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Madagascar : contre le pillage des mines (suite)

Perle, emprisonnée depuis 27 jours

7 avril 2013
7 Lames la Mer
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Un petit garçon attend devant la porte de la prison de Fort-Dauphin. A l’intérieur, sa mère, Perle Zafinandro-Fourquet, croupit depuis 27 jours. Ses proches remuent ciel et terre pour la sortir de là car « à Madagascar, dans l’esprit de tout le monde, la prison c’est la mort », confie un membre de sa famille. Leur espoir : alerter l’opinion internationale sur le sort de Perle. Retour sur les évènements qui ont conduit à l’arrestation et l’incarcération de cette militante engagée contre le trust minier QMM.

Le fils de Perle... devant la prison de Fort-Dauphin.

Amaigrie après 27 jours de détention, « Perle veut y croire encore », confie l’un de ses proches. Arrêtée le 11 mars, incarcérée le 12, elle est détenue depuis à la prison de Fort-Dauphin, ainsi qu’une dizaine de membres de « Fagnomba », dont une militante qui aurait été depuis transférée à l’hôpital suite à une « arrestation musclée ».

Qu’est-il arrivé à Perle Zafinandro-Fourquet, cette franco-malgache de 46 ans, militante et porte-parole de l’association Fagnomba (Entraide) ?

« Ma femme est porte-parole depuis 3 ans de l’association « Fagnomba », qui regroupe les petits habitants de Fort-Dauphin qui se sont faits en partie spolier par le trust minier QMM, explique Martin Fourquet, médecin à La Réunion. Dernièrement, des bureaux et du matériel informatique de la Cenit [1] ont été saccagés et le juge semble mettre tout cela sur le dos de Fagnomba. (...) Perle est en prison depuis... »

Les autorités reprochent effectivement à l’association « Fagnomba » — et plus particulièrement à sa présidente, Perle Zafinandro-Fourquet — d’être impliquée dans le saccage et le vol de matériel (écran plat, imprimante et trois disques durs) intervenus le 27 février dernier dans un local de la Cenit. « Fagnomba » a formellement démenti cette accusation dans un communiqué publié le 20 mars, et a par ailleurs précisé qu’elle souhaitait « sincèrement la tenue des élections sur le territoire malgache  ».

Quelques pas à l’extérieur, pour Perle Zafinandro-Fourquet, entre la prison et le tribunal, le 2 avril.

La perspective des élections présidentielles qui se dérouleront dans quelques semaines (juillet) a pour effet d’exacerber les tensions. Ce climat de campagne électorale complexifie les enjeux — notamment financiers et économiques — autour de cette affaire jugée sensible, qui d’ailleurs a été peu commentée dans la presse malgache.

« Perle savait qu’elle risquait des ennuis à cause de son engagement contre la société minière, confie Olga, sa soeur. Son moral est solide cependant. Mais on s’inquiète car depuis la semaine dernière, le bruit court sur place qu’on va l’achever en prison. On peut s’interroger sur la notion de présomption d’innocence... ».

Afin de porter l’affaire à la connaissance de l’opinion internationale et de recueillir des soutiens, une pétition est diffusée sur internet dès le 27 mars. Aujourd’hui (7 avril-19h), cette pétition a été signée par 2.454 personnes. Le texte qui accompagne la pétition précise : « Perle Zafinandro-Fourquet a été arrêtée abusivement le 11 mars 2013 et emprisonnée à Fort-Dauphin le 12 mars 2013 pour le combat qu’elle mène, avec d’autres compatriotes, contre un géant minier Rio Tinto (80%), associé à l’état malgache (20%) ».

Fort-Dauphin : manifestation de Fagnomba.

