Categories

7 au hasard 5 juillet 2015 : Grèce : ils sont vivants… et nous ? - 26 janvier 2014 : Lycées et collèges : grande grève annoncée demain matin - 23 mars 2014 : Miss Métropole ? - 11 septembre 2015 : Région, SPL Maraïna et transport en commun : chronique d’un gâchis annoncé… et désiré ? - 29 janvier : Amrita Sher-Gil, l’étrange vie de la Frida Kahlo indienne - 22 janvier 2015 : Parc National : peau d’zoeuf pou bann Créoles ? - 28 novembre 2013 : Incarcération, perquisition, saisie pour Peerally - 20 février 2014 : Ce que parler veut dire (1) - 26 octobre 2014 : Danyèl, nou lé pa fatigué ! - 23 février 2014 : Faille : Apple rate la vague Mavericks -

Accueil > La Réunion > Economie et société > Oté maloya ! 1975/1986 : la fusion prodigieuse (1)

Oté Maloya (1)

Oté maloya ! 1975/1986 : la fusion prodigieuse (1)

19 mai 2017
7 Lames la Mer
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le label londonnien « Strut Records » et « La Basse Tropicale » récidivent. Après une première collaboration consacrée au séga mauricien des années 1973/1979, à travers l’album désormais mythique « Soul Sok Séga » (2016), voici « Oté Maloya », compilation-évènement qui retrace l’époque fabuleuse du « maloya-fusion » à La Réunion : 1975/1986. Décennie prodigieuse qui voit les créateurs réunionnais explorer de nouvelles sonorités tant à travers la musique que la langue créole. « Oté maloya, ma tomber lever, ma danse à ou mêm ! » Passez les commandes ! À suivre...

"Oté Maloya", disponible en CD, 2LP et en téléchargement sur les sites spécialisés habituels.

Oh, Maloya / Tu me fais mal / Même si je tombe, je me relèverai / Je te danserai quand même


Oté maloya / O... ti fais mal à moin... L’album « Oté Maloya » réunit 19 chansons autour du « maloya fusion », éditées au cœur d’une séquence de renaissance-reconnaissance — « revival » — du maloya (1975-1986), et sélectionnées à l’issue d’un long processus d’exploration de la discographie réunionnaise par les deux DJ de « La Basse Tropicale » (île de La Réunion) : DJ KonsöLe (Antoine Tichon) et DJ Natty Hô (Dinh Nguyen).

Demand’ tantine, ki lé son dalon... « “Oté Maloya” raconte pour la première fois l’histoire de cette époque musicalement fertile à l’île de La Réunion, présentant le maloya sous son spectre le plus large, explique « Strut Records » qui vient de lancer la promotion de l’album. À travers, entre autres, les géniaux Caméléon, le classique « Maloya Ton Tisane » de Michou, le breakbeat de Daniel Sandié « Défoule 3e Age » ou encore l’approche plus traditionnelle de Pierrot Vidot et du crooner Maxime Lahope , c’est une plongée essentielle dans l’ère révolue de la soul et du blues de l’océan Indien que nous propose cette compilation ».

Maloya sur instruments improvisés, fête du journal Témoignages, organe du Parti communiste réunionnais, 1971. (Avec l’aimable autorisation de Françoise Vergès).

1975-1986 : le « maloya fusion » ou « maloya électrique » est né !


Mon dalon la pas encore paré... Dans l’histoire de la musique de l’île de La Réunion, les années 1975-1986 marquent une époque fascinante de transition et de créativité qui consacre la fusion entre le maloya traditionnel — appelé « séga » à l’origine et désignant les chants-musiques-danses des esclaves — et des influences éclectiques : jazz, funk, blues, rock, pop, psychédélique, rock progressif, jazz-rock, reggae…

Oté kabaré / O... ti fais mal à moin... Guitare basse, guitare électrique, synthétiseur, batterie (etc.) entrent alors dans le bal-maloya et s’harmonisent avec les instruments acoustiques d’origines africaine, malgache, indienne : rouleur, piqueur, cayambe, bobre, takamba, etc. Le « maloya fusion » ou « maloya électrique » est né : maloya-jazz, blues-maloya, malogué (maloya + reggae, inspiré du seggae mauricien), « électro maloya », etc.

