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Coup d’Etat de la finance...

Avons-nous voté pour Merkel ou pour le changement maintenant ?

18 août 2013
Perceval Gaillard
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« Coup d’état de la finance » ! Il y a fort à parier que c’est ainsi que les historiens du futur expliqueront l’explosion de la dette publique dans tous les pays de l’OCDE, ainsi que les rapports instaurés entre le capitalisme financier et les finances publiques des États. Ainsi, la France est aujourd’hui endettée à hauteur de 91 % de son PIB. Sans les intérêts extorqués par les marchés financiers, elle ne le serait qu’à hauteur de 17%...

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Les politiques d’austérité menées actuellement par le pouvoir sol…férinien, dictées par la Troïka, trouvent leur justification officielle au nom du respect des traités européens et du remboursement de la dette publique. La bonne fortune de cette « explication », mille fois ressassée et assénée, est telle que plus personne ne s’interroge quant à l’origine de la dette... et moins encore, sur la légitimité de son remboursement. Pour expliquer l’explosion de la dette publique dans tous les pays de l’OCDE et tenter de définir les rapports entre le capitalisme financier et les finances publiques de chaque état, il y a fort à parier que les futurs historiens parleront de « coup d’état de la finance ».

Une loi faite par des banquiers pour des banquiers !

Comprendre cet épisode décisif de l’histoire économique en cours, nécessite un détour préalable par le passé. Car il en va de la politique comme de la littérature ou du cinéma : on n’y comprend rien si l’on ne commence pas par le début. En 1801, Napoléon fonde la Banque de France pour, affirme-t-il déjà, s’émanciper de la tutelle des banques et des milieux d’affaires : « La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. »

Depuis, l’Etat français, s’est toujours réservé la possibilité d’emprunter sans intérêts auprès de la Banque de France — financée elle-même par l’argent public, c’est à dire, par les impôts directs et indirects. En 1973, la loi Pompidou-Giscard — parfois appelée « loi Rothschild » du nom de la banque d’affaires dans laquelle travaillait Pompidou avant d’être premier ministre et président —, interdit désormais à l’Etat de se financer à 0% auprès de la Banque de France et l’oblige ainsi à recourir aux taux prohibitifs des marchés financiers. Pas de doute : nous sommes en présence d’une loi faite par des banquiers, pour des banquiers.

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Vous avez dit escroquerie ?

Cette logique appliquée à l’échelon national est aussi présente dans l’architecture politique et économique européenne, notamment par l’article 104 du Traité de Maastricht et l’art.123 du fameux Traité de Lisbonne — rejeté par referendum et néanmoins ratifié par voie parlementaire, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy avec le soutien du PS. Conséquences de cette double proscription de l’emprunt à 0% auprès des banques centrales : l’Etat français est actuellement endetté à hauteur de 91 % de son PIB. Sans les intérêts extorqués par les marchés financiers, cette dette atteindrait 17% seulement du PIB national...

Or, on se souviendra qu’au bord de la banqueroute où les avait acculées leur mauvaise gestion, les banques privées ont, elles, pu être renflouées par la Banque Centrale Européenne — avec, toujours, l’argent de nos impôts. « Sauvés » par les ressources collectives, ces établissements ont continué d’accorder aux Etats des prêts à des taux toujours plus exorbitants. Vous avez dit escroquerie ? Que ceux qui douteraient encore que la finance mène une véritable guerre contre les États nationaux méditent ceci : le taux moyen d’endettement des pays de l’OCDE représente 160% de leur PIB, soit exactement le même taux qu’au sortir de la seconde guerre mondiale.

La mort programmée du monde associatif

C’est en prenant pour prétexte la situation dramatique de nos finances publiques que les politiques actuelles mènent une campagne d’austérité qui tue le malade bien plus qu’il ne le soigne. L’austérité, c’est une série de coupes dans tous les budgets de publics : moins de professeurs (même si le PS a fait un effort significatif sur ce point), de policiers, de gendarmes, d’infirmiers et de médecins à l’hôpital public, bref moins de personnes travaillant pour la collectivité. C’est aussi le déclin organisé de toutes les subventions publiques pour les associations du secteur social et médico-social, pour les crèches, pour les associations culturelles et sportives : c’est la mort programmée de l’ensemble du monde associatif.

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Asphyxie des collectivités locales

L’austérité s’oppose au modèle social construit dans l’Après-guerre : sécurité sociale, assurance chômage, système de retraite... C’est également la baisse des salaires, le chômage de masse, la précarité galopante. L’austérité fait primer les impôts les plus injustes (notamment la TVA), et asphyxie les collectivités locales (Conseil Général, Régional, Communes…). Elle appauvrit les collectivités sous couvert de décentralisation, lorsque l’Etat délègue des compétences sans donner les moyens financiers de les assurer.

Mais l’austérité, c’est d’abord et avant tout un non sens au strict sens économique. Compression du pouvoir d’achat, réduction de l’investissement de l’état dans l’économie, licenciements facilités dans le public comme dans le privé, augmentation de la pression fiscale sur les couches populaires et les classes moyennes, baisse des salaires… Autant de mesures qui ne permettent pas le redémarrage de la consommation intérieure, condition indispensable pour sortir de la récession.

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Les tenants de l’austérité ressemblent furieusement à ces médecins ignorants du Moyen-âge qui saignaient systématiquement leurs patients par pur dogmatisme, tuant la majorité d’entre eux au passage, ceux qui contestaient le « remède » risquant de finir au bûcher. Mutatid mutandis, la même logique est aujourd’hui à l’œuvre. Nous savons que cette politique est mortelle pour l’économie mais nos dirigeants actuels, par pur dogmatisme, renoncement ou capitulation, continuent inlassablement à saigner le pays, lui enlevant ses forces vitales.

Le fruit d’un v(i)ol démocratique

Ainsi, il faut nous dit-on faire des économies pour respecter les traités européens (comme si ceux-ci étaient de droit divin et n’avaient pas été le fruit d’un v(i)ol démocratique) et ne pas désespérer le gouvernement de droite allemand. Avons-nous voté pour Merkel ou pour le changement maintenant ? Sont-ils à ce point ignorants de l’Histoire pour ne pas voir qu’ils creusent ainsi leur propre tombe et préparent l’arrivée au pouvoir de la droite « décomplexée » et de l’extrême droite ? N’ont-ils même aucun amour propre pour passer quotidiennement sous le joug des fourches caudines du MEDEF et du CAC40 ?

En réalité, ils n’ont toujours pas pris la mesure de la crise systémique qui frappe le Capitalisme. Gavés de privilèges par le système, ils manifestent une incompréhension des revendications populaires, comparables à celles de la noblesse de la fin de l’Ancien Régime, aveugle à la montée du Tiers-État. Incapables de comprendre quoi que ce soit au pays réel, ils dévoilent, du haut de leur morgue hautaine, tout leur mépris pour un peuple qu’ils sont censés représenter et défendre.

Après plus d’un an d’exercice du pouvoir par les socialistes et leurs politiques d’austérité, il est temps pour le peuple de rappeler au Président Hollande qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne, comme son prédécesseur est en train d’en faire l’expérience, et qu’il ferait bien d’appliquer, au moins a minima, la politique pour laquelle nous l’avons élu. Nous n’avons pas à payer pour une dette et une crise dont nous ne sommes pas responsables !

Perceval Gaillard

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