« Elle réclame le droit à une indemnisation décente des propriétaires terriens expulsés de leurs terres pour le besoin de cette firme (beaucoup n’ont jamais été payés). Elle réclame également l’embauche de travailleurs locaux au sein de cette société qui fait venir la plupart de ses employés de la capitale. Elle lutte pour la protection de l’environnement malmené durement (les poissons disparaissent depuis l’installation d’un barrage...). (...) Le combat de Perle n’est nullement politique. Il est plutôt social-environnemental : aider les plus faibles, les exploités, les spoliés... lutter contre la cherté de la vie depuis l’installation de cette mine, protéger la nature mise à mal dans cette région de Madagascar. »

L’association « Fagnomba », engagée dans une lutte contre la société minière QMM [2], et pour « le versement d’indemnités décentes, suite à l’expropriation des villageois », a multiplié les actions depuis le début de cette année : manifestations, barrages de rues, etc. L’armée a d’ailleurs été appelée en renfort. Suite à ces barrages et se sentant directement menacée, Perle Zafinandro-Fourquet craignait pour sa vie. Elle est restée cloitrée pendant deux mois, cachée dans divers endroits, jusqu’à son arrestation.

Fort-Dauphin : les manifestants de Fagnomba face à l’armée.

Au total, seize membres de Fagnomba ont été arrêtés en mars — dont le petit frère de Perle. Cinq d’entre eux ont été libérés depuis mais le « noyau dur » est maintenu en prison. Une femme militante de Fagnomba aurait même été malmenée lors de son arrestation début mars. Elle est aujourd’hui toujours détenue mais se trouverait hospitalisée depuis plus de trois semaines.

Cette affaire a, pour l’instant, peu mobilisé les médias internationaux. Depuis quelques jours cependant les choses semblent bouger un peu de ce côté : L’Express et l’Humanité ont effectivement publié des articles.

Martin Fourquet s’est rendu à Madagascar deux fois depuis l’arrestation de Perle, pour tenter de faire libérer sa femme. Pas moins de trois demandes de liberté provisoire ont été déposées et refusées successivement. De retour à La Réunion depuis samedi matin, il rapporte que « le procès lié à la plainte de QMM — prévu le 2 avril — n’a pas eu lieu ! », l’avocat de QMM s’étant fait porter malade. L’audience est donc reportée au 30 avril.

« Jeudi, je suis allé déposer la troisième demande de mise en liberté provisoire, confie Martin Fourquet. Mais le procureur m’a fait comprendre qu’elle serait encore refusée ! »

Pour signer la pétition, cliquer ici.

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Perle Zafinandro-Fourquet
L’interview de Perle Zafinandro-Fourquet par Enquête Prod (2012)


Je veux ma part de Terre - Teaser 1 by EnQueteProd
Extrait du documentaire « Je veux ma part de terre » réalisé par http://www.enqueteprod.com/

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Notes

[1Commission électorale nationale indépendante de transition

[2La compagnie QIT Madagascar Minerals (QMM) est détenue à 80% par Rio Tinto, groupe minier multinational anglo-australien, et à 20% par l’Etat malgache. L’ilménite est une espèce minérale composante pour la fabrication de peinture. Celle de Madagascar est recherchée pour sa teneur en bioxyde de titane de 60%, qui lui confère une qualité supérieure à celle de la plupart des autres gisements dans le monde. L’installation de Qit Minerals Madagascar, filiale de Rio Tinto, à Fort-Dauphin a changé la physionomie de la région. Ainsi, l’approvisionnement en électricité de la ville dépend de la société minière. Autre exemple et non des moindres, le port de Fort-Dauphin n’étant pas adapté aux navires nécessitant un fort tirant d’eau, un port moderne en eaux profondes, a été construit non loin, à Ehoala, dans le cadre du Projet Ilménite de Fort-Dauphin. Cette infrasctructure moderne a été financée par un partenariat public/privé, « à hauteur de 110 millions de dollars US par Rio Tinto tandis que le Gouvernement a décaissé 35 millions de dollars à travers le Projet « Pôles Intégrés de Croissance » de l’Anosy en utilisant les fonds de la Banque Mondiale », précise le site riotintomadagascar.com. Ce port, qui permet d’exporter l’ilménite de Rio Tinto QMM, accueille également « des navires de croisière, des navires porte-conteneurs, des navires frigorifiques, offrant un certain nombre d’opportunités à la collectivité locale », poursuit riotintomadagascar.com.

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