"Oté maloya" : un partenariat "Strut Records", "La Basse Tropicale" et "7 Lames la Mer".

Classiques du maloya-fusion et perles tombées dans l’oubli


Ma tomber lever / Ma danse à ou mêm... La compilation éditée par « Strut Records » exhume des maloyas électriques jusque là quasiment introuvables pour la majorité des 19 morceaux qui composent l’album « Oté maloya » (voir la liste des titres — tracklisting — ci-après). DJ KonsöLe et DJ Natty Hô ont concocté un étonnant dosage entre « classiques du maloya-fusion » et « perles tombées dans l’oubli ».

Ma tourner virer / Ma magin’ à toué... Dans la catégorie des « classiques du maloya-fusion », on retrouve le mythique groupe « Caméléon » avec « La rosée si feuilles songes » interprété par Hervé Imare (et non par Alain Peters !) quintessence du génie créatif réunionnais ; « Commandeur » du poète Jean Albany chanté par Pierrot Vidot dans un style « roots » hérité en droite ligne de la tradition des kabars ; « Tantine Zaza », lent maloya empreint de nostalgie signé Françoise Guimbert ; l’étrange « Maloya ton tisane » porté par la voix lumineuse de Michou ; le « maloya-sorcier » de Ti Fock, « Sé pi bodié » et « Oté Maloya » du groupe « Carrousel » qui donne son nom à l’album.

Pierrot Vidot interprète "Commandeur" de Jean Albany.

L’ombre d’Alain Peters plane sur « Oté Maloya »


Oté maloya / O... ti fais mal à moin... Dans la catégorie des « perles tombées dans l’oubli » et exhumées par « La Basse Tropicale », « Moin la pas fait tout seul » de Jean-Claude Viadère est un maloya emblématique de la « décennie fusion » ; « Mi bord’ a toue » fait renaître la voix céleste de Vivi (Yvonne Avice, qui interprète aussi sur l’album « Toé même maloya ») accompagnée par « Les Soul Men » ; « Défoule 3e âge », maloya lent et syncopé porté par la voix puissante et décalée de Daniel Sandié, décédé en octobre 2015, est une peinture sociale aux couleurs crues ; « Sous pied d’camélias » de Maxime Laope restitue une ambiance délicieusement surannée, au rythme chaloupé évoquant celui du calypso et aux paroles ancrées dans un univers créole aujourd’hui disparu, etc.

Demand’ tantine, ki lé son dalon... L’ombre du poète-musicien Alain Peters (1952-1995) plane sur cette compilation tant il a été, au cours de cette décennie prolifique, un personnage omniprésent et à la fois insaisissable... Les musiciens-créateurs de cette époque ont été bercés dans leur enfance et leur adolescence par les séga-maloyas des années 1950/1960 et influencés par le jazz, le rock, le jazz-rock, la pop ; ils seront la synthèse, le point d’osmose, faisant naître un nouveau son : le maloya électrique. Pour eux, « la fusion est une forme d’expression artistique qui permet de trouver une juste mesure entre les traditions de base et les influences extérieures ».

« La Basse Tropicale » : DJ KonsöLe (Antoine Tichon) et DJ Natty Hô (Dinh Nguyen).

À la manière du mouvement « Harlem Renaissance »


Mon dalon la pas encore paré... Leur musique inventive, novatrice, s’imprègne d’une charge poétique et d’une revendication identitaire, travaillée par l’influence du courant psychédélique ou encore l’expérience de la vie en communauté. Volume à fond, volutes capiteuses, pantalons « pattes d’éléphant », coupe afro ou cheveux longs, tee-shirts moulants, chemises cintrées, tuniques et foulards fleuris… Dans le sillage de « Woodstock » (1969), cette effervescence artistique, vécue à la manière du mouvement « Harlem Renaissance », échappe aux carcans et aux codes d’une société réunionnaise encore paralysée par les clivages hérités de l’esclavage, de l’engagisme, du colonialisme et dominée par l’économie de plantation. « Ce fut la fuite en avant dans la recherche des sensations psychédéliques », racontait Alain Peters.

