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Histoire de poupées (2)

Une île hantée par de terrifiantes poupées

24 janvier 2014
Nathalie Valentine Legros
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Des poupées. Partout. Des poupées et encore des poupées. Mutilées, estropiées, borgnes, défigurées, décapitées, attaquées par le moisi et la pourriture, dépecées. Lambeaux pathétiques et morbides... Elles hantent une île, à quelques kilomètres de la ville de Mexico, dans le district de Xochimilco. Une île référencée par Googlemaps sous le nom de : isla de las muñecas, l’île des poupées... qui feraient presque passer Chucky pour un sympathique Pinocchio.


Dans les années 50, un paysan d’une trentaine d’années décide de tout quitter — y compris femme et enfants — pour se retirer en ermite sur une petite île inoccupée. Il évoque les personnages qui hantaient l’imaginaire de Carlos Castaneda. Il s’appelle Don Julian — Don Julian Santana Barrera. C’est dans la région marécageuse et sillonnée de canaux du district de Xochimilco, à environ 28 kilomètres au sud de Mexico City, qu’il établit son campement, sur une petite île, une « chinampa » (terme parfois traduit par « jardin flottant »), surface cultivable créée dans les zones lacustres.

Cauchemar de petite fille

L’histoire de Don Julian Santana Barrera est empreinte de légendes, de superstitions, de croyances populaires. Si vous voulez comprendre son univers, ne cherchez pas à démêler le vrai du faux. La part mystérieuse de son histoire intime, ce paysan l’a emportée dans la tombe, nous laissant en héritage une île plantée de poupées, paysage « enchanté » — au sens premier du terme — et pourtant digne d’un cauchemar de petite fille.

C’est justement une petite fille qui serait à l’origine de l’étrange histoire de l’île de Don Julian. Lorsqu’il aborde l’île pour s’y installer, Don Julian est vite étreint par la sensation d’une présence. Une âme hante cette île. Une âme en peine. Don Julian fait alors le rapprochement avec l’histoire d’une petite fille, morte peu de temps auparavant noyée dans le canal qui longe l’île. Il en est convaincu : l’âme de la petite noyée hante cette île. Pour apaiser le fantôme et se préserver des maléfices, Don Julian va entamer l’oeuvre de sa vie : des poupées en offrande ! Des dizaines puis des centaines...

En quête de poupées au milieu des immondices

La légende raconte que la première poupée serait arrivée en flottant sur le canal. Don Julian la récupère et l’installe sur un arbre en hommage à l’âme de la petite fille qui semble apaisée par cette offrande. Don Julian décide alors de lui « offrir » d’autres poupées. Il ne quitte son isolement que pour écumer les décharges, les poubelles, fouiller les immondices afin d’en extraire les poupées démantibulées que l’enfance en-allée a reniées. Il les ramène sur son île et les suspend dans les arbres, les cloue sur du bois, les attache à des branches. Telles quelles. Sans les nettoyer, ni les réparer.

Pour trouver encore plus de poupées, Don Julian va pratiquer le troc avec les habitants des environs, sur les autres îles : il échange des légumes qu’il cultive sur son île contre de vieilles poupées usées dont les habitants veulent se débarrasser. Au fur et à mesure, la population de poupées augmente... Elle est estimée à plusieurs centaines. Des poupées partout. Laissées au grand air, exposées au soleil et aux intempéries, attaquées par les insectes, elles se dégradent rapidement. Et Don Julian poursuit l’oeuvre de sa vie : des poupées partout, encore des poupées. Toujours plus de poupées. En hommage à la petite défunte, l’île se transforme peu à peu en mausolée. En cimetière pour poupées.

Un lieu prisé des touristes

Hormis ses escapades à la recherche de poupées, Don Julian vit en ermite sur son île, cultivant quelques légumes pour subsister et pratiquer le troc aux poupées. Au bout d’une quarantaine d’années d’ermitage, Don Julian voit un jour de 1990 débarquer aux abords de son île une équipe d’ouvriers. Les ouvriers travaillent dans le cadre d’un vaste programme de nettoyage des canaux. Lorsqu’ils abordent l’île de Don Julian, ils n’en croient pas leurs yeux : l’île est envahie de poupées mais la vision est plus proche du cauchemar que d’un vert paradis enfantin... Dès lors, l’existence de cette île étrange va connaître une renommée croissante jusqu’à devenir un lieu prisé des touristes.

Mais la légende de Don Julian Santana Barrera ne s’arrête pas là... Le 17 avril 2001, le corps de Don Julian est retrouvé dans le canal qui borde l’île. Noyé à 80 ans. A l’endroit précis où était morte noyée la petite fille à laquelle il avait consacré l’oeuvre de la vie.

Deux bonnes heures de navigation pour l’île aux poupées

Si vous souhaitez un jour visiter l’île des poupées, sachez qu’un neveu de Don Julian, Anastasio, a décidé de préserver et d’exploiter l’« isla de las muñecas ». Il vous faudra emprunter un des typiques « trajineras », sortes de gondoles locales utilisées pour naviguer sur les canaux. Comptez bien deux bonnes heures de navigation (durée variable selon le point de départ) à travers l’entrelacs de canaux de Xochimilco avant d’apercevoir la fameuse « isla de las muñecas ».

Sinon, vous pouvez aussi visiter le site internet consacré à cette île étrange et quelque peu macabre. Vous y découvrirez une autre version de l’histoire de Don Julian, présenté comme le gardien de l’île. « L’histoire raconte que Julian a trouvé une petite fille noyée dans des circonstances mystérieuses alors qu’il n’était pas en mesure de lui sauver la vie », apprend-on sur ce site. Hanté par l’image de cette enfant qu’il n’avait pas pu sauver de la noyade, Don Julian aurait alors décidé de consacrer sa vie à lui rendre hommage. La poupée dérivant au fil de l’eau du canal que Don Julian aurait repêchée était celle de la petit noyée... La première poupée d’une collection hors du commun...

Le chuchotement des poupées...

Mais la légende de l’« isla de las muñecas » ne s’arrête pas là... Une croyance locale affirme que les poupées de Don Julian s’animent lorsque tombe la nuit. Leurs bras et leurs jambes bougent, leurs têtes remuent et certaines ouvrent les yeux. Des témoins affirment même avoir entendu les poupées chuchoter entre elles et inciter les occupants d’un bateau traversant le canal à mettre pied à terre, sur l’« isla de las muñecas ».

Nathalie Valentine Legros

Photos : http://www.isladelasmunecas.com

Dans son installation en hommage à la petite fille noyée, Don Julian a introduit sa propre photo.

Don Julian Santana Barrera.

Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
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