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Oiseau rokh

Océan Indien : un oeuf mis à prix à 35.000€ !

13 janvier 2014
Jean-Claude Legros
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Le 15 janvier 2014, un œuf a été présenté lors d’une vente aux enchères à Marseille. Mise à prix initiale : 35.000€ pour ce vestige mythique. Il s’agit d’un œuf d’Aepyornis Maximus, oiseau-éléphant de Madagascar, espèce disparue et popularisée par les « Contes des mille et une nuits » à travers l’image de l’oiseau rokh...

« En jetant les yeux sur la mer, je ne vis que de l’eau et le ciel ; mais ayant aperçu du côté de la mer quelque chose de blanc, je descendis de l’arbre avec ce qui me restait de vivres ; je marchai vers cette blancheur, si éloignée que je ne pouvais pas bien distinguer ce que c’était.

Lorsque j’en fus à une distance raisonnable, je remarquai que c’était une boule blanche d’une hauteur et d’une grosseur prodigieuses. Dès que j’en fus près, je la touchai et la trouvai fort douce. Je tournai à l’entour pour voir s’il n’y avait pas d’ouverture : je n’en pus découvrir aucune et il me parut qu’il était impossible de monter dessus, tant elle était unie. Elle pouvait avoir cinquante pas de circonférence.
Le soleil était alors prêt de se coucher ; l’air s’obscurcit tout-à-coup, comme s’il eut été couvert d’un nuage épais. Mais si je fus étonné de cette obscurité, je le fus bien davantage quand je vis que ce qui la causait était un oiseau d’une grandeur et d’une grosseur extraordinaires, qui s’avançait de mon côté en volant. Je me souvins d’avoir entendu parler aux matelots d’un oiseau appelé rokh et je supposai que la grosse boule devait être un oeuf de cet oiseau. En effet il s’abattit et se posa dessus comme pour le couver. En le voyant venir, je m’étais serré fort près de l’oeuf, de sorte que j’eus devant moi un des pieds de l’oiseau et ce pied était aussi gros qu’un tronc d’arbre. [1]
 »

Ce passage du « Deuxième voyage de Sindbad le marin » est extrait des « Sept voyages de Sindbad le marin », qui constituent la 133ème nuit (volume 6) des « Contes des mille et une nuits », fable légendaire d’origine arabe contée nuit après nuit par la belle Shéhérazade pour échapper à la mort.

Sindbad était un marin de la ville de Bassora en Iraq, dont les aventures fantastiques se sont déroulées principalement dans l’Océan Indien. Selon les spécialistes, l’oiseau rokh de Sindbad proviendrait de récits de marins ayant sillonné l’Océan Indien jusqu’aux confins de la Grande Ile, et ferait ainsi référence à l’Aepyornis Maximus, l’oiseau-éléphant de Madagascar, aujourd’hui disparu [2].

Deux oeufs d’Aepyornis au Musée d’Orléans (photo Jean-Claude Legros).

Dans les années soixante trônait dans une vitrine du Muséum d’Histoire Naturelle du Jardin de l’Etat à Saint-Denis un oeuf énorme que dans notre naïveté d’enfants nous prenions pour un oeuf de dodo. Il n’en était rien : c’était un oeuf d’Aepyornis, l’oiseau-éléphant.

Les Aepyornis étaient des oiseaux gigantesques, endémiques de Madagascar, de l’espèce des ratites ou « oiseaux coureurs ». Pesant jusqu’à une demi-tonne et mesurant plus de 3 mètres de haut, ils étaient incapables de voler.

L’oeuf d’aepyornis, dont on peut encore trouver des spécimens à Madagascar, mesurait jusqu’à 1 mètre de circonférence pour une capacité de 9 litres.

Carte postale virtuelle de Madagascar... montrant deux enfants et un oeuf d’Aepyornis.

On peut en voir au Musée d’Orléans, au Museum de La Rochelle, au Musée de Toulouse ou à celui d’Angers ainsi qu’au Museum National d’Histoire Naturelle du Jardin des Plantes à Paris. Le Museum de Paris expose également un squelette d’Aepyornis, de même que le Musée du Parc de Tsimbazaza à Antananarivo.

Il est encore possible de nos jours de se procurer un oeuf d’Aepyornis, bien que Madagascar en ait interdit l’exportation.

Le chroniqueur belge Pierre Maury fait ainsi état d’une transaction réalisée en 2009 à la Foire des Antiquaires de Chelsea, en Angleterre, où l’oeuf d’Aepyornis s’est vendu 5.000 livres, soit environ 6.000 euros, ou encore 1.400.000 ariary, soit 7 millions d’anciens francs malgaches [3].