Oté maloya / O... ti fais mal à moin... Dans une ambiance bouillonnante de créativité et d’expérimentation artistique, le mouvement de renouveau du maloya est en marche et intègre dans son sillage de nombreux artistes. Il s’enracine au Sud de l’île, à Saint-Joseph qui devient l’épicentre de cette vague aux sonorités nouvelles. André Chan-Kam-Shu ouvre un studio au sous-sol d’un cinéma, un studio dont la renommée deviendra légendaire : le Studio Royal. Tout ce que La Réunion compte alors de musiciens et d’artistes avant-gardistes se retrouve là, dans ce lieu magique, sorte de laboratoire musical.

La couverture de l’unique album de "Carrousel".
Illustration de Jean-Luc Igot.

Studio Royal : quartier général du mythique « Caméléon »


Ma tomber lever / Ma danse à ou mêm... On y croise notamment des artistes et musiciens tels que Hervé Imare, Michou, Narmine Ducap, Jean-Claude Viadère, Jo Lauret, Julien Trenoul, les ségatiers traditionnels de la famille Lacaille, Luc Donat, Elise Miniac (qui fondera plus tard le groupe « Elise et les cocotiers bleus »)... Les groupes naissent puis meurent pour mieux renaître dans une autre dynamique. Ils sont en général à géométrie variable.

Oté maloya / O... ti fais mal à moin... Le studio Royal devient le quartier général d’une formation mythique : « Caméléon ». René Lacaille à la guitare, Bernard Brancard à la batterie, Joël Gonthier aux percussions, Alain Peters à la guitare basse, Loy Ehrlich — arrivé de France métropolitaine — aux claviers...

Alain Peters, à l’époque des orchestres de bal. De nombreux musiciens réunionnais se sont formés "sur le tas" dans les orchestres de bal qui préfigurent l’apparition du maloya électrique. Dans les années 1960-1970, on dénombre plus d’une cinquantaine d’orchestres aux noms savoureux : Les Lynx, Les Desperados, Les Play Boy, Les Rangers, Les Lords, Les Arc-en-ciel, Les Super-Jets, Pop Décadence, Les Soul Men, Pop’s Experience, Les Melons, Les Glous Glous, Les Léopards, Les Gil’s, etc.

La vie en communauté dans une maison près de la mer


Ma tourner virer / Ma magin’ à toué... D’autres lieux marqueront cette époque de créativité débridée : une maison entre Langevin et Vincendo, une autre à Manapany, une enfin à la Pointe au Sel (Saint-Leu). Des points de ralliement comme autant d’étapes artistiques. « À Saint-Leu dont je suis originaire, on vivait pratiquement en communauté, dans une maison d’architecte tout près de la mer, qui a été détruite depuis, se souvient René Lacaille qui poursuit : l’aventure de « Caméléon » n’a pas été très longue mais on peut dire qu’elle a marqué ».

Oté maloya / O... ti fais mal à moin... Dans la lignée de « Caméléon », le groupe « Carrousel » prend la relève. Fondé par Loy Ehrlich, il réunit, selon le principe de la géométrie variable, des musiciens de grand talent tels que Kiki Mariapin (basse) — qui succède à Alain Peters —, Teddy Baptiste (guitare), Bigoun (batterie), Tot (saxophone), Jean-Claude Viadère (chant), Bruno le Flanchec (cuivres), Zoun (claviers, etc.)...

Alain Mastane à la guitare ; Loy Ehrlich aux tablas. 1982, New-Escale, Saint-Denis.

Maloya-fusion, symbole d’une nouvelle émancipation collective


Allé, sur le côté, donne à li ça « On était quasiment les seuls dans ce nouveau style de "jazz maloya", analyse Loy Ehrlich. Notre unique album « La vie est un mystère » est devenu un classique de la musique réunionnaise et a largement influencé le maloya électrique. On a sorti l’album chez Ediroi (Editions Réunion Océan Indien), le label du Parti communiste réunionnais, qui nous a avancé l’argent pour la production et que nous avons remboursé par la suite. En 1994, « La vie est un mystère » a été réédité en CD. À cette occasion, nous avons donné un concert au théâtre de Saint-Gilles avec comme invité d’honneur Alain Peters ».

