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12 juillet 1995

Alain Peters : « J’ai entrevu l’infini »

9 mars 2017
7 Lames la Mer
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Il s’est éteint le 12 juillet 1995. Comme une flamme chavirée par la brise. Une flamme qui a trop brûlé. Discrètement. Mais depuis plus de 20 ans maintenant, une chose est certaine : Alain Peters est parmi les vivants. Hommage à celui qui est né le 10 mars 1952, avec les extraits d’une interview réalisée en 1979 par José Macarty, et publiée à l’époque dans « Témoignage Chrétien de La Réunion » avant d’être intégrée dans l’ouvrage « Mangé pou le coeur » édité par Village Titan et Alain Gili en 1983. Document...


Je capte des ondes sonores et colorées


Je ne suis pas un technicien. Je n’ai pas une connaissance précise de la théorie musicale. Je me définis comme un récepteur. Je capte des ondes sonores et colorées qui viennent de toutes parts. Et le travail créatif consiste justement à traduire ces sensations en notes musicales. Pour que l’oeuvre soit la plus pure possible, le courant, le « feeling », doit passer directement du coeur aux doigts. (...) Il faut cependant prendre garde. Les lumières que l’on perçoit ne sont parfois que des feux-follets.

Alain Peters et son éternel dalon, Marco Polot, décédé en 2006.

Je ne suis pas poète


Je me méfie toujours des mots. Je les ressens comme un tapage, un immense désordre qui fausse les sonorités. Quand je suis sous l’emprise de l’inspiration, du « feeling », les mots viennent tout de suite comme un sous produit de la coulée musicale. Ces paroles qui naissent dans mon coeur et non dans ma tête s’intègrent harmonieusement au reste de l’oeuvre. Je n’emploie que des mots simples. Je ne suis pas poète. (...) J’aspire à jouer une musique sans parole où la voix ne serait qu’un instrument au service de l’ensemble de l’orchestration.


La révolution audiovisuelle a tout bouleversé


À l’époque où le séga était autre chose qu’un produit commercial, nous avions des interprètes authentiques de la culture créole. Je pense notamment à Georges Fourcade, au groupe d’André Philippe, à l’orchestre Loulou Pitou. Ce qu’ils jouaient ou chantaient s’intégrait parfaitement dans le contexte de l’époque. (...) La révolution audiovisuelle a tout bouleversé. (...) Il y a 15 ans, je jouais déjà dans les bals. Et je voyais les gens « larguer le séga ». Ils se débarrassaient de toutes les pensées et vidaient leur âme de tous les soucis matériels. Ils faisaient corps avec la musique et communiaient avec eux-même. Ils se propulsaient dans un autre monde. (...) Je pense que les vrais artistes d’aujourd’hui sont : Maxime Laope, Narmine Ducap et sa fille Michou, Hervé Imare et surtout la troupe de maloya de Jean-Claude Viadère.


C’est de là que sortira bientôt le cri de vérité


La misère prend des proportions énormes à La Réunion. Les forces d’oppression sont en train de broyer des milliers de coeurs. C’est de là que sortira bientôt le cri de vérité. (...) Il n’y a pas de raison que le peuple humilié, exploité, ne fasse pas entendre sa voix authentique.


À treize ans, je faisais déjà des bals


J’ai commencé très tôt ma carrière de musicien. À treize ans, je faisais déjà des bals avec Jules Arlanda. Je jouais de la guitare sans aucun bagage théorique. Ce qui me charmait, c’était de voir les gens danser sur ma propre musique.


Dans la recherche des sensations psychédéliques


Je suis sorti de l’anonymat avec l’avènement du rock à La Réunion. C’était en 1973. Le rock correspondait à quelque chose qui n’était pas conventionnel et exprimait une révolte contre un système amorphe. Je faisais partie du groupe « Pop Décadence ». Nous avons foncé dans cette direction. L’expérience du rock que nous avons vécue s’accompagnait d’une autre manière de vivre. Ce fut la fuite en avant dans la recherche des sensations psychédéliques.


J’ai découvert le jazz par Miles David et John Coltrane


Dans le groupe « Caméléons », je me suis familiarisé avec le jazz-rock. C’est une musique assez originale marquée par des pulsations de jazz qui s’appuient sur une structure de rock. Il y a eu également le rock progressif avec Genesis. Et en fin de compte, j’ai découvert le jazz tel qu’il a été interprété par Miles David et John Coltrane. (...) Une telle approche de la musique correspondait à ce que je recherchais profondément. Il y avait aussi autre chose. Le jazz puise ses racines dans le creuset de l’Afrique. J’ai fait le rapprochement avec le maloya.


J’ai entrevu l’infini mais (...) j’ai encore l’univers devant moi


Pierrot Vidot, Jean Albany et Alain Peters.

Les photos et textes de cet articles sont extraits de l’ouvrage « Mangé pou le coeur, d’Alain Peters, poèmes et chansons créoles », édité en 1983 par l’association Village Titan présidée par Alain Séraphine.

Alain Peters, Alain Gili et Françoise Guimbert.

Ce n’est plus un paradoxe de constater que la maturité d’artiste d’Alain Peters survient quand aux yeux de beaucoup, il est marginal ou même un clochard ! C’est que son coeur énorme, sa férocité éloquente, son goût de la satire, hérités sans doute de l’enfant-blond chérie des bals « pop » qu’il fut pendant la fin des années soixante, se sont heurtés à un mur de phobies. (...)

Puisque la culture populaire ne « passe pas » à La Réunion par les circuits officiels, eh bien on s’en passe : Peters chante dans la rue, et il y dit également des poèmes, d’une façon bizarre qui appuie la voix sur la rime et qui les fait passer pour de simples « bouts-rimés ». Ce circuit d’art est le plus subversif que je connaisse, vu du « monde intérieur ». Vu du monde tel qu’il est, cet anarchisme auto-destructeur arrange surtout les médiocres, les rockers frimeurs et pistonnés, et les absolutistes de la « qualité sonore » qui, en fait, ont tout fait pour écarter du devant de la scène locale les créateurs populaires. (...)

L’homme, l’auteur (et interprète, et compositeur, et musicien de tous les morceaux enregistrés, grâce au « recording », faut-il le souligner ?) reste un mystère.

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