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Les flamboyants de l’exil (4)

La reine Ranavalona III liée par un pacte de sang (4)

27 novembre 2016
Jean-Claude Legros
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« Elle a des cheveux noirs soyeux et de beaux yeux veloutés, d’une expression intense, où se mêle comme une douceur mystique et voluptueuse, avec le plaisir de plaire et d’être admirée ». Celui qui parle ainsi de la reine Ranavalona III s’appelle Bernard Marius Cazeneuve, dit « le Commandeur »... La belle reine aux yeux tristes est morte en exil, loin de sa terre natale, le 23 mai 1917, emportant ses secrets dans l’au-delà et laissant à tout jamais agir son mystérieux pouvoir de séduction. À suivre...

Fin de l’épisode précédent : Le 23 septembre 1938, les restes de la reine furent exhumés et acheminés au port de Tamatave, par le bateau « Ville de Reims ». Le cercueil arriva par train spécial à Antananarivo le 30 octobre 1938.

Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, repose désormais dans le tombeau des reines, à l’intérieur du Manjakamiadana, le Palais de la Reine à Antananarivo...

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12 • L’histoire ne s’arrête pas là : la princesse Louise...


Officiellement, la dernière reine de Madagascar n’eut pas d’enfant. Et pourtant nombreux sont les témoignages qui font valoir qu’elle eut une fille de son premier mariage, avec le prince Ratrimoarivony.

Cette fille serait née en 1878, à Faravohitra, un quartier d’Antananarivo. Elle s’appellerait Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka. Pour d’obscures raisons de sécurité, sans doute liées à l’avenir du trône (apparemment pour la protéger du premier ministre Rainilaiarivony), l’enfant aurait été confiée en 1883, à l’âge de 5 ans, à sa tante, sœur de la reine, la princesse Rasendranoro, après la mort de son père.

Quand la princesse Rasendranoro fut exilée à La Réunion, en 1897, en même temps que la reine, Louise Ravoninoro avait déjà dix-neuf ans.

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Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka... Fille de la reine Ranavalona III ?

La princesse Louise aurait eu dix enfants


Les différentes sources généalogiques ayant trait à la dynastie Merne font apparaître que la princesse Louise Ravoninoro Ranavalozafimanjaka aurait épousé, à l’âge de 19 ans, le 17 juillet 1897 à Tananarive, Rainizoely Andriambahoaka Ratsimihara Nanet’s Granville, prince d’Ecosse, fils d’un écossais du nom de Granville, anobli par la reine Ranavalona II.

Ils auraient eu dix enfants qui ont laissé derrière eux une très nombreuse descendance. Rainizoely Andriambahoaka Ratsimihara serait décédé en 1921 et Louise Ravininoro Ravanalozafimanjaka, fille de la reine Ranavalona III, serait décédée en 1947, à l’âge de 69 ans.

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Marius Cazeneuve (1839-1913). A droite, illustration extraite de "À la Cour de Madagascar, Magie et diplomatie, par Marius Cazeneuve, médecin et conseiller intime de la reine de Madagascar, Ranavalo Manjaka", C. Delagrave, Paris, 1896.

13 • Le commandeur Cazeneuve...


Bernard Marius Cazeneuve, dit « le Commandeur », naquit à Toulouse le 12 octobre 1839. Après avoir étudié les mathématiques, la physique, la chimie, l’astronomie, la mécanique et la médecine, il commença une carrière de magicien-prestidigitateur dans le Cirque Oriental de Madrid.

Il fut notamment l’élève du plus grand prestidigitateur des temps modernes, Bartolomeo Bosco, souvent confondu avec Don Bosco, lui-même saint patron des prestidigitateurs.


Contre les superstitions et le charlatanisme


Il se produisit dans toute l’Europe, à Paris (devant Napoléon III), à Saint-Pétersbourg (devant le Tsar) et à Constantinople, aujourd’hui Istanbul (devant le Sultan). Il fut l’inventeur, entre autres, d’un calendrier perpétuel, d’une règle de calcul des longitudes et des latitudes, d’un calendrier musulman ainsi que d’une table astronomique des éclipses passées et futures.

En 1870, il était capitaine officier de santé dans le premier régiment des tirailleurs d’élite. En 1874, il fonda L’Institut du Progrès contre les superstitions et le charlatanisme, auquel adhèreront notamment Rosa Bonheur et Victor Hugo.

Marius Cazeneuve avait déjà fait un premier séjour à Madagascar, dans la région de Fort-Dauphin. En 1885, il avait créé à La Réunion, dans la ville de Saint-Paul, la première Société de sauvetage en mer. Cazeneuve « le Commandeur » débarqua à Tamatave en 1886.


La reine fut séduite. Le commandeur fut séduit lui aussi...


Son objectif : la cour de la reine à Antananarivo. Certaines sources voient en lui un aventurier espion à la solde du gouvernement français, sa mission étant d’infiltrer les cercles du pouvoir à Antananarivo, pour barrer la route aux Anglais.

