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Tribune Libre de Suzelle Boucher

Cimendef... l’histoire jugera. Nou larg pa !

17 mars 2015
Suzelle Boucher
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« Cimendef ne courbe pas la tête. Oui, la Médiathèque Cimendef vivra. Que ceux et celles qui veulent sonner le glas de ce projet ambitieux, généreux et nécessaire soient convaincus que leur tâche ne sera pas aisée. Que les Réunionnais les regardent. Que l’histoire les juge ». Une Tribune Libre de Suzelle Boucher.

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Cimendef ne courbe pas la tête... Illustration JCL.

Dans les orientations budgétaires de Saint Paul présentées lors du Conseil municipal du 25/02/2015, on peut lire, dans le chapitre investissement, le petit paragraphe suivant : « En 2015, une recette ponctuelle mais très importante viendra compléter le financement de nos investissements. Il s’agit des produits de cession, estimées à environ 20 millions d’euros dont 18 uniquement pour la cession du bâtiment situé sur la parcelle BO 795 p. Cette dernière recette permettra de limiter le recours à l’emprunt en 2015 ».

Cette parcelle, dissimulée sous le sigle BO 795p, est bien celle de la Médiathèque Cimendef qu’on prend grand soin de ne jamais citer !

Pourquoi la majorité municipale veut-elle vendre la médiathèque en missouk ? Aurait-elle honte de son forfait ?

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Projet de la médiathèque Cimendef. Source : peripheriques-architectes.com

La nouvelle médiathèque de Saint-Paul a été distinguée au niveau national. Faut-il rappeler que cette infrastructure a reçu le label national du concours particulier des Bibliothèques et a bénéficié, à ce titre, d’une subvention spécifique de 4,8 millions d’euros de l’État ? Par ce label, c’est sa parfaite adéquation aux besoins de la population, son architecture innovante, sa haute qualité environnementale qui ont été reconnues au plus haut niveau.

Que des élus s’acharnent à balayer d’un trait de plume une telle infrastructure conçue pour être au service de tous ne peut que contribuer à desservir les intérêts réunionnais et finalement à ridiculiser La Réunion. Et qu’ils ne viennent pas nous faire le coup des « intellectuels » et des « sachants » qui ignorent les besoins du « terrain ».

Partout à La Réunion (comme ailleurs en France), le « terrain » fréquente avec assiduité les médiathèques. Dans toutes les médiathèques que compte notre île, on peut croiser des jeunes, des moins jeunes, des plus âgés, et même des tout jeunes. Ce n’est qu’à Saint-Paul que des élus ont décidé que le « terrain » n’est pas digne d’avoir à sa disposition une médiathèque moderne, numérique et ouverte tous les jours.

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Bibliothèque nationale de France, site Richelieu

2014 : année des bibliothèques

La coïncidence des dates est ironique à défaut d’être cruelle. Pendant qu’à Saint-Paul, une médiathèque est mise à mort, le Ministère de la Culture a décrété 2014 « année des bibliothèques ».

Lors des assises nationales des bibliothèques qui se sont tenues en décembre 2014 et, où la nouvelle élue à la culture de Saint-Paul a fait une apparition, la Ministre a rappelé l’importance inestimable des bibliothèques pour accéder à toutes les connaissances. Une importance que le développement numérique n’a pas rendue obsolète. Bien au contraire.

Ceux qui se plaisent à opposer l’écrit à l’écran ignorent-ils que la fracture numérique est une réalité bien concrète pour bon nombre de nos concitoyens ? Que les usages numériques (y compris quand existe le très haut débit) ne remplaceront jamais une médiathèque comme élément à part entière de la communauté humaine ?

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Toujours en 2014, au mois d’août, la France a accueilli, à Lyon, le 80ème congrès mondial des bibliothèques. Qu’elle ait été choisie pour cet événement mondial est un signe fort de la reconnaissance internationale de la qualité du modèle français en matière de lecture publique.

Pendant ce temps-là, en 2014, à Saint Paul… Joseph Sinimalé annonce, sur tous les tons, l’enterrement de Cimendef. Et il négocie, durant de longs mois, avec son ami le président de Région, le détournement de la médiathèque de son objectif.

Le maire de Saint-Paul et Didier Robert s’acharnent pour que Saint-Paul soit une des rares communes de 100.000 habitants à ne pas être dotée d’une véritable médiathèque. Ils sont prêts à gaspiller des millions et des millions d’euros pour arriver à leurs fins.

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Et 2015 sera « l’année de la jeunesse à Saint-Paul »…

C’est ce que le maire de Saint-Paul n’a pas hésité à déclarer en préambule du dernier conseil municipal. Alors qu’avec la complicité active de Didier Robert, il se bat pour priver les jeunes Saint-Paulois d’un équipement fondamental pour leurs études mais aussi pour leurs loisirs, Joseph Sinimalé prétend s’intéresser à la jeunesse.