Ma tomber lever / Ma danse à ou mêm... Le maloya électrique — ou maloya fusion, maloya progression — devient le symbole d’une nouvelle émancipation collective, dont l’esprit planera sur les années 1980 et au-delà pour incarner la vision du poète Alain Lorraine (1946-1999) : « l’opéra de tout un peuple ».

À suivre...

7 Lames la Mer


À lire aussi :
« Oté maloya : au commencement était le séga... (2) »


Pour commander « Oté Maloya » :
L’album est disponible en lp, cd et téléchargement.

Le site de « Strut Records »
La page facebook de « La Basse Tropicale »
La page facebook de « 7 Lames la Mer »
La page facebook : « Pochettes & Vinyles Océan Indien »


1. CAMÉLÉON – LA ROSÉE SI FEUILLES SONGES - 1977


Écrit par Alain Peters et interprété par Hervé Imare. [Histoire d’un maloya] « On était au Studio Royal [1] et René Lacaille nous dit : un ami musicien arrive de France aujourd’hui, il faut aller le chercher à l’aéroport, raconte Jean-Claude Viadère. Entassés dans la Peugeot 304 d’André Chan-Kam-Shu [2], quelques Caméléons traversent l’île jusqu’au Nord pour accueillir Loy Ehrlich à la descente d’avion. Sur le trajet du retour, Alain Peters se met en tête d’apprendre la langue créole à Loy. Alain fait plein de gestes pour se faire comprendre. Il lui explique notamment l’expression « comme de l’eau su’ feuille songe », qui signifie « être imperméable aux critiques, aux moqueries ». Avec l’arrivée de Loy, le groupe Caméléon était désormais au complet et la chanson a été enregistrée dans la foulée ».



2. MICHOU – MALOYA TON TISANE - 1978


Écrit par Narmine Ducap et interprété par Michou. [Histoire d’un maloya] « L’orchestre Caméléon m’accompagnait, se souvient Michou. Le texte écrit par mon père est énigmatique. Il y est question de sorcellerie, de Sitarane [célèbre criminel à qui l’on prêtait des pouvoirs magiques]. Il y a beaucoup de métaphores et de contresens. Le sol est empoisonné, le maïs ne veut plus pousser, il n’y a plus de camarons dans la rivière... Le maloya est invoqué pour venir mettre de l’ordre jusqu’à minuit… L’heure du Diable ? »


Loy Ehrlich. Alain Peters et sa takamba. Bigoun aux percussions.

3. JEAN CLAUDE VIADÈRE – MOIN LA PAS FAIT TOUT SEUL - 1978


Écrit et interprété par Jean-Claude Viadère. C’est au « Studio Issa », situé près du petit marché de Saint-Denis, que Jean-Claude Viadère enregistre son 45 tours en 1978 dans des conditions rocambolesques. [Histoire d’un maloya] « Nous sommes arrivés au studio avec Alain Peters, Bigoun, Loy Ehrlich... raconte Jean-Claude Viadère. Mais au moment de démarrer l’enregistrement, Alain Peters avait disparu. On l’a finalement retrouvé jouant avec Madoré [3] dans le quartier… et il a voulu rester avec Madoré. Il a donc fallu faire sans Peters. Heureusement, Loy Ehrlich, qui a une bonne mémoire, a retrouvé la ligne de basse composée par Peters. C’est lui aussi qui est aux tablas sur le titre ».


Daniel Sandié.

4. DANIEL SANDIÉ – DÉFOULE 3e AGE - 1980


Écrit et interprété par Daniel Sandié. La ligne de vie de Daniel Sandié est heurtée de la naissance à la mort (17 octobre 2015). Enfant « abandonné » — « Z’enfant jeté » chantera-t-il pour dénoncer cette société qui le rejette — il sombre dans l’alcool, la délinquance, se retrouve à la rue puis en prison. Pour tenter d’enrayer cette descente aux enfers, il compose derrière les barreaux plusieurs chansons empreintes de son mal-être. Lueur d’espoir dans son naufrage : le label Jackman produit son 45 tours — « Z’enfant jeté » sur la face A, « Défoule 3ème âge » sur la face B — qui se hisse à la première place du Hit-Parade créole. 3000 exemplaire vendus.



