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10 ans déjà...

Arnaud Dormeuil, sa té in moun kom nou !

14 novembre 2018
7 Lames la Mer
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En 20 ans de carrière, Arnaud Dormeuil aura joué 1.409 fois sur scène devant 328.000 spectateurs. Mais au diable les chiffres. Arnaud Dormeuil est à jamais gravé dans la mémoire populaire comme la figure emblématique du théâtre Vollard. Hommage à celui qui nous a quittés il y a 10 ans, le 14 novembre 2008, à 44 ans.

1992. Photo : © Claude Thérésien.

Le plus bel hommage est venu du peuple le 20 décembre 2008


20 décembre 2008. Cela fait un mois qu’Arnaud Dormeuil est mort, à Paris, seul dans sa chambre de location. Arnaud Dormeuil était l’une des figures les plus populaires de l’île de La Réunion. Son corps, retrouvé en l’absence de sa logeuse, ne sera identifié que quelques jours plus tard. L’annonce de sa mort provoque une vive émotion palpable dans tous les milieux à travers l’île [et de l’autre côté de la mer].

« Au fil des spectacles, Arnaud est devenu l’acteur fétiche de la compagnie, explique le théâtre Vollard sur son site [1]. Comme disent les journalistes : “on ne voit que lui”. Petit (1,40 m), d’un talent exceptionnel et d’une jovialité communicative, il est issu d’une famille de musiciens et de ségatiers réunionnais. Il est apprenti maçon quand amené dans la troupe par sa sœur Marie-Hélène, il joue de l’orgue et tient le rôle de l’évêque en 1982 dans “Nina Ségamour” et devient comédien à la suite d’un remplacement dans “Le Mariage de Mascarin” (1982) ».

1990, "Lepervenche, chemin de fer". Judex, interprété par Pierre-Louis Rivière et Gaston campé par Arnaud Dormeuil. © Théâtre Vollard.

Il provoque l’enthousiasme et l’adoration du public


Les multiples talents d’Arnaud le propulseront sur le devant de la scène où il provoque l’enthousiasme et l’adoration du public. Comédien, musicien multi-instrumentiste [avec une « préférence » pour l’accordéon], chanteur, ténor... artiste, touche-à-tout.

Il incarnait une sorte de dalonerie réunionnaise à laquelle prenaient part tous ceux qu’il croisait, ici ou de l’autre côté de la mer : pas de triage dans son café.

20 décembre 2008. L’abolition de l’esclavage a 160 ans et Arnaud est mort depuis un mois. La source des hommages et réactions émues commence à peine à se tarir. Pourtant... l’un des plus beaux hommages va lui être rendu.

1992. Photo : © Claude Thérésien.

Le maloya résonne dans la nuit quand...


Dans un quartier populaire d’une commune réunionnaise, on se prépare ce jour-là à célébrer l’abolition. Toutes les générations sont réunies autour d’un grand feu. Le maloya résonne dans la nuit.

Le maire et quelques élus vont de kabar en kabar... La conversation s’engage avec un groupe d’habitants autour du feu, dans l’odeur des poulets grillés. « Monsieur le maire, moin néna in nafèr pou di aou : i fo ou done lo nom Arnaud Dormeuil pou nout sité » [2].

Cette petite cité principalement ouvrière constituée de cases Satec anciennes n’est pas épargnée par le chômage. Ici, le 20 décembre est un rendez-vous ancré dans les mémoires familiales ; il cristallise la résistance à travers un réseau phréatique de solidarités créoles. Dans ce quartier, la mort d’Arnaud Dormeuil a soulevé une émotion encore à vif.

Samedi 4 avril 1987, foule au Barachois pour soutenir le théâtre Vollard qui vient alors d’être expulsé du grand marché. Arnaud Dormeuil au micro.
Photo : © Philippe Guillot. Vollard lé gaillard.

« Arnaud Dormeuil reste pour moi une énigme »


Celui qui a parlé pour exprimer cette revendication, chapeau sur la tête, les yeux humides et le regard déjà embrumé par le rhum, a la soixantaine bien entamée.

Il n’en démord pas et argumente en frappant sur sa poitrine : « Arnaud Dormeuil, sa té in moun kom nou ! » [3].

« Arnaud Dormeuil reste pour moi une énigme, commente Emmanuel Genvrin, directeur du Théâtre Vollard, comme une étoile filante : aucun de ses compagnons de scène ne l’a oublié à ce jour et il reste vivant dans la mémoire du public ».

7 Lames la Mer

1992. Arnaud Dormeuil et le réalisateur Sandro Agénor, sur le tournage du court-métrage "Un simple oubli". Avec Fiona Gélin. Photo : © Claude Thérésien.

Arnaud Dormeuil, 1990. © Théâtre Vollard.

Fanfare à Limoges en 1984. De g. à d. : Emmanuel Genvrin, Rachel Pothin, Gérard Vidal, Jean-Luc Trulès, Nicole Angama, Arnaud Dormeuil.
© Théâtre Vollard.

Samedi 4 avril 1987, complicité au Barachois, à l’occasion de la fête en soutien au théâtre Vollard qui vient d’être expulsé du grand marché.
Photo : © Philippe Guillot.
  • Si je grandis aujourd’hui, tout est perdu - je suis le Sganarelle du système. Appelez-moi Arnold ! (Quotidien, 19 avril 1992)
  • Grâce au théâtre, j’ai eu la chance de vivre la vie d’un médecin, d’un avocat, d’un tuteur, d’un valet et même celle d’un clochard. (L’Express, février 91)
  • Cela fait tout drôle de voir sa figure sur les colonnes Morris dans tout Paris. (Journal de l’île de La Réunion, février 2001)
  • Dans ma famille, néna kaf, chinois, malgache, comore, guadeloupéen, guadeloupédeux, guadeloupétrois. (Journal de l’île de La Réunion, 21 novembre 2008)
Arnaud Dormeuil et Fiona Gélin. 1992. Sur le tournage du court-métrage de Sandro Agénor, "Un simple oubli". Photo : © Claude Thérésien.

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Notes

[2Monsieur le maire, j’ai quelque chose à vous dire : il faut que vous donniez le nom d’Arnaud Dormeuil à notre cité.

[3Arnaud Dormeuil, c’était quelqu’un comme nous.

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