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Opinion

Babou B’Jalah : Quelle Réunion émergera de cette mobilisation historique ?

27 novembre 2018
Babou B’Jalah
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Depuis le 17 novembre 2018, l’expression populaire se manifeste au niveau national, comme ici à La Réunion où les spécificités locales donnent une toute autre ampleur au mouvement contestataire. Il est maintenant dit que cette crise sociale est historique. On l’a déjà dit : il y aura un avant et un après « gilets jaunes ». Mais quel est cet « après » que nous souhaitons construire pour notre société réunionnaise ? Quel avenir pour La Réunion ?

Photo : Babou B’Jalah.

Quelle leçon garderons-nous de ce mouvement historique ?


Depuis le début du mouvement, les revendications sont claires et pourtant inaudibles. On n’entend toujours pas la misère, on n’entend toujours pas la colère, on n’entend toujours pas les Réunionnaises et Réunionnais sur les problèmes de fond.

Ils savent pourtant, parce qu’ils sont les premiers concernés, au jour le jour. Ils n’arrivent plus à se projeter, tellement la vie de tous les jours est embrumée par les problèmes touchant directement le porte-monnaie de monsieur ou de madame tout le monde.

Photo : MGL.

Peur de l’embrasement…


Aujourd’hui, chacun a son mot. Certains gramounes, ayant connu les privations de la Seconde Guerre mondiale, s’inquiètent de l’approvisionnement de La Réunion.

Ceux qui ont vécu les événements du Chaudron en 1991 partagent les inquiétudes des plus vieux et craignent l’embrasement dans les quartiers les plus défavorisés.

Et que dire du COSPAR ! De la crise de 2012 ! Quels changements ont-ils amené ?

D’après une photo de Babou B’Jalah.

Peur d’une radicalisation revendicative


Nous en sommes encore au même niveau. Les Réunionnais le disent : rien n’a bougé d’un poil sur les vraies problématiques locales. Et les Réunionnais partagent la peur d’une radicalisation revendicative, donnant la part belle aux gilets noirs et aux gilets jeunes.

Si certains veulent manifester pacifiquement, d’autres — qui ne sont pas majoritaires — enveniment le débat et discréditent les revendications. Ici, ce n’est sûrement pas Marine Le Pen qui joue ce jeu de nuisance.

Chaque crise sociale nous le rappelle, notre île est isolée et son économie est tributaire de l’arrivée et du départ des marchandises, du tourisme, des investissements privés ou étatiques, européens. Mais les Réunionnais ne se retrouvent pas dans ce constat. Ils ont d’autres préoccupations.

"Manifestation"
Oeuvre d’Antonio Berni, peintre argentin.

« Moin lé pa né po viv, moin lé né po péyé »


« Le pëp i anpë pù. Nou gingn pù péyé, mi gingn pù péyé. Moin mi travay, mé mi voi pa par ousa mon larjan i vol shemin. I ariv le 1 dù moi sù mon konte, kan mi fé in konte napù rien kan i ariv le 15 le moi. Monsieur, mi viv à krédi. Moin lé pa né po viv, moin lé né po péyé » témoigne un gilet jaune.

Une mère de famille écoute et s’empresse de partager sa situation : « Amoin, moin na 2 zanfan, les 2 lé diplômé. Napoin 1 i travay. Bac+3, fèr kwé ? Banna i viv la kaz èk le ti pë larjan nou gingn. Moin lé fanm-ménaj é mon mari i travay lékipman (DRR). Nou ansort pù. Koman ou vë mi lès pasé tousala. Kan ou majine l’ot gro zozo i profite l’èd gouvèrnman. Anou kisa i èd anou ? ».

Photo : MGL.

Au moins, les Réunionnais se parlent


La vie chère, le manque d’emplois, de logements sont autant de revendications légitimes, entendues et répétées à longueur de journée sur les ondes. Mais près de 500 revendications ont été recueillies, ce samedi 24 novembre 2018, sur le square Labourdonnais devant la Préfecture. On sent de la confusion, parfois de l’incohérence.