Évidemment ni lui, ni Didier Robert, qui doit signer le gros chèque, ne sont dupes de cette mascarade. Alors ils inventent une fable qu’ils veulent nous faire gober.

Comme d’habitude, la proximité occupe une place de choix dans ce z’istoir. C’est le mot passe-partout, c’est le prétexte à tous les renoncements.

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Brésil, la bibliothèque de Real Gabinete Português de Leitura, Rio de Janeiro.

En lieu et place de Cimendef, la nouvelle municipalité propose donc de rénover et de construire des médiathèques de quartiers. Trois exactement. Personne n’est opposé à des structures décentralisées (qui d’ailleurs existent déjà en partie) mais tout le monde sait que leur fréquentation et leur efficacité doivent s’inscrire dans le cadre d’une grande Médiathèque Centrale.

L’ensemble des services que les usagers d’aujourd’hui sont en droit d’attendre ne peuvent être apportés que si les médiathèques de quartiers peuvent s’appuyer sur une grande structure centrale. L’expérience accumulée, depuis des décennies, à travers le monde le prouve amplement. Quelle source secrète inspire donc Joseph Sinimalé ?

Ce qui est sûr, c’est qu’en 2015, la jeunesse saint-pauloise devra se contenter de la médiathèque Leconte de Lisle. Alors que la médiathèque Cimendef aurait pu être livrée au public dès le mois de mars, les bibliothèques de quartiers, elles, ne seront pas accessibles avant au moins trois ans.

Un jeune Saint-Paulois actuellement en classe de 3ème doit savoir qu’il passera le bac sans bénéficier d’une nouvelle médiathèque. Voilà comment détruire ce qui existe au nom de promesses virtuelles !

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Colombie, bibliothèque de Villanueva

Un équipement culturel… qui exclut la plus grande partie des jeunes

Après les hypothèses de centre d’affaires, de siège administratif, de bureaux pour la mairie, on nous raconte désormais que la médiathèque sera transformée en un Conservatoire Régional.

Une structure pour des jeunes certes. Mais avec un changement radical : quand l’accès à la médiathèque est gratuit et ouvert à tous, celui d’un conservatoire est payant et réservé à une partie restreinte de la jeunesse. Il ne suffit pas de s’autoproclamer « Maire des pauvres » pour servir réellement les plus modestes.

Le maire de Saint Paul, avec la complicité sans faille du Président de Région, abandonne la médiathèque pour « son coût et sa laideur » pour la remplacer par un conservatoire régional. A vrai dire, ils n’inventent rien. Il y a eu un précédent.

En 1995, à Orange, la municipalité de Jacques Bompard, alors au FN, a abandonné, dès son arrivée au pouvoir, une médiathèque en centre-ville évoquant son « coût et sa laideur » au profit… d’un conservatoire de musique.

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L’incroyable cité des livres... Megabiblioteca, la bibliothèque José Vasconcelos de Mexico.

Une promesse de campagne qui coûte très cher

Sacrifier la médiathèque sur l’autel de la nouvelle mandature pour répondre à une promesse de campagne : voilà une bien mauvaise affaire pour la Région. Voilà un bien mauvais calcul pour les Réunionnais. Mais « il faut sauver le soldat Sinimalé ».

La Région avait déjà un projet de conservatoire à l’étude sur un terrain de Savannah cédé par la municipalité. Son coût : 13 millions d’euros.

De l’autre côté, pour la transformation de la médiathèque en conservatoire, la Région devra débourser pour :
- Le rachat du bâti et du terrain :18 + 2 M€
- La reconfiguration du bâtiment : 4 M€
- Le remboursement de la subvention de l’Etat : 4,8M€
Soit au total la coquette somme de près de 30M€.

Alors que les Saint-Paulois auraient pu avoir, pour le même prix (18 + 13 millions), une médiathèque et un conservatoire, Joseph Sinimalé et Didier Robert préfèrent, contre toute logique, ne mettre à leur disposition qu’un seul équipement et les priver, purement et simplement, de médiathèque.

Pourquoi une telle incohérence ? Pourquoi ce gaspillage éhonté ?

Rien ne peut justifier que deux élus, soucieux de leur seul confort électoral, engloutissent à fonds perdus, l’argent des contribuables, et se détournent de l’avenir de notre jeunesse.

Avec Cimendef, refusons leurs petits calculs et leurs grandes erreurs.

Suzelle Boucher

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Brésil, bibliothèque nationale de Rio de Janeiro

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Allemagne, bibliothèque de Stuttgart

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