En 2011, un oeuf d’Aepyornis a été mis en vente dans la salle du Crédit Municipal de Toulouse au prix de 25.000 euros [4]. Le 15 janvier 2014, un oeuf d’Aepyornis a été mis aux enchères à la Salle des Ventes Leclere, à Marseille. Mise à prix : 35.000 euros [5].

La légende de l’oiseau-éléphant n’a pas manqué d’inspirer un romancier tel que H. G. Wells, l’auteur de « La guerre des mondes », « L’homme invisible », « La machine à explorer le temps » et « L’île du Docteur Moreau ».

H. G. Wells publia, dans l’édition de Noël 1894 du Pall Mall Budget, une nouvelle intitulée « L’île de l’Aepyornis » : un chasseur d’oeufs fossiles d’Aepyornis se retrouve perdu comme Robinson Crusoë avec son butin sur un îlot au large de Madagascar.

"The Roc’s Egg", par Elihu Vedder, (1863). Œuvre inspirée du cinquième voyage de Sindbad le Marin, joint au manuscrit des contes des Milles et Une Nuits. Museum of Fine Arts, Boston.

Il assiste alors ébahi à l’éclosion d’un des oeufs. L’animal, baptisé Vendredi, grandit, mais au bout de deux ans, il est devenu tellement puissant, et vorace, qu’il finit par s’en prendre directement au chasseur lui-même.

Celui-ci devra malheureusement tuer l’oiseau-éléphant, devenu son ennemi. Fin tragique d’un animal extraordinaire, symbolisant l’extinction de l’espèce.

Squelette d’Aepyornis au Museum de Paris (Wikimedia Commons).

En effet, comme le dodo de Maurice, le solitaire de Rodrigues ou l’ibis de La Réunion, l’oiseau-éléphant de Madagascar a disparu de la surface de la Grande Ile. Trois principales hypothèses ont été avancées...

  1. Les oeufs d’aepyornis constituaient une nourriture providentielle pour les populations de l’époque, ainsi d’ailleurs que pour les rats et les chiens.
  2. Les zoonoses (peste, rage, tuberculose, ...) transmises par les volailles ont eu raison de lui.
  3. Il n’aura pas survécu à une période de sécheresse intense, au début de l’holocène [6].

L’Aepyornis s’est probablement éteint dans le courant du 16ème siècle, mais selon les témoignages cités ci-dessous quelques rares spécimens auraient survécu jusque vers la fin du 19ème siècle.

Jean-Claude Legros

Le site internet « Aux sources d’Abracadagascar » reprend les principaux témoignages connus relatifs à l’oiseau-éléphant... Relation d’Etienne de Flacourt, gouverneur de Madagascar (1668) : « Oiseaux qui hantent les bois. Vouroupatra, c’est un grand oiseau qui hante les Ampatres (sud de Madagascar) et fait des oeufs comme l’autruche ; c’est une espèce d’autruche, ceux des dits lieux ne le peuvent prendre ».

L’oiseau rokh a aussi été évoqué par Marco Polo.

Témoignage du révérend père Angelvin, dans la région de Tuléar (1931) : « Trois frères habitaient une case dans la forêt. Deux sortent. Un reste pour garder la case. Il entend un grand bruit de branches cassées et des cris d’oiseaux. Il regarde par une fente de la case et voit un énorme oiseau, qui n’est ni un oiseau qui vole, ni un oiseau qui grimpe. Il est si lourd que, quand il se couche sur le sol, celui-ci résonne. L’homme étant sorti de la case reçoit un coup de pied dans le ventre et l’oiseau essaie de lui saisir la tête avec son bec ».

Témoignage de M. de Chazotte, colon français de la région de Tuléar, recueilli en 1924 par M. Humbert, botaniste à la Faculté des Sciences d’Alger : « Une femme indigène, nommée Zavast, prétendait que vers 1890 un oiseau géant aurait été tué par les gens de Tompomana, roi des Masikoros, près de Manombo (au nord de Tuléar) dans un marais de l’intérieur, à la suite d’un cyclone terrible. Il aurait fallu vingt-quatre hommes pour le porter ».

Extrait : « Contes des mille et une nuits ».

Extrait : « Contes des mille et une nuits ».

Notes

[1« Les mille et une nuits », adaptation d’André Talmont, 1891 (Source : Gallica, BNF).

[2Source : Wikipedia.

[3« Actualité culturelle malgache », 26 mars 2009.

[4« La dépêche », 20 mai 2011.

[5Source : « invaluable.com ».

[6Source : Wikipedia.

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