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Zistoir-la pa mantèr !

La treille chouchoute

15 mai 2013
Izabel
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La famille vit à Salazie, un lieu sauvage et retiré dit « Bois de pommes ». La grande maison en bois, construite de bric et de broc, s’ouvre sur une vaste cour en terre battue...


Tout à coup, il se met à crier...


L’enfant a entre 8 et 10 ans. Malgré ses nombreux frères et sœurs (ils sont 14, de deux lits différents), il est plutôt solitaire et s’amuse toujours seul au retour de l’école. Un de ses jeux favoris, le jeu de « kanèt » [1], l’occupe longuement. Il le partage sans doute avec ses condisciples dans la cour de récréation. Il s’y exerce seul après la classe.

Ce soir là, il est environ 16 heures 30, on n’entend que le claquement des billes que le petit tente de diriger vers le trou, préalablement creusé dans la terre de la cour. Tout à coup, avec un rien d’inquiétude dans la voix, il se met à crier...

— Papa, papa, viens vite ! Tonton Hector i vient d’passe sous la treille chouchoute !

Le père se dérange, non sans un brin d’énervement et vient lui signifier que Tonton Hector est à Madagascar depuis maintenant plus d’un an (ce que l’enfant sait parfaitement) et que, par conséquent, il ne peut logiquement pas être passé sous la treille.


« Papa ! Mi di a ou viens vite »


A nouveau, seul le claquement des « kanèt » vient rompre le silence de cette fin d’après-midi, quand soudain la voix du petit, nettement angoissée cette fois, s’élève du fond de la cour...

— Papa ! Mi di a ou viens vite, Tonton Hector i vient d’repasse encore un coup sous la treille !

Le père, agacé d’être à nouveau dérangé, arrive et demande...

— Kosa lu la di a ou ?
— Rien, lu la pas dit a moin rien, lu la passé, c’est tout !

Les parents, les pères surtout, avaient la main leste. La claque a résonné et l’enfant fut prié de cesser ses mauvaises plaisanteries. Le cri suivant fait accourir père, mère et sœur aînée. Il est accompagné de sanglots et de tremblements. Sur un mode suraigu, qui n’a aucune peine à être convainquant, il affirme :


Le lendemain, le télégramme arrive...


— Mi di a zot, Tonton Hector la passe trois fois sous la treille chouchoute, avec son kas [2] su son tête !

Le garçon est dans un triste état, pleurant, couvert de sueur, il est ramené tout tremblant à la maison. D’ailleurs, le soir tombe. Au repas du soir, il reste silencieux, le nez plongé dans son assiette, sans pouvoir manger grand-chose.

Le lendemain, le télégramme arrive, petit papier vert porteur de mauvaises nouvelles : « Hector décédé hier le… à 16 heures 30  ».

Izabel


Notes

[1Jeu de Kanèt’ (le t final se prononce) : Jeu de billes.

[2kas (le s final est sonore) : casque. Les hommes portaient souvent un casque en guise de chapeau (casque colonial).

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