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Patrimoine

L’œil, l’étoile et la mémoire

7 août 2012
Nathalie Valentine Legros
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Elles font partie du décor. L’œil s’est habitué à les voir là. Et un jour, elles disparaissent pour laisser la place à une « dent creuse », terme utilisé dans le jargon urbanistique pour désigner les « parcelles gagnées ». Elles, ce sont ces vieilles bâtisses que l’on détruit, « boutiques chinois », petites cases créoles, bâtiments industriels, demeures coloniales… La question de l’aménagement rejoint celles de l’identité et de la culture. Va-t-on continuer d’opposer patrimoine et modernité dans une île qui, peu à peu, perd la mémoire au profit de choix assimilationnistes ?

Saint-Leu. Le four à chaux. Ile de La Réunion.
7 Lames la Mer.

Un peu de l’âme réunionnaise...


Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez sur l’île de La Réunion, ouvrez les yeux. Elles sont encore là pour certaines, abandonnées, livrées aux pestes végétales, ou squattées, délabrées, menaçant ruine, souvent la proie des flammes.

Elles sont là depuis toujours et votre œil, par habitude, n’y porte plus attention. Pourtant, si vous n’y prenez garde, leurs silhouettes familières vont bientôt être gommées du décor et il sera alors trop tard. Boutiques chinois, usines délabrées, petites cases créoles, bâtisses industrielles… sont sacrifiées et avalées par le béton proliférant et l’urbanisation galopante. A chaque disparition, c’est un peu de l’âme réunionnaise qui se dilue dans la recomposition du paysage.

Habitation, 1889. Anom.

Ni des fanatiques du bardeau ni des obsédés du lambrequin


Soyons clairs : nous ne sommes hostiles ni à la modernité ni à une architecture audacieuse voire futuriste. Nous ne sommes pas les adeptes aveugles d’une authenticité réactionnaire. Nous ne sommes pas réfractaires à la nécessaire mutation de l’espace urbain, voire à la densification des villes et particulièrement des centres historiques. Nous ne sommes ni des fanatiques du bardeau ni des obsédés du lambrequin.

Pour autant, pouvons-nous assister passivement au saccage, par petites touches, en douce, d’un des pans de notre mémoire réunionnaise ? Pouvons-nous nous contenter de la survivance des belles villas créoles de la rue de Paris, vestiges de la haute société coloniale ? D’ailleurs, celles qui n’ont pas été édifiées sur cette artère bénéficient-elles de la même attention de la part des autorités ?

Saint-Paul, bâtisse industrielle.
Début du circuit Tour des Roches.
7 Lames la Mer

L’architecture populaire résiste !


L’architecture populaire, à travers laquelle le génie réunionnais s’exprime jusque dans les moindres détails, celle des quartiers, des hauts, des cours, des arrière-cours, des écarts, avec ses pratiques sociales régies notamment par la solidarité, n’a pas suscité l’intérêt qu’elle mérite ni les moyens nécessaires à sa valorisation.

Elle résiste la plupart du temps par défaut, condamnée par avance face à la pression des modèles d’urbanisation à la mode occidentale. L’âme réunionnaise s’exprime certes dans le patrimoine immatériel mais elle résiste aussi et surtout à travers les formes libres et singulières de l’architecture populaire. Il est temps d’ériger en modèle cette architecture populaire, inventive et révolutionnaire.

Nathalie Valentine Legros
2012

Le "Pavillon Ravate".
Angle des rues de Paris et Pasteur.
Source "Cols bleus", 1979.

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
Twitter, Google+.

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