5. CORMORAN GROUP – P’TIT FEMME MON GATÉ


Écrit par Michel Vendôme. Dans La Réunion postcoloniale, de nombreux jeunes sont embarqués pour la France métropolitaine dans le cadre du BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer). « P’tit femme mon gaté », interprété par Michel Vendôme, raconte une séparation : lui exilé en France, elle restée à La Réunion.


Jean-Luc Trulès.

6. MARIE HELEN ET SES CRÉOL’S – SÉGA LE SPORT - 1982


Écrit par Jean-Luc Trulès et Emmanuel Genvrin ; interprété par Marie Hélen et ses Créol’s, et Jean-Luc Trulès. « Séga Lesport » est un savoureux... séga humoristique soutenu par la pittoresque et joyeuse section de cuivres des Créol’s. [Histoire d’une chanson] « C’est l’un des lyrics de la pièce de théâtre « Nina Ségamour » créée par le théâtre Vollard, sur le thème des déboires d’une reine de beauté réunionnaise pendant la Seconde Guerre mondiale, raconte Emmanuel Genvrin. La chanson illustre une assemblée générale d’association sportive (Acte II, scène 1) qui doit choisir entre des postulantes. Le texte se moque du Créole, éternel perdant en mal d’identité et de gratifications. La réunion se termine en bagarre générale, réconciliée par un évêque-poète ».


En bas à gauche, Alain Peters, Alain Gili et Françoise Guimbert. A droite, Alain Peters et Françoise Guimbert. Photos extraites de la plaquette « Mangé pou le coeur, d’Alain Peters, poèmes et chansons créoles », éditée en 1983 par l’association Village Titan présidée par Alain Séraphine, en collaboration avec Alain Gili.

7. FRANÇOISE GUIMBERT – TANTINE ZAZA - 1978


Écrit et interprété par Françoise Guimbert. [Histoire d’un maloya] : « J’étais dans le “car courant d’air” [sorte de bus ouvert], quand l’air de « Tantine Zaza » s’est imposé dans ma tête, raconte Françoise Guimbert. Arrivée à Saint-Denis, je me suis précipitée à la boutique Affejee qui vendait des instruments de musique, pour jouer la mélodie au piano. J’avais travaillé pendant dix-huit ans pour une dame qui jouait du piano : je connaissais donc les notes et j’ai réussi à retrouver la mélodie imaginée plus tôt. Étape suivante : dégoter un studio pour enregistrer « Tantine Zaza ». Mais personne ne voulait de ce maloya : trop lent pour certains, trop long pour d’autres… Moi, j’étais convaincue qu’il valait la peine d’être entendu ».


"Les Soul Men" et Vivi.

8. VIVI - TOE MÊME MALOYA - 1978


Écrit et interprété par Vivi (Yvonne Avice). « Toé même maloya » sublime ce moment de partage hors du temps où l’on chante, où l’on danse, où l’on rit : le kabar maloya. Sur un rythme lascif et majestueusement porté par « Les Soul Men », « Toé même maloya » abolit les frontières comme une invitation au métissage : « Mèm de moun étrangé quand i arrive ici i danse maloya / Même les étrangers qui débarquent dansent le maloya ».


Pierrot Vidot, Jean Albany et Alain Peters. Photo extraite de « Mangé pou le coeur, d’Alain Peters, poèmes et chansons créoles », édité en 1983 par l’association Village Titan présidée par Alain Séraphine, en collaboration avec Alain Gili.

9. PIERROT VIDOT – COMMANDEUR


Écrit par Jean Albany et interprété par Pierrot Vidot. [Histoire d’un maloya] « Jean Albany débarque un jour en vacances à La Réunion et me dit : je cherche un musicien pour mettre de la musique là-dessus, se souvient Pierrot Vidot. Le texte en question, c’était « Commandeur ». J’ai pris mon harmonica et une vingtaine de minutes plus tard, j’avais trouvé l’air... L’enregistrement s’est déroulé en une seule prise, dans une ambiance de jubilation. Avec ce texte, Jean Albany a réussi à dénoncer l’esclavage de manière non revancharde. Lorsque la cassette est sortie, j’ai senti chez certains une forme de désapprobation envers cette chanson qui était devenue très populaire ; d’ailleurs elle était diffusée régulièrement dans les boîtes de nuit ».


