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Poésie, musique

Le magma des mots, de Filip Barret à Boris Gamaleya

4 novembre 2014
7 Lames la Mer
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Un message reçu dans la nuit réveille un souvenir intime. C’est l’ami Filip Barret qui glisse sous la porte entrebâillée une mystérieuse missive « inspirée de l’œuvre du poète réunionnais, Boris Gamaleya ». Remontent en notre mémoire les instants magiques d’une île perchée entre papangues et goyaviers.

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« Voici un texte qui m’a été inspiré par l’œuvre du poète réunionnais, Boris Gamaleya, nous écrit Filip Barret. Après avoir passé les années 60 et 70 à militer pour la reconnaissance de la langue créole, Boris Gamaleya est revenu, à partir des années 80, à une poésie en langue française, langue qu’il manie avec élégance. De son trajet à travers la langue régionale, il a rapporté deux destinations de l’imaginaire qu’il développe à travers une multitude de créations verbales protéiformes : « Les langues du magma », « Les langues du feu ». »

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Filip Barret. Source : filip-barret.com

On clique sur le lien et la magie opère. Images, couleurs, sonorités, voix limpide aux accents maillés. Magma... Magma des mots. De ce magma, comme dans une quête kobaïenne, émerge la langue natale, qui « casse contour » d’une ligne de paroles insondables. Laissez-vous porter. Rod pa kel koté shomin i vire.

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"J’aime les yeux qui voient le ciel à travers toi / Ce en quoi s’est métamorphosée la lumière" - Boris Gamaleya - "Lady Sterne au Grand Sud"

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Illustration extraite du supplément au N° de septembre 1969 de "Réalités et perspectives réunionnaises"

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J’ai froid. Le ciel est clair. Tout au long du trajet vers la Plaine-des-Palmistes, le babillage de Patrice et de papa me berce. Je renoue avec les sensations de l’enfance quand, à l’arrière de la voiture, je renversais la tête vers le ciel et regardais par la fenêtre, immobile, la course furtive des arbres jusqu’à la nausée. J’attends le malaise promis qui va bientôt me cueillir, ce sentiment d’isolement et d’abandon qui s’empare de moi dès que je dépasse la ligne des 400.

Le ciel est clair et Patrice espère une papangue. Boris et Clélie occupent une petite case souriante adossée à un rempart vertigineux. Ils nous accueillent au barreau. Les retrouvailles sont emplies d’émotion, une émotion pleine de retenue. On suit le poète qui nous précède jusqu’au salon. Les premières minutes de trouble passées, une discussion animée s’installe. Des souvenirs et des espoirs. Des embardées et des éblouissements.

Clélie nous offre le café. Elle est belle comme une petite pomme mure. Je me réchauffe. Boris ouvre un vieux placard qui déborde de livres aux pages jaunies et exhibe avec fierté un Parny en russe. Puis nous entraîne dans le jardin. Le rempart en fond de cour me donne le vertige et la rosée dans les herbes a décidé de franchir le cuir de mes bottes. Boris déniche deux pieds de goyaviers devant un rideau de bambous. Il fait plier la branche la plus chargée, cueille les petits fruits rouges et me les tend sans un mot. Ils sont plus doux que aigres. A mon tour, je choisis sur la branche deux goyaviers sang et les dépose dans la main de Boris.

La promenade se poursuit et nous amène au bout d’un sentier bordé de fraises sauvages, jusqu’au creux d’une petite ravine. Il faut escalader de gros galets pour atteindre une flaque d’eau croupie dans laquelle Boris affirme qu’il y a des poissons. Paroles de poète mais rien que des Tikigrotèt ! Il ramasse quelques galets, en choisit un « en forme de chaussure » prétend-il... On croise une madame Grondin avec ses herbages pour la tisane dont quelques branches finissent dans la main de « monsieur Gamaleya ».

Poésie et maloya au menu du déjeuner. Boris déclame. Boris chante. Clélie jubile. Il ressasse et repart sur une fulgurance poétique. Pirouette. Il hésite parfois, au bord du souvenir. Trois papangues tournoient dans le ciel toujours clair.
Boukané-chouchou-rougaildakatine-kafé. Au moment de refermer la parenthèse, les larmes me brûlent les yeux mais je les ravale. On promet de revenir. Vite...

Nathalie Valentine Legros

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(...) Une goutte tinte. Sous les rosiers, les grelets se sont tus. Ris donc encore ! Romps le silence des étoiles. Tu détiens la dernière perle de la mer. Cette pensée : Si l’amour est un éclair dans tous les sens, le vaincu n’est plus seul à assimiler l’autre sans complexe... (...) Boris Gamaleya. Extrait de "Lady zouk mask" - "Piton la nuit", Éditions du Tramail.

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