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Société

Conférence économique et sociale : on se f... de nous !

29 octobre 2012
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Une « conférence économique, sociale (et... environnementale ?) » censée déterminer notre avenir, se « tiendrait » donc ces 29 et 30 octobre, sous l’égide de l’Etat, suivie d’un nouveau rendez-vous le 14 novembre. Conditionnel de mise, car les contours de cette grand-messe, déjà impopulaire avant même d’avoir existé excluent étrangement tout ce que notre île compte de forces vives… qui pourraient bien devenir turbulentes à force d’attendre à la porte.

Quoi ? Quand ? Qui ? Répondre à ces trois questions basiques est une entreprise hasardeuse… Quoi ? Le titre même de la manifestation n’est pas clairement défini : « Conférence économique et sociale », avec en option la mention « et environnementale » qui apparaît et disparaît sans explication. Quand ? Là aussi, on avance à tâtons : les 29 et 30 octobre à La Réunion certes, mais aussi le 14 novembre en un lieu non encore divulgué. Qui ? Là, ça se corse : des participants triés sur le volet ! A peine une vingtaine d’élus (parlementaires, présidents de Région, du Département, de l’association des maires et des intercommunalités) et une armée de représentants des services de l’Etat. Les maires, confrontés quotidiennement à la détresse sociale ? Pas invités ! Les forces vives du pays ? Militants de terrain ? Acteurs culturels et associatifs ? Acteurs économiques ? Mouvements citoyens ? Dirigeants politiques ? Pas invités ! Quant à la presse, elle était, aux dernières nouvelles, priée d’attendre à la porte ! Circulez… Les syndicalistes sont-ils les bienvenus ? Et quid des travailleurs sociaux, ceux qui s’ingénient à soulager la misère humaine ?

La liste des non-invités

Il y a une dizaine de jours, le CESER (Conseil économique, social et environnemental de la Région), que le nom semble pourtant désigner naturellement, a décidé de ne pas participer « à cette manifestation si elle est organisée dans les conditions actuelles portées à sa connaissance » ! Dans le même temps, Jean-Hugues Ratenon et l’ARCP, qui émargent sur la liste des non-invités, crient à la manipulation. Deux exemples — parmi d’autres — qui expriment le malaise ambiant autour de cette conférence. Ne doutons pas cependant que l’on saura nous démontrer le bien-fondé de l’entreprise et ses prolongements positifs ! Mais les Réunionnais qui subissent le marasme de la crise ne sauront se contenter des intentions — fussent-elles bonnes — des organisateurs. Lesquels ont fait montre, jusque là, d’une constance remarquable dans la confusion.
La Réunion est devenue la terre miraculeuse des conférences, colloques, table-rondes, séminaires, congrès ; où l’on crée une commission à chaque fois qu’une question épineuse se pose ; où l’on multiplie ateliers et comités de pilotage ; et où l’on a la désagréable sensation de revenir toujours sur les mêmes revendications. Tout semble paré pour que la détresse sociale se transforme en colère.

Sous les ors Elyséens

On va donc, après avoir annoncé le changement, se réunir « presque » en secret, pour discuter de sujets hasardeux. Le contraste est frappant avec le Conseil interministériel des Outremers (CIOM), dernière des tentatives présentées comme volonté de changer durablement la condition de ce que, là-bas, on nomme « les Outremers ». Initié par les Etats-généraux et conclu face à un parterre d’ultramarins illustres sous les ors Elyséens, le CIOM fut une vaste opération de communication. L’un des rédacteurs de cet article y était ; l’affaire valait le détour. A commencer par l’arrivée d’un Nicolas Sarkozy au regard vitreux, dans un groupe de « Men in black » digne d’une série policière colombienne, où l’on discernait Brice Hortefeux.

La forme trahit le fond

Après un serrage de mains robotique, le Président de la République débita ce que l’on voulait entendre : l’Outremer devait se développer par lui-même — « développement endogène » — retrouver son environnement géopolitique, passer aux énergies renouvelables, favoriser l’emploi local. Sur ce point, Nicolas Sarkozy moqua la « caricature », par lui constatée, de l’omniprésence « métro » aux postes-clefs. Consécration : l’ultramarine Marie-Luce Penchard, fut ce soir-là nommée à l’Outremer. Bref, le pouvoir central avait mis les petits plats dans les grands. Et pour cause : il lui fallait absolument éteindre le feu qui couvait encore en Guadeloupe et en Martinique, après les grèves du LKP et du Kolektif 5 Févriyé... La suite est connue : le CIOM est resté quasi-lettre morte, quand ses résolutions n’ont pas été foulées au pied. Aujourd’hui, le silence est de mise. Faut-il voir dans cette différence de façades le signe du passage revendiqué du pouvoir « bling bling » à la présidence « normale » ? Sans doute pas. Dans les deux cas, la forme ne fait que trahir le fond. Le socialiste Michel Vergoz annonce « la fin du colonialisme », sa collègue Ericka Bareigts qualifie de « texte fondateur » une loi dite « Lurel » sur la vie chère qui ne convainc pas même dans les rangs de sa majorité.

Les jeux sont faits

Le CIOM promettait monts et merveilles ; l’incertaine « Conférence » annonce déjà la couleur par la voix de Victorin Lurel, qui déclare en tout et pour tout une huitaine de mesures. On les devine sans peine : ce seront des mesurettes, des annonces, et sans doute du « développement durable » — cette comédie qui esquive le social. Faut-il s’en étonner ? Aujourd’hui comme hier, Paris ne voit dans l’Outremer qu’une réserve de voix et ne considère pas ses représentants comme des partenaires. La rigueur est à l’ordre du jour, et sans rapport de force politique et social, le Gouvernement ne fera pas de cadeaux aux Réunionnais et économisera ce qu’il peut à leurs dépens. En revanche, la grande distribution, les monopoles pétroliers et aérien ont, comme hier, leurs entrées privilégiées au Parlement et au Gouvernement. En clair, les jeux sont faits. Et une fois encore, on se f… de nous…

Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros
29 octobre 2012

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

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