Son matériel de magie nécessitait pas moins de soixante porteurs. Dès les premières représentations, la reine fut séduite et fit du commandeur son médecin personnel.

Le commandeur fut séduit lui aussi, ainsi qu’en témoigne la description qu’il fit de la reine qui avait alors 23 ans [1] :


La cérémonie du « pacte du sang »

« C’est une très jolie femme, au teint un peu foncé, mais guère plus que le teint de bien des méridionales. Elle a des cheveux noirs soyeux et de beaux yeux veloutés, d’une expression intense, où se mêle comme une douceur mystique et voluptueuse, avec le plaisir de plaire et d’être admirée. Avec cela Ranavalo est mince, de taille moyenne, ses mains sont délicates, ses attaches, fines et aristocratiques, dénotent la pureté de la race ».

La possibilité d’une liaison entre la reine et le magicien est l’objet de controverses. Il semble néanmoins certain qu’ils aient procédé à la cérémonie du « pacte du sang », le « fati-dra », pour se jurer mutuellement une éternelle amitié (cette union, dite « de l’eau et du riz », devant normalement exclure toute relation intime).

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Une double incision, en-dessous du cœur, fut pratiquée en secret


La double incision, dans la poitrine gauche, en-dessous du cœur, fut pratiquée en secret par un ombiasy [2] à l’aide d’une longue épine d’acacia [3].

Le Commandeur Cazeneuve poursuivit ses tournées de magicien autour du monde et finit ses jours à Toulouse le 12 avril 1913.

Sa demeure, dite « Maison du Commandeur », dans la Grande rue Saint-Michel à Toulouse, a été classée monument historique.

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Façade de la Villa Gabès, demeure de Marius Cazeneuve à Toulouse, édifice inscrit au titre des monuments Historiques. Photo : Didier Descouens.

Le Commandeur aurait accompagné la reine...


Selon « Le télégramme de Toulouse », la reine aurait brièvement revu le Commandeur Cazeneuve...

La scène se passe lors de son voyage en France, en 1901 : la reine avait pris l’express de 17h07 à Bordeaux, le jeudi 25 juillet, pour rejoindre le port de Marseille.

Le Commandeur serait alors monté dans le train à mi-parcours, à Agen, et aurait ainsi accompagné la reine jusqu’à Toulouse.

Arrivés à 22h34 en gare de Toulouse-Matabiau, le Commandeur et la reine seraient descendus pour se restaurer au buffet de la gare...

Puis la reine aurait repris le train jusqu’à Marseille, d’où elle devait embarquer pour Alger le dimanche 28 juillet.


14 • Les quatre princesses...


Actuellement quatre princesses malgaches reposent en terre étrangère : 

  1. La princesse Razafinandriamanitra [4], dite « Petite fille du Bon Dieu », nièce de la reine, décédée à Saint-Denis à l’âge de 15 ans une semaine après avoir donné le jour à une petite fille nommée Marie-Louise. Enterrée au cimetière de Saint-Denis.
  2. La princesse Ramasindrazana, tante de la reine, décédée à Nice en 1924, repose au cimetière de Nice.
  3. La princesse Rasendranoro, sœur de la reine, décédée à Alger à l’âge de 41 ans est enterrée au cimetière d’Alger.
  4. La princesse Marie-Louise Razafinandriamanitra, petite-nièce de la reine, née à Saint-Denis en 1897, décédée à Bazoches-sur-le-Betz dans le Loiret, à l’âge de 51 ans, repose au cimetière de Montreuil.
À suivre : Les flamboyants de l’exil, épisode 5 :
« L’émouvante vidéo de la reine Ranavalona III »

Jean-Claude Legros


Les quatre premiers volets de ce dossier consacré à la dernière reine de Madagascar, Ranavalona III — dossier qui compte au total dix volets ou épisodes dont les quatre derniers évoquent la vie et l’œuvre d’Andy Razaf —, sont extraits de la conférence donnée par l’auteur, Jean-Claude Legros, le vendredi 22 juin 2012 dans le Grand Salon de l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, sous l’égide de l’association réunionnaise Miaro.


À lire aussi :


Notes

[1Conférence de Maurice Cazeneuve le 6 février 1896 à Alger.

[2Ombiasy : en malgache le devin.

[3L’épine ayant servi à la double incision du « fati-dra » fait actuellement partie de la collection de M. Jacques Voignier, Président du Club des Magiciens Collectionneurs (Paris). Pierre Benoit en a tiré un roman : « Le Commandeur » (Albin Michel, 1960, Paris).

[4Dans son blog, Jean-Loup Gajac dit avoir arpenté en long et en large le cimetière de Saint-Denis, à la recherche de la tombe de la princesse, mais sans succès. Selon Christian Mantaux, la princesse aurait été inhumée à l’extrémité est du cimetière, en dehors de l’enceinte. Les cyclones des années 1944, 1945 et 1948 auraient emporté les tombes extérieures.

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