Ce mouvement prend une tournure de défouloir au vu de l’exaspération des citoyens. On dit tout ce qui ne va pas, de la dimension la plus familiale jusqu’à l’expression la plus générale. Au moins, les Réunionnais se parlent.

La parole se libère, mais aucun leader ne se fait vraiment l’écho de cette expression réunionnaise. Par peur d’être ensuite décrié par la population manifestante. D’ailleurs, les deux porte-parole reçus en préfecture au nom des Gilets Jaunes en ont fait les frais, dès leur sortie, parce qu’ils s’attardaient à parler à l’autorité préfectorale. On sent une méfiance. Légitime ?

Photo : Babou B’Jalah.

On voit naître plusieurs mouvements citoyens


Les Réunionnais veulent que leur voix soient entendues, une fois pour toute, sans altération du propos. Mais savent-ils se mettre d’accord et apporter d’une même voix des revendications comprises par tout le monde ?

Plusieurs acteurs de la société civile appellent au calme, à la sérénité, permettant — leur semble-t-il — l’instauration d’un climat propice au dialogue et à la recherche effective de solutions tout autant effectives.

On voit naître plusieurs mouvements citoyens, qui émettent des propositions, appellent au dialogue réunionnais, au vivre ensemble réunionnais, au faire ensemble réunionnais. Pour autant, ceux-là mêmes qui veulent amener les conditions du dialogue ont parfois le séant entre deux chaises, ne sachant plus quelle place prendre dans ce mouvement.

Photo : Babou B’Jalah.

Cyclone social


Les animateurs sociaux, même s’ils appellent au calme, sont eux-mêmes à l’agonie et soutiennent derechef les gilets jaunes. Les artistes sont là pour apporter leur soutien au mouvement, tout en jouant de leur notoriété pour assurer le calme dans ce cyclone social. Pour peu que ce monde soit issu du tissu économique, ils sont de suite critiqués sur leur « collaboration avec le système ».

Les politiques sont eux presque devenus invisibles. On entend le député Jean-Hugues Ratenon, lui-même vêtu du gilet jaune, soutenir les manifestants. Mais que propose vraiment La France Insoumise pour La Réunion ? Les politiques sont presque devenus invisibles, disais-je, si ce n’est aussi Vanessa Miranville qui parvient, on ne sait comment, à se jeter des fleurs et prendre le leadership sur le Préfet lui-même, à qui on coupe joliment le sifflet, totalement court-circuité par l’intervention de la maire de La Possession avec le ministère des Outre-Mer. Les Réunionnais ne sont pas dupes, ils savent reconnaître « les voleurs de révolution ».


Un emploi qui n’inscrive pas la misère comme une fatalité


Depuis 9 jours, on refait notre île, à coup de mesures « sparadrap ». On parle du Parcours Emploi Compétences [PEC], de services civiques, de contrats d’insertion de tout genre, faute d’emplois aidés disparus sous l’ère Macron. Mais ces emplois sont éphémères et nos difficultés restent pérennes.

Les Réunionnais ne veulent plus de la précarité à perpétuité. Ils veulent l’emploi, le vrai, celui qui permet de vivre avec plus de dignité, celui qui permet de se projeter, de se faire plaisir aussi, tout en assurant les charges et impôts. Ils veulent l’emploi qui rend heureux, l’emploi qui n’inscrit pas la misère comme une fatalité. Ils veulent du changement et maintenant.

Photo : MGL.

Que faire de toute cette parole libérée ?


Ils veulent que la République soit moins donneuse de leçons et plus faiseuse de liberté, d’égalité et de fraternité entre citoyens français. Le constat est là, les Réunionnais se sentent français entièrement à part et non pas français à part entière. Ils sont soumis à une toute autre réalité de vie. Ils veulent que l’on pose les bases d’une Réunion Nouvelle, égalitaire, participative, où le Réunionnais lui-même se retrouve au cœur des négociations.

Est-ce une voie ouverte à un statut nouveau, puisqu’il est démontré que les vertus de la départementalisation ne sont pas au rendez-vous ? Que faire de tout ce ras le bol ? Que faire de toute cette parole libérée ? Quelle Réunion émergera de cette mobilisation historique ?

Babou B’Jalah
25 novembre 2018

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