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Océan Indien

Olivier Bancoult : « Chagos, terre des Chagossiens »

3 juillet 2016
7 Lames la Mer
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Olivier Bancoult, leader du « Chagos Refugees Group », a lancé un message-vidéo à la communauté, suite au verdict de la Cour suprême du Royaume-Uni confirmant l’interdiction du retour aux Chagos pour les Chagossiens. « Chagos, terre des Chagossiens ! », martèle Olivier Bancoult.

Diego Garcia.

En 1966, les Britanniques ont loué une partie de l’île de Diego Garcia (archipel des Chagos, océan Indien) aux Américains qui y ont construit leur plus grande base militaire hors USA. Mais l’archipel des Chagos n’était pas désert...

Les îles de Diego Garcia, de Peros Banhos et de Salomon étaient habitées par environ 2.000 personnes. Qu’importe ! L’archipel fut vidé de ses habitants. Tous furent déportés principalement vers l’île Maurice — quelques uns se retrouvèrent aux Seychelles — dans l’indifférence la plus totale, entre 1965 et 1973.

50 ans plus tard, les Chagossiens survivants témoignent sans relâche des conditions inhumaines dans lesquelles l’évacuation de l’archipel a été orchestrée par les Britanniques et les Américains. Ils n’ont cessé de dire la blessure toujours à vif de cet exil forcé et leur volonté intacte de retourner un jour sur la terre de leurs ancêtres.

Sur l’île de Diego Garcia.

Ils racontent : « entassés de force, sous la menace des fusils, à 150 sur des bateaux conçus pour 12 passagers, comme au temps de l’esclavage, nous entamions une traversée de 6 jours vers l’île Maurice, sans rien à manger. Ceux qui mourraient étaient jetés par dessus bord, à la mer... Avant le départ, nous avions assistés, impuissants, au gazage (aux pots d’échappement des jeeps) de nos animaux domestiques rassemblés par les militaires dans un hangar ». Le paradis était-il devenu un enfer ?

« Nous quittions le paradis pour l’enfer », se souvient Olivier Bancoult. Car la vie aux Chagos, avant l’arrivée des Britanniques et des Américains, était en harmonie avec la nature...

A Diego Garcia.

« Là-bas, il n’y avait pas de chômage. Tout le monde travaillait : employés sur la cocoteraie, pêcheurs, charpentiers, maçons, forgerons… La vie était simple. On mangeait tous les jours à notre faim ». Il faisait bon vivre « là-bas » où l’on n’était pour ainsi dire jamais malade, où le climat était constant et où l’on n’a déploré que trois meurtres en 50 ans !

50 ans... 50 ans que les Chagossiens ont été expulsés manu militari. 50 ans que l’armée américaine (US Army), déverse des « tonnes d’eaux usées et de vidange » dans les eaux chagossiennes. Celles-ci présentent un niveau anormalement élevé d’azote et de phosphate, révélait en 2013 un document officiel du « Foreign and Commonwealth Office » adressé au parlement britannique... 50 ans d’occupation de la terre chagossienne.

Diego Garcia. Photo : Nasa.

Le bail de 50 ans qui permet aux Américains d’occuper les lieux expire cette année, en 2016, plus précisément le 30 décembre, mais il est tacitement reconductible pour 20 ans. L’année 2016 est donc une étape importante dans le long combat entrepris par les Chagossiens. Le ton est d’ailleurs monté ces dernières semaines entre les Mauriciens, les Britanniques et les Américains.

Les premiers réclament la souveraineté sur les Chagos et n’écartent pas l’idée de solliciter la Cour internationale de La Haye. C’est par un communiqué commun et brutal que les Britanniques et les Américains ont répondu à la république mauricienne, la menaçant même de représailles si elle faisait appel à la Cour internationale.

Olivier Bancoult

De son côté, Olivier Bancoult, s’il ne souhaite pas intervenir dans cette joute diplomatique, tient tout de même à rappeler deux points :

  • « Tout ce que nous demandons, c’est de pouvoir revenir sur nos terres ».
  • « Il y a une chose que je juge indispensable, c’est que l’on n’écarte pas les Chagossiens des discussions qui les concernent ».

Ce mercredi 29 juin 2016, la Cour suprême du Royaume-Uni a rendu sont verdict : l’appel d’Olivier Bancoult a été rejeté par trois voix contre deux. Cet appel remettait en cause la décision de la Chambre des Lords de 2008, interdisant aux Chagossiens de rentrer chez eux, vivre sur l’archipel des Chagos, et ce au mépris des principes du droit international.

Quelques instants volés au temps et à l’exil, sur l’île de Salomon, à l’occasion d’une visite exceptionnelle des Chagossiens aux Chagos, effectuée en avril 2006.

Ce vendredi 1er juillet 2016, Olivier Bancoult s’est adressé à la communauté chagossienne en postant une vidéo sur youtube (voir ci-dessous).

« Ce n’est pas la fin de la route, explique Olivier Bancoult. Ce jugement laisse la porte ouverte à toutes nos revendications. Nous devons rester toujours unis dans ce combat. Je vous appelle à rester mobilisés, plus que jamais soudés, surtout dans les moments difficiles. Nous devons nous sentir plus forts. Il n’est pas possible qu’aujourd’hui, sur la terre où nous sommes nés, d’autres vivent et travaillent et que nous, nous n’ayons pas le droit d’y vivre et d’y travailler. C’est inacceptable ».

« Malgré la décision de la Cour suprême, la porte ouverte par l’étude de faisabilité [1] reste ouverte, poursuit Olivier Bancoult. Nous pouvons faire une approche auprès du gouvernement malgré les difficultés que traverse le Royaume-Uni. S’il y a une réelle volonté de la part du gouvernement, et surtout de la part du Premier ministre actuel, David Cameron, avant la mise en oeuvre de sa démission, de réparer l’injustice faite à la communauté chagossienne, alors il est temps pour lui d’agir. S’il ne fait rien, nous poursuivrons notre bataille juridique jusqu’à ce que nous soyons autorisés à retourner aux Chagos ».

« Chagos, la terre des Chagossiens ! »

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Notes

[1Le gouvernement britannique avait commandé une étude au cabinet conseil international KPMG, sur les conditions et la faisabilité d’une réinstallation des Chagossiens dans leur archipel. Les conclusions de KPMG rendues au début de l’année 2015 ont été accueillies favorablement par la communauté chagossienne.

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