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Édito : mort de Jacques Vergès

Anne Sinclair, l’épitaphe en forme de procès

16 août 2013
Geoffroy Géraud Legros
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« Jacques Vergès, avocat de Klaus Barbie et du terroriste Carlos est mort ». C’est sur le tweeter d’Anne Sinclair que l’on peut lire cette cinglante épitaphe, inscrite en surplomb d’un article de la version française du Huffington Post.

Engagé à 17 ans dans les Forces françaises libres, avocat des combattants algériens, cible de l’OAS et des services secrets français, il ne survécut à ces derniers que par l’estime que lui avait témoignée le Général de Gaulle. Maître Vergès fut l’avocat de Barbie, de Papon ; il prit en charge la défense de Carlos, ce qui ne lui porta d’ailleurs pas bonheur. Ce faisant, il affirmait que personne ne devait être, ni du fait de sa qualité, ni quelle qu’en soit la raison, exclu du droit au due process — et que dans l’arène judiciaire, chacun devait avoir droit à un avocat qui joue le jeu, et le joue à fond. Vergès, au fond, interrogeait le combinat justice-média d’opinion qui a émergé de la société du spectacle post-68 : pourquoi, à l’instar des systèmes qu’il dénonce lui-même comme « totalitaires », lui faut-il faire, de certains hommes, des monstres pour pouvoir les condamner ? Quelle est la nature d’une vengeance qui, pour s’exercer sur un être, doit préalablement lui ôter la qualité de justiciable ?

Solidaire de son époux jusqu’aux tréfonds les plus fangeux du cocuage, Mme Sinclair a un temps incarné quelque chose d’un rôle de tragédie — un rôle qui la mit à nos yeux au-delà des flots d’écume malsaine faite de pitié graveleuse et de concupiscence rentrée qui, depuis Molière entoure la figure du cocu nanti. Epouse flouée, infiniment trompée, trahie de part en part de sa vie de couple, elle demeura non sans noblesse au bras de celui que les médias ont en quelques jours et à tout jamais constitué en salaud archétypal. Grand bourgeois, grand ordonnateur de plans de restructurations, grand donneur d’ordres, de leçons de sobriété et de tempérance économique. Et, martelait-on, violeur pervers d’une prolétaire noire, femme seule, mère d’un petit enfant. Et, a-t-on déjà jugé sans le moindre procès, habitué des partouzes et du milieu. Porc, selon l’une de ses anciennes amantes, peut-être le plus misérable personnage de cette misérable intrigue.

Oui, Dominique Strauss-Kahn, dont la présomption d’innocence fut mise en charpie dès les premières minutes de l’après-Sofitel, a incarné — et incarne toujours, même s’il ne s’en rend peut-être pas compte — l’indéfendable. Dominique Strauss-Kahn, rétrogradé au rang de créature dont on se demande sur le zinc des cafés : mais qui peut bien défendre pareille ordure ? Dominique Strauss-Kahn voué aux flammes de l’enfer que certains, et non des moindres, souhaitent à l’âme de Jacques Vergès sur les réseaux sociaux. Une dialectique qui, manifestement, manque à Mme Sinclair...

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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