Hervé Imare.

10. HERVÉ (Imare) – MELE-MELE PAS TOUÉ P’TIT PIERRE - 1977


Écrit et interprété par Hervé Imare. [Souvenir d’un maloya] « La première fois que j’ai entendu ce morceau, j’étais dans la voiture avec les Caméléons, raconte Loy Ehrlich. Ils étaient venus me chercher à l’aéroport ; je débarquais à La Réunion. Ce fut donc mon premier contact avec le rythme du maloya ».



11. GROUPE DAGO – RÉVEIL CRÉOLE - 1978


Écrit par Dera Rakotomavo. [Autour d’un maloya] « J’ai enregistré ce titre à l’époque où j’étais preneur de son au Studio Royal à Saint-Joseph, raconte Mahe Dera, multi-instrumentiste malgache. « Réveil Créole » fait allusion à l’éveil musical créole. Dans le milieu artistique, cet éveil amenait une nouvelle vision musicale, une nouvelle manière de jouer et d’arranger le rythme séga ! De mon point de vue, cela a influencé et contribué à l’évolution artistique musicale réunionnaise ; au même moment, le groupe Caméléon œuvrait dans le même sens ».


Ti Fock, tournage du clip "Docker", au Port, par le réalisateur Sandro Agénor (1992).
Photos : Claude Thérésien.

12. TI FOCK – SÉ PI BODIÉ - 1986


Écrit et interprété par Ti Fock. [Autour d’un maloya] « "Sé pi bodié" évoque la perte de la foi dans nos sociétés, explique Ti Fock. La vie est dure et il faut beaucoup de volonté pour rester intègre. Contraint de ne penser qu’à sa survie, l’homme perd de vue sa spiritualité et se met à dériver, à faire n’importe quoi… Dans cette chanson, je parle d’un quartier où j’ai vécu sur les hauteurs de l’Ouest de l’île, à proximité d’un champ de vavanguiers [arbre à vavangues - en créole « vavangé » signifie « errer »]. Je parle aussi de la boutique [petit commerce général de quartier qui fait aussi office de buvette]... Il faut continuer à croire, telle est l’idée à prendre en considération : Sa l’idée fo ou wa ».


Gabriel Laï-Kun et "Les Soul Men".

13. GABY ET LES SOUL MEN – C’EST LA MÊME CADENCE


Écrit et interprété par Gaby Laï-Kun. [Autour d’un maloya] « Crazé ou piqué », le maloya reste le maloya : c’est toujours la même cadence, toujours la même danse. Gaby Laï-Kun, avec un certain sens de l’humour, glisse dans sa chanson quelques petites piques notamment lorsqu’il évoque ceux qui entrent dans la danse en « sautant beaucoup ».


Vivi (Yvonne Avice).

14. VIVI – MI BORD’ A TOUE


Écrit et interprété par Vivi (Yvonne Avice). [Autour d’un maloya] « Moin la tro soufer / j’ai trop souffert », chante Vivi. Elle décide de mettre fin à une relation malsaine avec un compagnon vantard, volage, trafiquant au marché noir et qui ne veut pas travailler. Et qu’importe les regrets qu’exprime celui qui se retrouve dehors. Ce maloya est marqué par le contraste brutal entre la voix céleste de Vivi et l’histoire sordide qu’elle raconte. Cette dissonance s’exprime également à travers l’orchestration dominée par le son saturé du synthétiseur et la voix poétique de Vivi. Il émane de « Mi bord a toué » une sensation de tristesse et de lassitude.



15. GILBERTE (Rougemont) - SERRE SERRE PAS


Écrit et interprété par Gilberte Rougemont. [Autour d’un maloya] « Cette chanson témoigne du vécu des jeunes filles dans les écarts de l’île de La Réunion, explique Gilberte Rougemont. C’était un vécu fermé où les contraintes et les interdits étaient la règle, ce qui donnait des demoiselles peu armées pour affronter la vie et ses embûches. « Serre serre pas ti fille là dann jupe sa manman » met en garde les familles de l’époque, peu enclines à l’ouverture sur les loisirs ».


