et la colère qui se sont exprimées via les réseaux sociaux — mais aussi par des lettres ou mails adressés aux autorités — seront-elles de nature à entraver la marche de ce projet d’une tour de 12 étages ? »

C’est la question que nous nous posions hier. « Il n’est pas interdit de rêver », répondait notre amie mauricienne. Et elle avait raison...

La maison sauvée ! (Source : "Sos Patrimoine En Péril")

De même qu’elle a raison lorsqu’elle écrit aujourd’hui : « ne jamais baisser les bras ! » car, ce 1er juillet 2016, la « veille baraque » a été sauvegardée sur décision du Conseil des Ministres !

La mobilisation citoyenne a pesé dans la décision du Conseil des Ministres de classer la vieille maison du 6 rue Saint-Georges dans la liste des bâtiments historiques. N’en doutons pas.

C’est une bataille hautement symbolique et tout autant concrète qui a été remportée : la vieille demeure créole de la rue Saint-Georges est désormais classée et « considérée comme un patrimoine national en vertu de l’article 12 de la loi sur le patrimoine national ». La partie est-elle pour autant définitivement jouée ? Souhaitons-le vivement.

Sur la page facebook « Sos Patrimoine En Péril » [3], la satisfaction et l’émotion sont au rendez-vous : « une grande première dans l’histoire de la conservation du patrimoine à Maurice. Une décision courageuse et bienvenue ! Une grande satisfaction également pour les citoyens qui se sont mobilisé ».

C’est la victoire du patrimoine contre le béton ! Pour une fois.

Pendant ce temps, à La Réunion, « l’île-sœur », le patrimoine et l’architecture créoles disparaissent par petites touches. La « Côte-d’Azurisation » est en marche : le béton est en passe de gagner la bataille.

Vieilles pierres, bâtisses du siècle dernier et même d’avant, boutiques d’antan, usines lontan, petites cases survivantes d’un passé qui s’estompe de plus en plus, mémoire et souvenirs sont eux aussi voués aux coups de boutoir du caterpillar... au nom d’une modernité qui cache son vrai visage : celui de l’amnésie organisée, d’un paysage désormais aseptisé et sur le point de perdre son âme.

« Il n’est pas interdit de rêver ». Et surtout « ne jamais baisser les bras ! »

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