Maxime Laope (1922-2005).

16. MAXIME LAHOPE - SOUL PIED D’CAMELIAS


Écrit et interprété par Maxime Laope. [Histoire d’un maloya] Lent maloya traditionnel interprété par un monument de la chanson réunionnaise : Maxime Laope [4]. « Cette chanson fait partie du bouillon-maloya, expliquait Maxime Laope dans le livre « Maxime Laope, un chanteur populaire », écrit en 1999 par Expédite Laope-Cerneaux et Bernadette Guilloux. Le vrai et le faux sont souvent entremêlés dans la tête des Créoles. L’avion, l’oiseau-bélier, etc, tout cela, c’est le réel. Grand-mère Kalle, c’est une légende pour faire peur aux enfants ; on dit que c’est elle qui fait tou-tou-tou le soir dans les bois »…



17. GABY & LES SOUL MEN – OH MALOYA - 1978


Écrit et interprété par Gaby Laï-Kun. [Autour d’un maloya] « J’ai composé et enregistré ce morceau, ainsi que « C’est le même cadence », à la demande du label Issa, confie Gaby Laï-Kun. Notre objectif était de participer au mouvement de renouveau du maloya de la fin des années 1970. Aujourd’hui, même si je suis davantage un ségatier, je mets toujours du maloya sur chacun de mes disques ».


Hervé Imare.

18. HERVÉ (Imare) – MI DONNE A TOUÉ GRAND CŒUR - 1978


Écrit et interprété par Hervé Imare. [Autour d’un maloya] « "Mi donne a toué grand cœur" est pour moi le maloya emblématique de cette période pendant laquelle je jouais avec Caméléon, explique Loy Ehrlich. Je joue de presque tous les instruments sur ce morceau. Guembri, clavier, percussions. René Lacaille est à la guitare ».


Bigoun, Joël Gonthier, Bruno Le Flanchec, Loy Ehrlich, Alain Peters, Zoun.

19. CARROUSEL – OTÉ MALOYA


Écrit et interprété par Jean-Claude Viadère. [Histoire d’un maloya] « J’ai composé « Oté maloya » lorsque je jouais avec ma troupe “Les Jeunes Gaillards”, témoigne Jean-Claude Viadère (chant, cayambe). Cette chanson a un double sens. D’abord, elle parle de la manière dont on danse dans les "kabaré maloya", de la façon dont les cavaliers invitent les femmes à danser, essuyant parfois des refus qui entraînent une forme de déception… Le second sens est plus politique. Le maloya avait été réprimé pour des raison politiques quelques années auparavant et, au début des années 1980, il fallait encore se mobiliser pour se faire entendre. Je me souviens qu’on a eu des problèmes un peu partout : au Butor (Saint-Denis), à Saint-Pierre, à Saint-Joseph où les gendarmes ont débarqué pour saisir notre matériel et nous arrêter : nous avons fuit de Saint-Joseph jusqu’à Saint-Pierre… à pied ! Dans ces deux sens, le maloya pouvait donc être source de souffrances. Mais c’est notre culture intérieure, au plus profond de nous. C’est pourquoi j’ai écrit ceci : "Oté, Maloya / Ti fais mal à moin / Ma tomber lever, ma danse à ou mêm" ».

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

Notes

[1Saint-Joseph.

[2André Chan-Kam-Shu : créateur du Studio Royal.

[3Henri Madoré, chanteur de rue disparu en 1988.

[4Laope, Lahoppe, Lahope, Laop... Sur certaines vieilles pochettes de disques, le nom de Maxime Laope est orthographié de manière fantaisiste. « Pendant longtemps, on ne savait pas s’il fallait écrire Lahoppe, Lahope ou Laope, explique-t-il dans le livre « Maxime Laope, un chanteur populaire ». J’ai même certains papiers où c’est écrit Laop (sans e). (...) C’est pour cela que l’on peut trouver mon nom écrit autrement sur mes vieux disques. Avant, ces choses-là étaient courantes à La Réunion ».

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter